L’économie ou l’Homme ?

Depuis le début de son pontificat, le pape François s’attire les foudres de certains économistes. C’est encore plus vrai depuis la publication de son encyclique « Loué sois-Tu » sur l’écologie, et davantage encore depuis son voyage en Amérique latine.
Pourquoi ?

[Billet publié également sur le blog de l’auteur]

L’économie ou l’homme ? C’est-à-dire une science ou la vie de l’être humain ?

Telle est la question depuis la publication de la publication de l’encyclique « Loué sois-Tu » et surtout depuis le voyage du pape en Amérique latine.
Cette question est le coeur de l’encyclique.

Les économistes, du moins certains, réduisent le monde à des équations sans tenir compte de la vie des hommes. C’est ce que l’on appelle l’économisme, une idéologie comme une autre souvent défendue par les économistes libéraux ou ultralibéraux.

Le pape François part de la vie des hommes et ne peut donc être qu’en contradiction avec ces économistes libéraux. C’était d’ailleurs la position des mouvements écologistes des années 70-80.
On leur faisait le même procès en sorcellerie et on le fait encore : naïfs, rêveurs, bisounours, n’ont rien compris à l’économie et au marché,…

François est devenu l’empêcheur de tourner en rond n°1 qui a d’emblée mis de côté – sans pour autant les délaisser – les questions sociétales chères aux chrétiens fondamentalistes  (avortement, contraception, mariage pour tous,…) pour centrer son discours sur les questions de justice sociale.
Il est évident qu’il ne va pas se faire uniquement des amis parmi certains catholiques, bien marqués à droite et sans doute majoritaires en France – encore que – mais qui pèsent peu au regard des chrétiens du reste du monde.

C’est peut-être une des raisons pour lesquelles le pape ne s’est pas encore rendu en France.
Dans le pays où les contemplateurs des points non négociables* sont ceux qui font le plus de bruit sur les réseaux sociaux, son discours sur les trois « T » (Terre, toit et travail) ** ne serait pas aussi bien entendu et accueilli que dans les pays pauvres.

Dans son discours, le pape François a évoqué la fraternité, l’entraide, l’engagement, la soif de justice. Il a insisté sur les droits sacrés que sont ces trois « T ».
Son propos est radical comme son encyclique :
nous voulons un changement, un changement réel, un changement de structures. On ne peut plus supporter ce système, les paysans ne le supportent pas, les travailleurs ne le supportent pas, les communautés ne le supportent pas, les peuples ne le supportent pas… Et la Terre non plus ne le supporte pas, la sœur Mère Terre comme disait saint François.

Rarement on a vu un pape être aussi clair dans la désignation de l’ennemi :
On est en train de châtier la terre, les peuples et les personnes de façon presque sauvage. Et derrière tant de douleur, tant de mort et de destruction, on sent l’odeur de ce que Basile de Césarée – l’un des premiers théologiens de l’Église – appelait “le fumier du diable” ; le désir sans retenue de l’argent qui commande. C’est cela ‘‘le fumier du diable’’. Le service du bien commun est relégué à l’arrière-plan. Quand le capital est érigé en idole et commande toutes les options des êtres humains, quand l’avidité pour l’argent oriente tout le système socio-économique, cela ruine la société, condamne l’homme, le transforme en esclave, détruit la fraternité entre les hommes, oppose les peuples les uns aux autres, et comme nous le voyons, met même en danger notre maison commune, la sœur et mère terre.

Comment les puissants de ce monde peuvent-ils supporter un tel discours ? Leurs porte-voix vont désormais se déchaîner pour disqualifier la parole du souverain pontife.

Car il est vrai que la flèche décochée contre l’économisme est rude :
‘’nous avons vu et entendu’’, non pas la statistique froide mais les blessures de l’humanité souffrante, nos blessures, notre chair. Cela est très différent de la théorisation abstraite ou de l’indignation élégante.

C’est donc réjouissant, car si les fauves sont lâchés, c’est que François a touché du doigt là où cela fait très mal et qu’il va – et l’Eglise avec lui – dans la bonne direction.
Car les reproches *** qui sont ainsi faits à François, peuvent être adressés aussi à l’Evangile et au Christ qui est mort sur la Croix pour avoir prêché la Justice…
* Cf. Des cathos rebelles en France ou le catholicisme revu et corrigé par la droite
** Discours du Pape François, Santa Cruz de la Sierra (Bolivie) Jeudi 9 juillet 2015
***  Le pape est-il nul en économie ?  rubrique « débat » sur le site de La Vie

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