Primaires : le retour des 3 droites de Rémond ?

Il y a de cela bien longtemps, René Rémond avait identifié 3 familles au sein de la droite française, 3 traditions qui plongeaient leurs racines dans le XIXe s. On pensait cette analyse dépassé avec le temps et la conversion du gaullisme au libéralisme.

Pourtant, quand on sollicite les électeurs de droite (et c’est ce que vient de faire la primaire), on voit resurgir des clivages qui ne sont pas si éloignés de ce qu’avait proposé Rémond, grand universitaire catholique et centriste. Vincent Soulage nous propose de redécouvrir le caractère plurielle de la droite française.

Les Droites en France, par R Rémond

Les Droites en France, l’ouvrage fondateur de Rémond

Tous les candidats à la primaire étaient bien de droite et leurs propositions (notamment en économie) restent finalement assez proches. Les « petits » candidats furent balayés et finalement, l’affrontement s’est fait entre 3 champions, chacun incarnant un positionnement qui s’est affiné dans le temps de la campagne. Il est tentant de voir en chacun d’eux le représentant d’une des familles de la droite identifiées par René Rémond (quoiqu’un peu adapté). [les curieux peuvent lire l’article sur wikipédia]

 Fillon le légitimiste

La droite légitimiste est celle du conservatisme social (réactionnaire et contre-révolutionnaire). Or, le rigorisme moral est, dans l’entre-deux tours des primaires, mis en avant par Juppé pour critiquer son rival. Avec une petite dose de mauvaise foi concernant par exemple l’avortement. Mais le positionnement conservateur de Fillon est pleinement revendiqué, de même qu’il assume d’être soutenu par Sens commun, un des prolongement politique de la Manif pour Tous. Paradoxalement, Juppé fait presque de la pub à Fillon pour le 2nd tour.

Cette droite est aussi très bourgeoise (voire aristocratique). Et les études montrent bien que Fillon n’a pas vraiment mordu dans l’électorat de la droite populaire, mais plutôt dans les catégories aisées, urbaines ou rurales, et souvent de tradition catholique. Ce qui explique d’ailleurs que cette droite soit libérale sur le plan économique, avec une petite touche de paternalisme. Et Fillon, tout en promettant des coupes drastiques dans les finances publiques, prend le temps de répondre aux interrogations du Secours Catholique sur la pauvreté (je précise que je n’ai pas encore trouvé ses réponses).

 Juppé l’orléaniste

L’orléanisme est la droite libérale. Libéral en économie bien sûr, et Juppé, comme tous les candidats de droite, propose de réduire le rôle de l’Etat et son budget. Il se paie même le luxe de l’être un peu moins que les autres (il ne supprimerai que 300.000 fonctionnaires).

L’orléanisme est aussi libéral dans sa vision de la société, et c’est d’ailleurs ce qui séduit nombre d’électeurs venus du centre ou de la gauche. Non seulement Juppé a dédaigné les demandes de revenir sur le mariage homosexuel mais il a aussi développé la thématique de l’identité heureuse, beaucoup plus ouverte à l’accueil de l’étranger que la tendance dominante à droite. Il est ainsi l’un des plus modéré quand au port d’insignes religieux (qui heurtent la droite quand ils sont musulmans). Mais il faut bien concéder que son libéralisme est autant affaire de propositions (peu nombreuses) que de style.

 Sarkozy le bonapartiste

Le style est aussi important pour la droite autoritaire qui s’est toujours cherché des chefs, de Bonaparte à De Gaulle. Les postures martiales et les formules à l’emporte-pièce de Sarkozy ont vite séduit cet électorat qui reconnait vouloir un chef et comprend mal la logique de la primaire.

La droite bonapartiste a aussi cherché l’appui des masses par une politique alliant populisme et mesures sociales. Le verbe gaullien a résumé ce conservatisme social dans l’expression « le progrès, pas la pagaille ». Chirac puis Sarkozy ont achevé de la convertir au (néo-)libéralisme en économie. Mais son axe central est bien la défense de l’ordre (emprisonner sans jugement les fiché S), de l’autorité (qu’il faut rétablir à l’école), sans hésiter à jouer des accents nationalistes (l’identité nationale) et anti-élites (De Gaulle contre les partis).

Son discours a été capable de séduire les classes populaires (les ouvriers votaient Bonaparte ou de Gaulle), mais celle-ci ne s’est pas mobilisé pour la primaire de la droite, signant la défaite de Sarkozy qui s’était identifié à cette posture.

 Redécouvrir les droites au pluriel

Alors, bien sûr, même Rémond avait compris que son analyse fondée sur le XIXe s, devait être adaptée. Il fallait actualiser le contenu des existantes et ajouter de nouvelle famille comme les démocrates-chrétiens. On retrouvera ces derniers derrière Bayrou (s’il se présente) et pas derrière Poisson (dont le parti usurpe le nom de chrétien-démocrate).

Mais un des enseignements de la primaire de la droite 2016 est de redécouvrir que si le libéralisme économique reste le cœur partagé du discours de la droite, il n’a pas écrasé toutes les divergences. Plusieurs familles idéologiques continue de cohabiter, sans correspondre aux clivages entre partis (les 7 candidats venaient de l’ex-UMP). Et il va falloir prendre l’habitude de parler des droites au pluriel. Et pourquoi pas de droite plurielle ?

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