Ceux qui ne veulent pas être d’identité (A Favier)

Nous avons déjà parlé d’Anthony Favier, doctorant en histoire et spécialiste du genre, qui tient l’excellent blog « Penser le genre catholique ». Occupé à finir de rédiger sa thèse, sa production s’est malheureusement réduite. Vincent Soulage revient sur son dernier court billet plein d’espoir pour le catholicisme d’ouverture auquel nous sommes attachés.

Genre_favier

Dans un précédent article, j’ai essayé d’expliquer le partage du catholicisme entre deux pôles dits d’ouverture et d’identité. Plusieurs internautes ont réagis négativement sur ce second terme, considérant que si l’ouverture est lue comme positive, le terme d’identité serait péjoratif pour les courants qu’il désigne. Je me permettrai de leur rappeler que ce terme n’a pas été choisi par moi mais adopté par la communauté des spécialistes en histoire, sciences politiques et sociologie des religions. De plus, Il ne s’agit pas de réduire un pôle à cette expression mais de relever l’affirmation de l’identité catholique est centrale pour les groupes que le langage courant qualifierait de « conservateurs ». Ce qui ne veut pas dire d’ailleurs que cette affirmation soit absente de l’autre pôle, à l’exemple de tous les mouvements d’action catholique. Sollicité par l’un d’entre eux, Anthony Favier revient sur cette rencontre qui l’a rassuré sur l’existence d’un catholicisme refusant la dérive identitaire et engagé dans le monde (bref, de gauche ?). Avec son autorisation, nous reproduisons l’intégralité de son article.

 

Il y a quelques temps, j’ai été invité à participer à une réflexion d’un mouvement de jeunesse d’Action catholique sur son identité chrétienne. Une courte et petite intervention dans un processus qui durera et dans lequel, à une étape, j’ai été consulté comme historien. À l’origine de cette réflexion : le constat de certains groupes locaux. « Le C de notre nom ne nous apporte plus rien de bon, seulement peut-être fait-il peur à des jeunes qui pourraient nous rejoindre. »

On sait que la JOC belge (pas la française), il y a quelque temps, a abandonné son acronyme initiale, « jeunesse ouvrière chrétienne », pour un assez malheureux « jeunes organisés combattants ». La nouvelle avait suscité la réaction de mon camarade historien, Vincent Soulage, rédacteur régulier du blog des Chrétiens de gauche. Il rappelait, à raison, qu’il s’agissait de l’aboutissement d’un long processus, entamé dans les années 1970-1980 : celui de la déconfessionalisation. En 1986, la JOCI, après de nombreuses mises en garde de Rome quant à la nécessité de lier l’action sociale à l’évangélisation, perdait son agrément de fédération catholique des JOC mondiales pour être remplacée par la CIJOC. La JOCI, portée en partie par la JOC belge, approfondit le sillon que les années de crise catholique avaient ouvert en faisant de son christianisme un héritage davantage qu’une réalité vivante.

En creusant avec mes interlocuteurs, on ne trouvait pas quelque chose de semblable. Un des délégués disait vivre sa foi dans ce qu’il faisait dans son mouvement. Nous étions toutefois dans le moment de l’après mariage pour tous qui aura marqué, d’une manière ou d’une autre, le catholicisme français. Contre la poussée d’un catholicisme identitaire, qui réhabilite le tryptique vérités à croire – sacrements à respecter – morale, notamment affective et sexuelle, à suivre, au point d’en faire, parfois, le fondement de toute religion, on trouve ceux et celles qui cherchent à discerner dans les temps présents ce qui porte la Révélation, et ceci même dans les engagements laïcs. Ne recevant pas de signal positif de leur groupe confessionnel ni de l’institution, ils en viennent à interroger la nature de ce qui les lie à elle.

A mon sens, la tradition française d’un catholicisme ouvert à son temps, humanisme capable de parler à ceux qui croient en Dieu et ceux qui n’y croient pas, porté évidemment, des années 1920 aux trente glorieuses, par l’Action catholique se maintient bel et bien dans des réseaux peu connus mais encore actifs, localement, dans les territoires. Ce dernier est particulièrement déstabilisé par le surgissement d’un catholicisme identitaire qui participe à la panique morale face à l’émancipation des minorités sexuelles ou certaines questions éthiques. Ceux qui ne sont pas d’identité n’en ont jamais fait leur cœur d’action mais sont capables de pragmatisme quand elles se posent à leurs membres. De manière générale, ils ne souhaitent pas s’opposer aux évolutions des normes légales régissant les corps et les sexualités à condition que le processus démocratique soit respecté. Ils peuvent parfois y voir un approfondissement de l’égalité et de la dignité.

Cette rencontre m’a rassuré sur le legs d’un certain catholicisme. Il a survécu aux reconfigurations passées et à l’œuvre. Je suis bien conscient que c’est un fil ténu, peu connu dans les médias et assez loin des représentations collectives, mais il se maintient et ne demande qu’à être aidé. Personnellement, enfin, je ne pense pas que ce soit une bonne idée que ce mouvement change de nom.

 

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