Quel nom pour les chrétiens de gauche ?

Le colloque sur les chrétiens de gauche à l’ICP vient de s’achever, et un compte-rendu étoffé est en préparation. Pour faire patienter nos lecteurs tout en clôturant la série de publication sur notre identité, Vincent Soulage revient sur une question qui a traversé le colloque : comment désigner aujourd’hui les chrétiens de gauche ? Faut-il s’inspirer de l’UMP et changer de nom ? Interrogation qui touche directement notre table.

Logo de la fédération romande des socialistes chrétiens (http://www.frsc.ch/f/accueil.php)

« Chrétiens de gauche » : le terme est historiquement très connoté, et renvoie à l’expression jumelle de « cathos de gauche ». Dans les deux cas, ce qui pose le plus de problème est le « de » car il revient à mêler des qualificatifs religieux et partisan sur un mode identitaire. Plusieurs intervenants ont fait la critique théologique et philosophique de cette expression qui a inversement été défendue par les historiens et sociologues, et qui met mal à l’aise les témoins.

Un concept daté (historiquement)

Dans une tentative de synthèse (très démocrate-chrétienne), on peut dire que le concept de « chrétiens de gauche » conserve une pertinence historique pour désigner ces chrétiens (majoritairement mais pas exclusivement catholiques) qui ont cherché, surtout entre 1945 et 1981, à détacher le christianisme de la réaction et à le rapprocher des partisans d’une transformation sociale (c’est-à-dire de la gauche). Ils ont travaillé à des évolutions nombreuses, à l’intérieur de l’Église ou sur le terrain social. Mais leur action fut surtout visible dans le déplacement électoral des chrétiens vers la gauche, évident surtout dans les années 60 à 80. Dans ces années du « tout politique », quoi de plus normal que de donner à certains chrétiens un qualificatif partisan ?

Mais le contexte a changé : la politique a déçu, le christianisme se recompose, et l’engagement est en mutation. Le colloque n’a cessé de pointer qu’ils sont devenus très rares ces « chrétiens de gauche » qui assument cette double identité. Parallèlement, témoins comme participants restent nombreux à accepter de se dire chrétiens ET à gauche, et s’ils ne sont pas toujours adhérents d’un parti, leurs engagements sociaux, caritatifs, intellectuels, sont devenus porteurs d’une dimension politique.

D’ouverture ? progressistes ?

Dans le champ ecclésial, ils rejoignent d’autres tendances du catholicisme qui n’ont pas toujours la même histoire ou la même implication politique, mais qui partagent une volonté d’ouverture voire d’évolution de l’Église. C’est pour désigner ce nouvel ensemble que la sociologie a proposé une catégorie nouvelle de « catholiques d’ouverture » qui s’opposerait à ceux « d’identité ». Les débats sur ce blog et ailleurs montrent bien que, malgré la pertinence et l’efficacité de l’analyse, les termes restent piégés et modérément acceptés.

Dans le langage courant et dans les médias, c’est le terme de « progressistes » qui reste le plus usité. Il est pourtant très loin d’avoir du succès. Il a été parfois revendiqué (mais un peu par défaut), plus souvent interrogé d’autant plus facilement que la définition même du progrès est questionné (par ex, la GPA est-elle un progrès ?).

Les initiatives récentes (en dehors de notre table) semblent éluder la question : Esprit Civique, Poissons Roses… se veulent non confessionnels afin de permettre la convergence avec d’autres religions et spiritualités. Afin aussi de se protéger des réflexes laïcards encore vivaces à gauche (et à droite). Mais est-on si loin du choix fait par les Semaines Sociales il y a plus d’un siècle ?

Nommer une réalité encore vivante

Cette difficulté à nommer ne signifie la disparition des chrétiens de gauche, comme certains ont cru le lire sous la plume de Jean-Louis Schlegel (dans sa conclusion de l’ouvrage A la gauche du Christ qui lui a valu de vives critiques). Ils restent une réalité bien vivante de la société et du christianisme actuels, réalité dont on peut faire l’expérience pour peu qu’on s’en donne la peine (Golias n’est-il pas né en 1989 ?).

Mais oui, ils ont changé (leurs engagement, leurs priorités, leur théologie…) et notre époque se doit de leur trouver un nouveau nom. Vaste chantier (et prolongement possible du colloque ?).

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3 réflexions au sujet de « Quel nom pour les chrétiens de gauche ? »

  1. Ne serait-il pas plus simple – et peut-être plus adéquat- de parler de la « gauche chrétienne » (ou d’inspiration chrétienne) ce qui a l’avantage de marquer que l’angle d’approche est d’abord le politique?

    • Le terme de Gauche chrétienne risque de renvoyer, dans l’imaginaire collectif, à un mouvement organisée (ce qui est d’ailleurs le cas dans d’autres pays). Il a déjà été un peu utilisé dans les années 70 mais n’a jamais été revendiqué par ceux qu’elle désignait. La culture politique française tend beaucoup à séparer politique et religieux. Il n’y a d’ailleurs jamais eu de parti démocrate-chrétien (ou quelques groupuscules) jusqu’à ce que Boutin se saisisse de cet étendard.

  2. Chrétien de gauche ?
    Chrétien, certes.
    De gauche, à fond.
    Le lien entre les deux est en moi. Je suis animé autant par une mystique socialiste que par une foi chrétienne qui aspire à la justice sociale.
    Mais quand je m’engage en tant que chrétien, je ne veux pas me couper de mes frères qui pensent politiquement autrement que moi en leur imposant ma vision politique. Ce que nous partageons, c’est la vie spirituelle.
    Et quand je m’engage en tant que socialiste tendance très très à gauche, je ne vais pas « emmerder » mes camarades avec mon credo. Ce que nous partageons, c’est l’action.
    Alors, pour moi, « chrétien de gauche » ça n’a aucun sens dans la vie politique pas plus que dans la vie spirituelle.

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