Qui nous fera voir le bonheur ?

 
 
Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et Président de la Conférence des évêques de France, a posé cette question en citant le psaume quatre ce 8 novembre lors de son discours de clôture de l’Assemblée plénière d’automne 2015 à Lourdes. Un discours en forme de feuille de route pour les évêques et les fidèles de leurs diocèses. Patrick Pique en présente ici les grandes lignes.
[Billet publié également sur le blog de l’auteur]

Mgr Pontier a articulé son discours autour de plusieurs grands points (en gras). Extraits :

Le chemin de bonheur cherché par toute famille :
[…] Nous avons rendu grâce pour tous ceux qui le trouvent en se laissant illuminer par le visage du Seigneur, par sa présence, sa parole, sa fidélité, ses appels. Nous avons nommé les obstacles que trop de familles rencontrent dans leur vie pour le trouver : celui des guerres actuelles, des grandes pauvretés qui jettent sur les routes trop de familles ; celui des séparations qui sont toujours porteuses de souffrances et de graves conséquences pour les enfants; celui de ceux qui connaissent l’épreuve de la stérilité, du handicap, du veuvage précoce, d’une affectivité blessée ; celui de ceux qui, remariés, cherchent à trouver leur place dans leur environnement comme dans l’Eglise ; celui des familles monoparentales ; celui de tous ceux qui se tournent et se retournent en disant : « Qui nous fera voir le bonheur ? ».

[…]Mgr Pontier a adressé une demande claire aux paroisses et aux pastorales au sujet des familles : apporter soutien et réconfort et demeurer vigilantes sur les politiques familiales.

[…]

La situation tragique de tant de migrants ou de réfugiés qui essaient de franchir la Méditerranée pour venir en Europe : La présence persévérante et fraternelle de tant et tant de bénévoles est un rayon de bonheur dans ce qui est souvent qualifié d’enfer.« Qui nous fera voir le bonheur ? » Sûrement pas les peurs, les rejets, les murs dressés, les replis sur soi. Nous invitons les catholiques et tous les hommes de bonne volonté à choisir l’accueil, la fraternité et la confiance. 
Mgr Pontier les invite également  à s’engager dans des projets adaptés, à  témoigner auprès des responsables politiques pour que des décisions courageuses, humaines et solidaires soient prises dans notre pays et en Europe et à leur rappeler le nécessaire soutien au développement des pays les plus pauvres comme à la recherche de solutions justes et durables aux nombreux conflits.
[…]

Sur la mission en monde rural  :  L’Église est attendue pour susciter des espaces de paroles et de vie spirituelle, avec une attention particulière pour les agriculteurs et tous les acteurs du rural en souffrance.

[…]

Redire où se trouve le chemin du bonheur : Il se trouve dans le respect de la dignité inviolable de l’homme créé à l’image de Dieu ; il se trouve dans le choix de sociétés où le souci du petit et du pauvre prime sur les intérêts des plus fortunés. Il est des inégalités qui font honte à l’humanité. Il se trouve, ce chemin du bonheur, dans le choix du dialogue et du respect entre personnes et peuples aux convictions et aux religions diverses. Il se trouve dans la logique de l’amitié et de l’estime entre les peuples. Il se trouve dans le respect de la création, dans le souci de la maison commune, dans le choix de modes de vie respectueux des besoins d’aujourd’hui et de ceux de demain. Il se trouve encore et surtout dans l’ouverture spirituelle à la connaissance et à l’amour de Dieu qui nous rend libres et nous tient en confiance.
[…]
Les élections à venir : 
Nous portons de l’estime à l’engagement politique quand il est vécu dans la recherche du bien commun. Avons-nous autre chose à dire à nos fidèles que d’aller voter ? Sûrement. Nous voulons ajouter : pensez au sort des petits et des humbles ; pensez à l’accueil, pensez au respect de la vie et de la dignité de la personne humaine ; pensez aux politiques sociales et familiales, à l’éducation des jeunes ; pensez au dialogue entre les religions et avec tous les courants de pensée. N’oubliez pas le bien profond de votre région ni son développement. Fuyez la violence sous toutes ses formes, la violence verbale n’étant pas la moindre. Pensez encore à la paix chez nous, en Europe ; regardez de près les programmes. 
[…]
Le chemin du bonheur : Jésus Christ.
 Il n’a ajouté aucune violence. Au contraire il est venu pour la vaincre par une puissance d’amour infinie à laquelle nos égoïsmes, nos inconsciences et nos peurs ont du mal à croire. La violence, il l’a subie jusqu’au sang ; la haine, il en a souffert au plus profond de son cœur ; la mort injuste il l’a vaincue par la résurrection bienheureuse, source de toute espérance. Oui, nous voulons redire qu’il est là le chemin du bonheur, dans la suite du Christ, dans l’amour de ses frères, dans la confiance, dans l’engagement auprès de ceux qui souffrent violence. Sa vie extérieure a été résumée en peu de mots : « Il est passé en faisant le bien ». Avoir le souci des autres, celui du bien commun, celui du vivre ensemble, celui d’une écologie intégrale, celui d’une humilité confiante, celui de la bonté et de la fraternité, voilà bien le chemin du bonheur ! 

Avant de conclure Mgr Pontier a évoqué le rapport annuel publié par le Secours catholique sur la pauvreté dans notre pays et ses formes nouvelles et le drame vécu depuis trop longtemps par les populations du Moyen-Orient, des chrétiens particulièrement. […] Le véritable enjeu est que les chrétiens puissent envisager de demeurer sur leur terre ancestrale.[…]

La feuille de route pour l’année à venir : 

Retrouver les fidèles de nos communautés, pour entrer dans ce jubilé de la miséricorde et pour nous préparer encore à vivre les futures Journées Mondiales de la Jeunesse à Cracovie. Nous y poursuivrons notre réflexion sur les sources du bonheur, celles que Jésus nous a données dans les Béatitudes. Et dans ce monde souvent dur, qui ne fait plus place à celui qui a chuté ou est tombé, nous rendrons grâce pour la miséricorde de Dieu, celle qu’il a déployée de toujours à toujours en faveur de l’humanité et tout spécialement en Jésus Christ qui a donné sa vie pour la multitude. Avec le pape François nous avancerons sur le chemin du bonheur en accueillant et en vivant la miséricorde sur une terre marquée voici 70 ans par l’horreur de la Shoah, puis par le joug communiste. C’est là que sera proclamé : « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ». Puisse notre monde entrer dans une ère de miséricorde, de tendresse, de fraternité, d’humanité.

Pour lire l’ensemble du discours, cliquer ici.

 

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6 réflexions au sujet de « Qui nous fera voir le bonheur ? »

  1. Bonsoir ! Je ne crois plus à ces prêchi-prêcha qui parlent de tout et de rien du tout à la fois.
    C’est gentillet, ça parle de tendresse, d’humanité, de fraternité…Une homélie qui ! Mais autour de nous ces mots n’ont plus cours. Ouvrez les yeux et regardez la réalité et la brutalité de notre société, des religions, des politiques…
    Je viens de lire « Croyance » de Jean Claude Carrière, chez Odile Jacob; il écrit :
    « tant d’absurdités dans votre discours me brouillent les idées que je tentais d’avoir. En fin de compte, c’est très exactement comme si vous ne parliez pas… » Sans doute se trouvera-t-il des défenseurs de ce discours du père Pontier pour me prouver le contraire. Mais à l’heure où le Secours Catholique publie son rapport annuel sur les pauvretés. nous savons bien que ces personnes ne peuvent plus se contenter de « belles « paroles fussent -elles celles des évêques. « Retrouver les fidèles de nos communautés… » dites-vous : J’ai récemment assisté à des obsèques où la quasi totalité de « fidèles » avaient un âge canonique. C’est à l’image des communautés chrétiennes d’aujourd’hui.
    A propos des élections j’ai cru qu’il serait question de l’accueil des étrangers , des réfugiés, des immigrés… Non de peur de s’attirer les foudres du FN, c’est motus et bouche cousue… « Pensez à l’accueil  » est-il dit suivi aussitôt du respect de la vie (nous voyons bien ici l’allusion).
    Encore une fois un discours qui voudrait dire tout et finalement ne dit que des banalités radotées dans les siècles de siècles sans réelle efficacité

    • Bonsoir, désolé de vous voir si pessimiste ! Justement c’est bien parce que « C’est gentillet, ça parle de tendresse, d’humanité, de fraternité… » que ce discours est finalement radical et opérationnel dans le monde dans lequel nous vivons. Je ne pense pas que ce discours soit agréable aux oreilles des « puissants ». C’est pour cette raison que j’ai souhaité le relayer ici. Il faut savoir aller à contre courant pour aller là où l’on veut.
      Cela dit, si lors des funérailles, vous ne voyez que des personnes avec un âge canonique, c’est surtout parce qu’elles enterrent une des leurs… A l’inverse, en tant que célébrant laïc, je constate souvent que les églises sont particulièrement remplies lorsqu’il s’agit de quelqu’un de jeune…
      Au sujet du Secours catholique, faut-il vous rappeler qu’il s’agit d’un service d’Eglise ?
      Enfin, au sujet des réfugiés et des migrants, il me semble qu’ils sont bien présents dans ce discours, cela peut sembler court dans mon texte mais justement j’ai voulu résumer car ce passage est long dans le discours et je vous invite à vous y reporter. Là les propos sont clairs et non simplement allusifs comme pour l’accueil de la vie…
      Quant au FN, cette phrase me semble dire ce qu’elle veut dire : « Fuyez la violence sous toutes ses formes, la violence verbale n’étant pas la moindre. Pensez encore à la paix chez nous, en Europe. « 

      • Oui je m’attendais à votre commentaire.
        Le secours Catholique j’ai été 31 ans salarié et 6 ans administrateur national et voyez ça produit quand même un rebelle…Mais à 78 ans et avec de graves problèmes de santé ça ne saurait durer très longtemps…Amicalement.

      • Votre témoignage me conforte dans l’optimisme : 78 ans et toujours rebelle, le monde que nous connaissons ne vous a pas fait abdiquer, c’est bon signe ! Amicalement

    • Oui, moi aussi j’aimerai des phrases plus fortes. Mais il faut se contenter de celle-ci et quand même, elles peuvent avoir leur force. Il y a une vrai soif de spiritualité dans la population et si nous n’y répondons pas, d’autre le ferons avec des mauvaises réponses.
      Ce qui ne nous dispense nullement d’être bien présent sur le terrain social car nous sommes tous, comme vous, conscients de l’état grave de notre société.
      Il nous porter à la fois des paroles et des actes, à la mesure de nos possibilités, et c’est déjà pas si mal.

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