Accueil des réfugiés, appel de l’évêque de Tournai

On a eu des paroles catholiques fortes sur la question migratoire, à commencer par celle du pape François, mais presqu’aucune de l’Eglise de France. On aurait aimé que des prélats français puissent s’exprimer aussi clairement que l’évêque de Tournai, Mgr Harpigny. Venue d’outre-quiévrain (= en Belgique), cette parole (reprise ici en intégralité) est forte et bienvenue.

Répondant avec vigueur aux objections habituels, il rappelle que derrière le terme neutre de « migrants » se trouvent des humains, des familles qui cherchent simplement un refuge pour vivre. Et que les chrétiens n’ont pas à mettre des barrières entre les gens pour protéger un soi-disant confort.

Immigrants belges à la Gare du Nord en 1914 Mgr Harpigny n’hésite pas à faire le parallèle avec ces immigrants Belges à la Gare du Nord de Paris, en 1914 (Source: Archives Départementales du Nord)

 

Depuis des mois et des mois, les médias nous informent sur la situation des migrants qui, en traversant la Méditerranée par des moyens de fortune proposés par des passeurs dont la plupart sont des truands, perdent une partie de leur famille et de leurs amis noyés dans la mer. Cette situation objective, manifestée par des images de morts, dont des enfants, sur les plages de Grèce, de Turquie et d’Italie, dans les gares et les camions de Hongrie et d’Autriche, est relayée par les médias et les décisions des gouvernements de l’Union Européenne. Nous assistons à l’arrivée de nombreux migrants, disent les médias. Une fois de plus, on a trouvé un mot neutre pour évoquer une tragédie. Des migrants ! Comme si des familles qui sont obligées de quitter leur territoire, le lieu où elles sont nées, étaient des personnes qui cherchent du travail en Europe ! Quelle horreur de travestir ainsi le réel ! Il s’agit, dans la majorité des cas, de familles qui cherchent un refuge pour survivre. Pour ces familles c’est la mort ou la survie ailleurs. Imaginons un instant que des parents acceptent de voir leurs enfants être éliminés dans les semaines qui suivent par une bande de terroristes. Evoquons un seul instant les récits de nos parents, de nos grands-parents qui, en 1914 ou en 1940, devaient rapidement quitter leurs maisons pour fuir l’avancée des troupes de l’Allemagne. Était-ce réellement pour trouver un emploi en dehors de la Belgique ?

Oui, mais les Syriens, Irakiens, Afghans, etc., sont des terroristes radicalisés de l’islam qui viennent faire des attentats en Europe ! Franchement, avons-nous déjà rencontré des familles de terroristes dont les membres ont entre six mois et quarante ans ?

Oui, mais, en Belgique, il y a beaucoup de personnes pauvres, des jeunes sans emploi, des personnes âgées sans ressources ! Et alors ! Ces personnes sont-elles toutes en danger de mort ? La plupart ne sont-elles pas des allocataires sociaux ?

Oui, mais, il y a déjà tellement d’étrangers en Belgique. Bientôt, il n’y aura plus de vrais Belges ! Et alors ! Est-ce à nous de décider qui « peut » habiter sur le territoire de la Belgique ? Alors que personne parmi nous n’a eu l’occasion de choisir le lieu de sa naissance, de choisir sa famille, ses parents !

Et qui va encore devoir payer l’accueil de ces personnes, de ces familles ? Toujours les mêmes, les citoyens de la Belgique. Et alors ! C’est quoi être humain ? C’est quoi respecter la dignité de tout être humain ? C’est quoi devenir solidaire de personnes, d’enfants, en danger de mort ? Depuis quand le lieu de la naissance est-il une justification de fermer les yeux sur la misère, la mort de personnes innocentes qui n’ont plus d’autres solutions que d’aller vivre ailleurs où on dit que c’est mieux que chez soi ?

Une Europe de 500 millions de personnes est incapable d’accueillir quelques centaines de milliers de personnes réfugiées ! Mais qui sommes-nous pour avoir des idées pareilles ?

Oui, mais l’Europe, c’est d’abord le respect de valeurs chrétiennes ! Depuis quand ? Est-ce vraiment cela que Dieu veut ? Une poche de bons chrétiens qui dressent des murs pour se protéger de personnes qui ont d’autres convictions ! Les relations séculaires avec les Juifs en Europe, on n’a encore rien compris ? L’avènement des droits de l’homme et de la démocratie au XVIIIème siècle, de la laïcité, on n’a encore rien compris ? L’intégration de musulmans au XXème siècle en Europe occidentale, on n’a encore rien compris ? Il est temps que nous nous situions face à la Parole de Dieu ! La dignité de l’homme, de tout être humain, ce n’est pas une affaire de conviction religieuse. On est un humain, point final ! Et on respecte ce fait !

Les chrétiens qui essaient de vivre de l’Evangile n’ont pas à mettre des barrières entre les gens pour protéger un soi-disant confort. Les chrétiens lisent la Bible « en entier ». Ils sont attentifs à ce que Jésus a enseigné. Ils ont pour paradigme le témoignage des apôtres ! Tout le monde est le bienvenu pour vivre de l’Evangile, certes. Mais nous avons d’abord à exercer notre mission, le premier commandement, celui d’aimer Dieu ; le second, qui lui est semblable, d’aimer le prochain, quelles que soient ses convictions, tout simplement parce que chaque être humain est créé à l’image de Dieu !

Merci à tous ceux qui « se donnent » pour accueillir les réfugiés avec amour dans notre pays. Merci à tous qui, dans cette manière de se situer devant le réel, travaillent en bonne intelligence avec les pouvoirs publics.

Dans le Compendium de la Doctrine sociale de l’Eglise (2005), je lis au n° 505 : Le principe d’humanité, inscrit dans la conscience de chaque personne et de chaque peuple, comporte l’obligation de tenir la population civile à l’écart des effets de la guerre. Une catégorie particulière de victimes de la guerre est celle de réfugiés, contraints par les combats à fuir les lieux où ils vivent habituellement, jusqu’à trouver refuge dans des pays autres que ceux où ils sont nés. L’Eglise est proche d’eux, non seulement par sa présence pastorale et son secours matériel, mais aussi par son engagement à défendre leur dignité humaine.

Pour exercer le discernement en conscience et prendre des décisions au plan social et politique, nous avons suffisamment d’éléments pour accueillir les réfugiés. N’attendons pas pour, avec les autorités publiques, venir à leur aide.

+ Guy Harpigny, Evêque de Tournai

Ce texte de l’Evêque de Tournai (Belgique) du 7 septembre 2015, est disponible sur le site du diocèse : http://www.diocese-tournai.be/component/content/article/2-actualites/747-accueil-des-refugies-appel-de-l-eveque-de-tournai.html

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