Yann Raizon du Cleuziou: «Un déclin numérique des courants catholiques de gauche et progressistes»

Yann Raizon du Cleuziou, maître de conférences en science politique à l’université Montesquieu-Bordeaux IV, explique dans une interview sur La Vie, l’étude qu’il a mené pour l’association Confrontrations sur Qui sont les cathos aujourd’hui ?. Elle a abouti à un livre, publié début septembre aux Éditions DDB. Extraits.

« Aujourd’hui, on constate effectivement un déclin numérique des courants catholiques de gauche et progressistes. A l’inverse, il y une croissance forte des catholiques, disons néoclassiques : ils ne sont pas conservateurs, car ils rejettent l’ordre établi. Ils estiment que leurs aînés ont abandonné leur mission catholique, leur témoignage et leur engagement sur la scène publique. »

« Mais quel sera son avenir ? Il ne faut pas oublier que les générations des années 1960 étaient issues au départ du catholicisme de Pie XII : très traditionnels à l’âge de vingt ans, on ne pouvait pas deviner ce qu’ils sont devenus ensuite. »

« Toutes les institutions sont touchées par la rupture de la transmission générationnelle. Cette enquête a pour ambition de présenter le problème aux catholiques pour qu’ils s’en saisissent : je n’ai pas voulu apporter des solutions. J’ai voulu donner matière à penser, car trop souvent, on dit aux catholiques ce qu’il faut penser de ceci et de cela. Ce qui manque, c’est une culture du débat, c’est une appropriation du débat par les catholiques. Il faut donc que les catholiques se parlent, et se parlent entre eux. Pas que des individus répondent à leur place. »

« Ce que je constate et que je décris est en effet un très fort clivage générationnel. (…) Une des causes qui me semble importante pour expliquer ce clivage est la méconnaissance des années 1950-1970. Ce fut une période de crise, mais aussi un âge d’or de la théologie et de la spiritualité. Tout cela est totalement ignoré aujourd’hui, en partie parce que les problématiques actuelles sont différentes. Ce riche patrimoine devrait pourtant être connu. »

« Il faut que les catholiques se racontent leur histoire. La foi, le rapport à l’Eglise s’inscrivent dans des moments historiques et dans des trajectoires individuelles. Présenter les cultures générationnelles sous la forme de témoignages et de récits de vie permettrait de rentrer dans une démarche de compréhension, sans jugement à la clé. »

Lire l’interview entière sur Lavie.fr

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3 réflexions au sujet de « Yann Raizon du Cleuziou: «Un déclin numérique des courants catholiques de gauche et progressistes» »

  1. La vision d’une forte croissance des cathos néoclassiques serait à nuancer selon moi. Leur visibilité et leur présence augmente certes, mais dans un monde catholique lui même en rétractation. Ils sont plus visibles parce que plus nombreux certes, mais aussi parce que les « progressistes », qui ont animés l’Eglise des années 60 à 80, n’ont pas su ou pu se renouveller.
    Et je remarque aussi que Yann, en bon historien, utilise les étiquettes qui font tant débat.

  2. Oui ! je fus un de ces catho progressistes. Militant d’ACO. Au vu de ce que devient cette Eglise,
    avec sa prétention à s’octroyer le monopole de la vérité, j’ai pris la porte, restant un moment sur le parvis, mais maintenant j’ai pris le large et je vogue sur l’océan du monde avec mes doutes et mes certitudes. La lecture du livre de John Shelby Spong « Jésus pour le XXI ème siècle » ed Karthala me conforte dans mon attitude quand il dit :  » Les choix qui se présentent au monde chrétien sont clairs. Nous pouvons prétendre qu’il n’y a pas de problèmes, en continuant d’utiliser le langage littéral de notre foi, âgé et inopérant, et à ne rien changer. Le résultat en sera que le christianisme disparaîtra. L’alternative est que nous pouvons développer une toute nouvelle manière de concevoir jésus et de conceptualiser Dieu, qui servira de fondation à une reformulation radicale de ce que nous appelons le christianisme… »
    Je crois que le déclin numérique de chrétiens cités dans l’article de Du Cleuziou va continuer et il cessera avec la disparition de cette génération, ce qui ne saurait tarder. Déjà en 2009 Jean Rogues dans  » La foi d’un agnostique chrétien » disait la même chose en ajoutant que des chrétiens devenaient des « agnostiques chrétiens » se débrouillant dans l’obscurité et le tâtonnement
    et le silence, loin des paroles du Pape, des évêques et- autres clercs…
    Il est urgent, si ce n’est déjà trop tard, de débarrasser l’évangile du carcan doctrinaire dogmatique et moralisateur dont l’a affublé l’Eglise catholique. (Lire aussi « Etre chrétien dans la modernité » de Jacques Musset ed Golias.)
    J. Barbu

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