Fusion droite/gauche ? déjà tenté !

Envisager de fusionner des listes de gauche et de droite pour faire barrage au FN, ce n’est pas une position si provocante. Cela s’est déjà fait par le passé, mais la situation était bien différente de la droite de Sarkozy. Petit voyage à Mulhouse en 1995 avec Vincent Soulage, pour aider à comprendre le débat actuel. Et aussi peut-être arrêter de faire fuiter des idées à la con et se demander vraiment comment lutter contre le FN maintenant que le Front Républicain est mort ?

Elections municipales à Mulhouse en 1995
Vidéosdu JT France 2 de 1995, où Klifa et Bockel s’expliquent sur leur fusion de liste (archive INA, attention, il peut y avoir de la pub).

L’exemple avait fait parler en 1995 : à Mulhouse, pour le second tour des élections municipales, la liste de droite arrivée en 3ème position fusionnait avec la liste de gauche arrivée en tête pour éviter que le FN (arrivé 2ème) ne puisse emporter la ville. [Pour ceux qui veulent des infos précises, les résultats en bas de page, et les articles de Libération.fr  sur le 1er tour et le 2nd tour].

Droite et gauche au coude à coude

Les protagonistes n’étaient pas n’importe qui. A gauche, le maire sortant de Mulhouse Jean-Marie Bockel menait une liste sans écologistes ni PCF. Peut-on conclure de la suite de son histoire (son ralliement à Sarkozy en 2007) que déjà il se rapprochait de la droite ? C’est peu probable, mais il devait déjà considérer que les clivages politiques ne faisaient pas toujours de nous des ennemis.

A droite, la principale liste est UDF et menée par Joseph Klifa (†), ancien maire UDF-PSD. Klifa faisait partie de cette social-démocratie alsacienne, fortement teintée de christianisme social mais aussi d’anticommunisme. Il avait suivi l’ancien maire de Mulhouse quand il avait quitté la SFIO (en désaccord avec l’union avec le PCF) puis rejoint la droite[1]. Sans doute authentiquement centriste[2], il était mal-aimé des deux camps, mais avait réussi à s’imposer comme député en 1993, en triangulaire contre Bockel et le FN.

Le rapprochement était d’autant plus méritoire qu’il s’agissait d’une énième joute entre deux acteurs politique locaux qui s’affrontait depuis de nombreuses années : municipales (victoire de Bockel en 1989), législatives (victoire de Klifa en 1993),…

Un FN bien implantée

Le FN avait réussi à s’installer durablement à Mulhouse, en misant sur Gérard Freulet. Candidat régulier à tous les rendez-vous électoraux depuis 1986, il imposait systématiquement des triangulaires. Grâce à lui, le FN était implanté et même banalisé à Mulhouse et son bon score s’explique par sa capacité à mordre sur l’électorat de la droite classique. Deux ans après, il réussira même à enlever un canton de la ville, avant de disparaître en ayant choisi la scission mégrétiste.

De son côté enfin, le RPR a eu une attitude bien peu glorieuse. Souhaitant reprendre à Klifa le leadership à droite, le responsable local avait présenté une liste et menée une campagne très à droite, explicitement pour regagner l’électorat FN. Qualifié de justesse pour le second tour, il avait cherché une fusion de listes de droite, bien qu’une telle liste ne puisse espérer qu’une troisième place. Elle risquait surtout de permettre au FN de l’emporter dans le cadre d’une triangulaire car elle ôtait toute réserve de voix à la gauche et ses électeurs pouvaient être tenté (et ils l’ont été) par le FN.

Un rassemblement républicain original

Il s’agissait d’aller au-delà d’un désistement typique de la logique de Front Républicain. Respectueux du résultat des urnes, Klifa avait logiquement laissé la majorité au PS et négocié le nombre de places qu’il aurait eu en cas de quadrangulaire, afin de rester présent au conseil municipal.

Il s’en était expliqué dans les médias (voir la vidéo plus haut). Les dirigeants nationales du PS et du RPR avait alors approuvé cet accord, mais il s’agissait des regrettés Lionel Jospin et Philippe Séguin.

Depuis, la situation politique de Mulhouse a peu évoluée (exemple des municipales de 2014). La gauche a perdu la majorité depuis la défection de Bockel mais reste forte. La droite se contente d’une faible majorité et reste divisée (entre ex-RPR, amis de Bockel…). Le FN reste puissant sous la houlette d’un nouveau leader (M Binder).

Que retenir de cet épisode politique tellement proche de la situation actuelle ?

Socialistes et centristes ne sont pas des ennemis mortels et des accords sont possibles. On le savait déjà depuis que des élus Modem ont rejoint des exécutifs de gauche. Et dans les assemblées locales, beaucoup de délibérations se font avec l’accord des deux camps politiques.

La fusion PS-UDF a permis à la gauche de conserver la ville et de la diriger efficacement pendant un mandat, mais cela n’a pas modifié les équilibres électoraux. Le FN a pu continuer à prospérer dans la ville en dénonçant la collusion droite droite-gauche (le fameux « UMPS »).

A l’inverse, tenir, comme l’avait fait le RPR, un discours proche du FN en espérant attirer ses électeurs n’est pas non plus efficace. La droite n’a pu reprendre la ville que lorsque le maire a changé de camp, suivi par une petite partie de son électorat.

De telles fusions sont aujourd’hui impossibles

Bref, toutes ces réactions politiciennes sont peut-être utiles à courte échéance, mais aucune n’a de véritable efficacité. Bien sûr que le PS a envisagé des fusions de liste avec la droite, car on ne fait de la politique qu’à partir de la réalité, et que les régionales seront l’objet de nombreuses triangulaires.

Mais s’il faut se poser la question, c’est pour pouvoir y répondre clairement non. Nous n’y avons pas intérêt, et surtout une telle fusion ne serait comprise, ni par les électeurs ni par les militants. Ce qui était possible avec d’authentiques centristes ne l’est évidemment pas avec des sarkozystes qui se rapprochent ostensiblement de l’extrême-droite.

La réaction de refus est unanime à gauche et c’est heureux. La droite dure d’ailleurs ne veut pas de nous et elle le dit ; elle veut seulement qu’on se désiste pour elle (alors même qu’elle refuse de le faire pour nous). Curieusement, on n’entend pas les centristes (sur ce sujet comme sur le reste d’ailleurs). On pourrait peut-être arrêter de faire fuiter des idées à la con et se demander vraiment comment lutter contre le FN maintenant que le Front Républicain est mort ?

Tableau des résultats  1er tour 2nd tour
PS (Bockel) 36,9 % 53,08 %
FN (Freulet) 30,5 % 34,46 %
UDF (Klifa) 12,7 %
RPR (Arnaud) 11,1 % 12,46
Ecolo (Waechter) 3,4 %
Autres (DvD, extG…) 5,4

[1] Ils ont pour cela créé un petit parti, le PSD : parti social-démocrate, qui a rejoint l’UDF.

[2] Rappelons-nous bien qu’en France, le terme « centriste » désigne les élus du centre-droit, comme dans cette citation (attribuée à Jean Popren) : « Le centre ? C’est au bout du couloir, à droite ».

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s