Aliénation ou émancipation ? That is the question!

Ce billet a été publié sur le blog de Patrick Pique avant le déclenchement de la crise des #GiletsJaunes. Il s’agit de comprendre les événements en utilisant la grille de lecture des pionniers de l’écologie politique, comme Ivan Illich.
 

J’ai compris l’origine de mon agacement au sujet des débats en cours sur le prix des carburants. Débattre du prix des carburants, c’est traiter des enjeux écologiques par le petit bout de la lorgnette.

Comprendre le monde à partir d’une grille de lecture écologiste, ce n’est pas se limiter au climat ou à une quelconque prophétie de fin du monde. 


Ma grille de lecture vient d’un des pères de l’écologie politique, Ivan Illich. Il parlait d’outils, d’aliénation ou à l’inverse d’autonomie et d’émancipation. Un outil convivial est un outil au service de l’individu*.

La voiture est un outil, d’une façon générale un moyen de transport est un outil.
Or pour Illich, la question a toujours été : l’outil est-il au service de l’Homme (dans ce cas il y a autonomie et émancipation) ou est-ce l’Homme qui est au service de l’outil (dans ce cas il y a aliénation des individus).

Or dans tous les « yaka fokon » que je lis depuis quelques temps chez les tenants de « changements de mode de vie » et qui soutiennent les hausses des prix des carburants, je n’aperçois aucune émancipation de l’individu. Au contraire, ce sont des aliénations qui en remplacent d’autres, qu’on appelle cela covoiturage, transports en commun ou n’importe quoi d’autre. Quitter les bouchons d’un périphérique pour aller s’entasser dans une ligne de métro aux heures de pointe n’a aucun sens du point de vue écologique au sens illichien du terme. L’individu est toujours asservi au système économique. Sa vie quotidienne n’en est pas améliorée.

Je pense même que les transports en commun peuvent asservir davantage dès lors que les trajets sont plus longs en temps, épuisants physiquement et nerveusement. 

En fait le sujet du carburant, plus largement celui de la place de l’automobile, des moyens de transports, en commun ou non, interrogent la mobilité des individus et le sens de cette mobilité. La mobilité est-elle un asservissement, une aliénation à un système ou au contraire un moyen d’émancipation des individus ? Cette question dépasse largement le sujet de la fiscalité verte et autres taxes carbones qui font de l’écologie l’idiote utile du capitalisme (rappelons que les transports symboliques de la mondialisation – les transports aériens et maritimes – en sont exemptés…, ce qui limite la portée et l’efficacité des COP).

Cette question est au coeur de la pensée écologiste. Il ne sera jamais possible de la poser et d’en débattre et encore moins d’y répondre tant que certains ressasseront leurs obsessions effondrementalistes ou collapsologiques. En ne raisonnant qu’en terme de fiscalité et de taxe carbone, les mêmes sont devenus les alliés objectifs d’un système économique qu’ils étaient censés combattre.

Alors ce serait bien pour l’écologie, la planète et les individus, de revenir aux fondamentaux :« Pour que les rapports sociaux soient placés sous le signe de l’équité, il faut qu’une société limite d’elle-même la consommation d’énergie de ses plus puissants citoyens. » Ivan Illich « Energie et équité » 1973
 
 
* Ivan Illich, La Convivialité, Seuil, 1973

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