Avant que d’autres ne jouent sur la peur… 

Peut-être l’attentat manqué contre les églises de Villejuif donne-t-il raison à Voltaire lorsqu’il écrit « il prit pour devise malheur est bon à quelque chose ».

Eglise copte orthodoxe Archange Michel et Saint Georges de Villejuif/Wikicommons


 

Il semble désormais établi que l’intention de Sid Ahmed Ghlam était bien de provoquer un vrai massacre au sein de la communauté catholique de Villejuif (Val-de-Marne), à l’occasion de la messe dominicale du 19 avril. Dieu merci l’homme a pu être interpellé avant tout passage à l’acte. Son projet n’en était pas moins clair : frapper des chrétiens sur une terre perçue par les islamistes comme chrétienne, pour nourrir la peur et mieux exacerber la méfiance et l’hostilité vis à vis des musulmans de France. Avec l’espoir qu’ils finissent par se retourner, un jour, contre la République avec la volonté fantasmatique d’imposer leur propre loi… coranique. Bref : la politique du pire. On peut imaginer que, pour Daech, l’objectif demeure et qu’il se trouvera ici ou là, dans l’hexagone, d’autres «fous de Dieu», persuadés d’avoir reçu d’Allah, sinon de ses prétendus serviteurs, la mission sacrée de tuer des infidèles.

 

On connaît la phrase de Voltaire, dans l’Ingénu : « Il prit pour devise malheur est bon à quelque chose. Combien d’honnêtes gens dans le monde ont pu dire malheur n’est bon à rien! »  Le malheur a pu être évité. Mais précisément, le pire nous ayant été épargné, je vois au moins deux raisons de me réjouir. La première vient de l’attitude responsable du gouvernement français, souvent «en délicatesse» avec le monde catholique, reconnaissant la communauté chrétienne comme «cible» potentielle des terroristes. Attitude également responsable de la Conférence des évêques, réaffirmant sa totale confiance à l’Etat Français. Oui les catholiques de France sont fils loyaux de la République à égalité de droits et de devoirs.

 

Le second motif de satisfaction est que le sérieux de la menace, ici même en France, nous rapproche charnellement de nos frères chrétiens victimes de la barbarie sur les terres où Daech a jeté son emprise. Que l’on me comprenne bien : il n’y a là aucune perversion malsaine, aucune culpabilité ambiguë, aucune marque d’appétence pour un quelconque martyre. Simplement la conscience devenue plus aiguë de notre propre fragilité, et d’une fraternelle solidarité avec tous ceux et celles qui partagent notre foi au Christ en des terres où c’est quotidiennement au risque de leur vie. Et la conviction que c’est au nom même de cette foi partagée que nous devons renforcer le dialogue interreligieux comme rempart à la barbarie.

 

Peut-être la proximité de la menace terroriste, tout comme l’insupportable désastre humanitaire des réfugiés naufragés de Méditerranée étaient-ils nécessaires pour sortir enfin nos pays européens de leur torpeur et provoquer chez leurs dirigeants un «sursaut salutaire». Avant que d’autres forces politiques, aujourd’hui grandissantes, ne jouent sur la peur et l’impuissance politique pour convaincre les peuples que leur survie serait au prix du repliement, de l’exclusion et de l’abandon. Au risque de la violence et de la guerre.

René POUJOL

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12 réflexions au sujet de « Avant que d’autres ne jouent sur la peur…  »

  1. Oui, la menace terroriste est aussi chez nous. Que pouvons-nous faire ?
    D’abord refuser la peur qui est si proche de la haine et développer nos relations avec nos concitoyens issus du monde musulman, religieux ou pas.
    Je rentre du Maroc; ma voisine rentre de Tunisie. Nous avons été reçus et accueillis de façon extraordinaire. J’ai vu plus de sourires en 10 jours au Maroc qu’en un an en France!
    Comme l’ écrit dans TC André Harreau « Tous en vacances en Tunisie », je rajoute  » Allez en vacances au Maroc » vous trouverez, en plus de la splendeur des paysages, le bonheur de vrais contacts humains et un vrai sentiment de sécurité . Oui, bien sûr nous pouvons vivre ensemble !

    • Oui je le crois. C’est l’éternelle question de l’exégèse de l’expression « être dans le monde sans être du monde ». Si être enfant de Dieu m’interdit d’être fils de la République cela signifie que je m’inscris en opposition totale, radicale, au pouvoir politique ; que je considère que rien de bon ne peut provenir, non seulement d’institutions laïques, mais également de toutes celles et ceux qui vivent avec moi et ne se reconnaissent pas comme enfants de Dieu. Ce qui est tout simplement une aberration. Par ailleurs me reconnaître fils de la République ne signifie pas pour autant fils soumis, muselé… mais au contraire libre de m’y présenter aussi comme enfant de Dieu, même si, je vous le concède, cela devient actuellement un peu difficile.

      • Merci pour votre réponse. La Bible nous apprend que nous ne devons avoir qu’un seul Père, celui qui est dans le ciel. Diriez-vous que nous sommes enfant spirituel de Dieu et enfant de nos parents et de la république selon la chair ?

      • On peut le formuler ainsi ! La question qui nous est posée depuis que l’homme est hommes celle de la cohérence entre nos comportements de fils de Dieu et de fil de la Cité terrestre, aujourd’hui de la République. L’Eglise a pu penser, historiquement, avoir trouvé la solution à travers ce qu’on a appelé la chrétienté. Mais on voit bien que cet équilibre – s’il y a jamais eu équilibre – n’était que provisoire. A nous d’incarner dans la République – et non face à elle – notre « statut » d’enfant de Dieu ! Même si ce n’est pas simple. D’autant moins simple que tous les enfants de Dieu ne se font pas la même idée de ce que cela implique concrètement.

  2. N’est-ce pas alors (se définir fils de la république ou du monde) marcher selon la chair quand l’apôtre Paul nous exhorte à marcher selon l’Esprit ?

    • Je ne connais personne qui marche seulement selon l’Esprit. Souvenons-nous de Pascal : « L’homme n’est ni ange ni bête et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête ». Acceptons notre humanité. Si Dieu nous a fait de chair et s’il s’est incarné… est-ce pour nous demander de mépriser la chair ? Absurde !

      • Oui cela paraît absurde car « la sagesse de ce monde est une folie devant Dieu », écrit l’apôtre Paul. Nous pouvons aussi nous souvenir de ce qu’il a écrit :
        « Ainsi donc, comme vous avez reçu le Seigneur Jésus Christ, marchez en lui, étant enracinés et fondés en lui, et affermis par la foi, d’après les instructions qui vous ont été données, et abondez en actions de grâces.
        Prenez garde que personne ne fasse de vous sa proie par la philosophie et par une vaine tromperie, s’appuyant sur la tradition des hommes, sur les rudiments du monde, et non sur Christ.
        Car en lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité.
        Vous avez tout pleinement en lui, qui est le chef de toute domination et de toute autorité. »

      • Vous dites « Dieu nous a fait chair et s’est incarné ». Il s’est fait aussi crucifié. A votre avis pourquoi ?

      • Texte de Watchman Nee : « Nos yeux intérieurs ont besoin d’être ouverts. Quand Christ était sur la croix, Dieu a mis nos péchés sur Christ et les a crucifiés avec Lui. C’est là la part de Dieu. Christ est mort pour nous et a pris nos péchés. Cela s’est produit il y a plus de mille neuf cents ans, et nous le croyons. De la même manière, quand Christ a été crucifié, Dieu nous a mis en Christ. C’est-à-dire qu’en même temps que Dieu a réglé le problème de nos péchés il y a plus de mille neuf cents ans, Dieu s’est occupé de notre personne. Quand Dieu a fait reposer nos péchés sur Christ, Il a aussi mis notre personne en Christ. Sur la croix, nos péchés ont été effacés. Sur la croix, Dieu s’est également occupé de notre personne. Nous devons nous souvenir de : «sachant que notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché fût détruit, pour que nous ne soyons plus esclaves du péché;» Nous ne devons pas espérer être crucifiés avec Christ. Nous avons été crucifiés avec Lui, pour toujours et irrémédiablement crucifiés avec Lui. Dieu nous a positionnés en Christ. Quand Christ est mort sur la croix, nous sommes aussi morts sur la croix. […] Romains 6 dit que Dieu nous a crucifiés avec Christ. Mais Romains 7 nous parle d’une personne qui essaie encore d’exercer sa volonté. Bien que Dieu l’ait crucifiée, elle essaye encore de faire le bien. Elle ne peut pas mourir, et pourtant elle ne peut pas non plus faire le bien. Si cette personne disait : « Seigneur, je ne peux pas le faire, et je ne crois pas que je puisse le faire. Je ne sais pas faire le bien et je n’essaierai pas de vouloir faire le bien », alors il n’y aurait pas de problème. Mais Romains 7 nous parle de cet homme qui ne veut pas mourir ; Dieu a déjà crucifié notre vieil homme, mais nous ne voulons pas mourir ; nous continuons d’exercer notre volonté pour faire le bien. Aujourd’hui, beaucoup de chrétiens essayent encore, même s’ils savent qu’ils ne peuvent pas y arriver. On ne peut rien faire pour ces chrétiens. Supposons qu’une certaine personne n’arrive pas à être patiente. Que peut-elle faire ? Elle a beau essayer de son mieux d’être patiente par elle-même. Quand elle prie, elle demande de la patience. Même pendant son travail, elle pense à la patience. Mais plus elle essaie d’être patiente, moins elle est patiente. Plutôt que d’essayer d’être patiente, elle devrait dire : « Seigneur, Tu as déjà crucifié cette personne impatiente. Je suis impatient. Je ne veux pas être patient, et je n’ai aucune intention d’être patient. » C’est là le chemin de la victoire. »
        Tout le texte ici : http://www.enseignemoi.com/watchman-nee/texte/notre-vie-531.html

  3. Dans ce texte, si WN a bien intégré la mort en Christ, il commente maladroitement Romains 7 et ce qu’est la vie en Christ. Car une fois la nouvelle naissance accomplie, le chrétien se retrouve bien dans la situation décrite par Paul en Romains 7:25. Les 2 lois sont présentes dans le chrétien. Alors que chez le non-converti seule la loi du péché demeure. La marche selon l’Esprit consiste donc à soumettre notre volonté à celle de Dieu, présente en nous par Christ (colossiens 1:24-27 – ephésiens 4:20-24), et non à celle de notre chair. Ainsi, nous marcherons comme les enfants de Dieu que nous sommes et non comme comme les enfants de ce monde gouverné par satan, ou enfants de la république ou de quelconque « église » fondée sur la tradition des hommes.
    Fraternellement.

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