Plan pauvreté : 5 questions à François Soulage

Le gouvernement vient d’annoncer un plan de lutte contre la pauvreté qui reçoit un accueil plutôt positif (pour une fois). Nous avons posé quelques questions iconoclastes à François Soulage, ancien président du Secours Catholique (et qui a témoigné le 13 mars lors du colloque sur les chrétiens de gauche à l’ICP).

François, tu présides le collectif Alerte (réunissant les principales associations agissant auprès des publics en difficulté). Ce plan se fait à moyens constants. Alors, on est dans l’effet d’annonce ou il peut avoir des effets concrets ?

C’est exact, les moyens sont constants. Mais il s’agit bien de la deuxième étape d’un plan couvrant l’ensemble du quinquennat. La première étape (qui incluait certaines revalorisations et des mesures pour l’inclusion bancaire) a eu lieu en janvier 2013 déjà à la demande du collectif Alerte. C’est aujourd’hui une relance face à un ralentissement que nous avions constaté, avec une grande déception concernant le logement sur lequel il n’y a vraiment rien de nouveau.

Pour être tout à fait précis, le montant de la PPE (prime pour l’emploi) ne cessait de diminuer en raison de sa non-revalorisation. Avec la nouvelle prime d’activité [fusionnant RSA activité et PPE, ndlr] nous revenons donc au point de départ, ce qui permet d’élargir cette prime à certains jeunes de moins de 25 ans.

Justement, la création de cette prime d’activité pour ceux qui touchent de très faibles salaires et la principale mesure. En tant qu’économiste, tu ne crois pas que cela va encourager les entreprises à baisser encore les salaires ?

Je ne crois pas qu’aujourd’hui, les entreprises cherchent cette baisse. Je constate simplement que les salaires qu’elles offrent sont faibles. Peuvent-elles sérieusement beaucoup les augmenter ? La prime va donc aider les personnes qui touchent de si petits salaires.

Tu as longtemps côtoyé les politiques et tu sais qu’ils peuvent facilement vivre en vase clos et n’écouter que les technocrates. Avez-vous pu participer à la préparation de ce plan et faire bouger le gouvernement ?

Nous avons largement contribué à sa préparation comme lors de la première étape il y a deux ans. Nous avons fait bouger le gouvernement sur la prime d’activité pour les jeunes : dans le projet final, tous ceux qui travaillent et vivent dans des familles fragiles vont enfin avoir droit à une prime.

François, tu es un homme de gauche. Ce plan contre la pauvreté, n’est-ce pas la première vraie mesure de gauche du gouvernement Valls ?

Certes, c’est un ensemble de mesures qui souffre d’un financement encore très insuffisant pour changer fondamentalement la situation des plus pauvres. Mais aussi limité soit-il, il représente une avancée et une prise de conscience d’une situation que la droite n’a jamais voulue voire.

On voit aujourd’hui peu de chrétiens de gauche en politique ; par contre, ils sont beaucoup investis dans les associations de solidarité (CCFD, Secours Catholique, Armée du Salut…). Ne serait-ce pas un palliatif ?

Aujourd’hui j’ai le sentiment que les nombreux chrétiens de gauche engagés dans les associations de solidarité font un réel travail politique. Comme j’ai le sentiment de le faire à la tête du collectif Alerte.

C’est de ce constat qu’est né Esprit civique, qui veut permettre la rencontre entre des élus politiques et des personnes de la société civile qui se reconnaissent dans une approche personnaliste et humaniste.

 

François Soulage a publié une biographie sous forme d’entretien avec Christophe Henning, Justice et charité, éd DDB, 2012.

Publicités

2 réflexions au sujet de « Plan pauvreté : 5 questions à François Soulage »

  1. Bonjour ! vous allez devenir quotidien ?
    Merci François de tes réponses éclairantes.
    Il n’est pas aisé de gouverner notre pays et des trouver un accord pour aider toutes ces personnes victimes de la situation socio-économique de l’heure. Il en va des personnages politiques comme des personnages d’Eglise. Nous assistons à un théâtre où il n’est pas facile de comprendre la pièce et les acteurs.
    La révolution apportée, en son temps par Jésus-Christ, avait crée une véritable onde de choc dans l’histoire humaine. Aujourd’hui les grands principes de dignité, d’égalité et d’humanité demeurent souvent de vains mots. Ne faudrait-il pas refonder cet humanisme en dépassant les clivages opposants croyants et incroyants. Nous sommes face au péril des fanatismes religieux et de leur vision totalitaire, mais aussi face au matérialisme consumériste déshumanisant.
    Nous avons besoin d’un nouvel élan humaniste réunissant tous ceux et celles qui demeurent attachés à la dignité et à la liberté à la solidarité….
    De là où je suis, avec l’âge et la santé que j’ai, je me sens impuissant pour recommencer ce qu’en d’autres temps j’ai fait et parfois réussi. Je continue de croire qu’il est encore des hommes et des femmes qui relèveront le gant. Voyant la montée du F N l’intolérance, le racisme, la violence et l’inculture civique et politique de mes concitoyens…l’inconscience et l’inconstance des institutions religieuses… J’ai mal à ma conscience d’homme. Il est temps qu’il reviennent ce « Christ révolutionnaire » que l’Eglise romaine, avec la parade froufroutante du Vatican et autres lieux… a trempé dans l’eau de roses… Lui a su prendre des risques, bousculer les idées et crier la dignité de tout homme et femme … Il était resté du peuple et avec le peuple. Mais c’est vrai que pour lui aussi ça se termina mal ! Cordialement ! Jules BARBU

  2. Ping : Solidarité et pauvreté, au téléphone sonne ce soir | A la table des chrétiens de gauche

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s