Comment passer du fait religieux à la défense des sectes

Comment un colloque avec un plateau honorable sur « Le traitement du fait religieux dans les médias et l’édition » peut-il se transformer en une tribune contre la lutte anti-secte ? Vincent Soulage revient sur une expérience amère et récente qui montre qu’il faut parfois se méfier quand on vous invite à parler religion.

Colloq média

Ce fut une expérience curieuse. J’avais reçu une invitation pour un colloque sur « Le fait religieux dans les médias et l’édition », organisé vendredi après-midi au théâtre du Lucernaire, ancien haut-lieu de la culture contestataire.

Peu d’intervenants connus de moi, à l’exception de Jean-Pierre Mignard (de Témoignage Chrétien), mais le panel a l’air sérieux. On y trouve plusieurs avocats dont Me Kounkou (son site perso) qui dirige à l’Harmattan la collection Chrétiens autrement[1], le fondateur d’un média alternatif (Ouverture, facile à trouver sur internet) et une apparence de variété (un imam est annoncé). Le tout placé sous le patronage d’Emile Poulat, un des maîtres de la sociologie religieuse en France et également engagés intellectuellement aux côtés du catholicisme d’ouverture. Avec un tel gage de qualité, je me suis déplacé.

(cliquez sur l'image pour voir le programme complet)(cliquez sur l’image pour voir le programme complet)

Quel ne fut pas ma déception. D’entrée de jeux, plusieurs intervenants sont annoncés absents : E Poulat, l’imam, et Me Kounkou (qui doit arriver en fin de colloque).

L’introduction de Frédéric Grossmann (directeur des éditions « les trois génies »[2]) pose des questions générale et pertinente : « Le sujet est polémique. En France, la laïcité se réduit souvent à refuser l’expression du religieux dans l’espace publique. Ceux qui ont voulu le faire se sont exposés à l’indifférence, aux sarcasmes voire à l’agressivité. Mais à l’inverse, les grandes figures (pape François, Dalaï-lama) sont-elles vraiment maltraitées par les médias ? Les religions peuvent se plaindre mais doivent aussi interroger leur relation avec les médias. D’ailleurs, ce mauvais traitement des médias ne concerne-t-il que le religieux ? »

Mais ensuite Jean-Luc Martin Lagardette, fondateur du média en ligne Ouvertures, consacre l’essentiel de son propos à une charge violente contre l’État français qui « dispose d’un arsenal législatif, administratif et même policier pour lutter contre les minorités spirituelles et thérapeutiques, les deux étant mêlées souvent ». Certes, la MIVILUDES a parfois une interprétation très large de ce que peut être une dérive sectaire (Olivier Bobineau en parlerai mieux que moi), mais elles existent bien que l’intervenant en parle à peine.

Lui succède Jean-Luc Maxence, franc-maçon revendiqué qui relève que sa famille spirituelle est très souvent (mal)traitée par une approche de type complotiste. Mais il poursuit en relevant que parmi les raéliens, les mormons ou les témoins de Jéhovah, on ne trouve pas la violence qui anime les islamistes ou les dérives pédophiles de certains prêtres catholiques. Dénoncer les seconds n’exonère en rien les premiers !

Au fil des questions dans le débat qui suit, je m’aperçois que la salle est surtout composée de partisans de ces minorités spirituelles (dont des raéliens et des scientologues, ) qui abreuvent dans le sens des orateurs. On trouve également Régis Dericquebourg, spécialiste controversé des « mouvements dits sectaires » et membre (comme moi) du GSRL. Heureusement, la pause café est là pour abréger mon calvaire et me permettre de littéralement fuir ce qui m’apparait comme un piège[3].

Je reconnais que cette fuite n’est guère courageuse car la seconde partie du colloque paraissait (là encore sur le papier) plus intéressante : Me François Jacquot[4] devait nous parler de « Procès médias et faits religieux », un musulman de l’islamophobie, et Me Kounkou devait arriver en fin de colloque.

Reste quand même une vraie question aux organisateurs. Les intervenants réels sont globalement assez éloignés du plateau annoncé sur l’invitation (par exemple, Mignard a disparu), et plusieurs ont une proximité avec des sectes, à commencer par la scientologie. Plus que de parler de fait religieux dans les médias, ce colloque fut une tribune pour des « minorités spirituelles » (ce que moi et le langage courant appelons des sectes) qui se considèrent comme opprimées.

Y a-t-il eu détournement d’une initiative intéressante ou volonté délibéré des organisateurs ? Je leur ai adressé cet article et je publierai leur éventuelle réponse dans les commentaires.

 

 

[1] Cette collection a publié des ouvrages intéressants, notamment sur Helder Camara et Mgr Riobé. Mais selon le site des éditions de l’harmattan, il dirige en fait la collection « Théologie et Vie politique de la terre » qui s’intéresse surtout à l’émergence d’églises chrétiennes d’expression africaine.

[2] Je ne connaissais pas ce petit éditeur au catalogue éclectique, mais il semble avoir publié certains scientologues.

[3] D’où l’explication de l’illustration : la réplique de l’amiral Akbar, qui dirige la flotte rebelle dans Le retour du Jedi, est devenu un même sur internet.

[4] Si j’en crois une rapide recherche internet, il serait l’avocat de certains scientologues.

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3 réflexions au sujet de « Comment passer du fait religieux à la défense des sectes »

    • Et ou avez-vous lu cela sur le site ?
      J’ajouterai qu’il existe une différence entre défendre et accepter (voir se résoudre). Relisez mon article sur la personnalité d’E Claudiaus-Petit, catholique centriste qui a voté l loi Veil. Cela devrait aider à sortir des caricatures.

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