Des cathos rebelles en France ou le catholicisme revu et corrigé par la droite

bénédictionDes cathos rebelles en France ou le catholicisme revu et corrigé par la droite ou plutôt une droite pas tout à fait décomplexée qui se drape dans le catholicisme. Un billet de Patrick Pique, initialement publié sur le blog de l’auteur.

Où est-le problème ?

Un article du Figaro (1) nous a appris il y a quelques mois qu’une partie des évêques n’a pas compris la résistance (sic) des familles (re sic) – oui mais quelle(s) famille(s) ?- face au pouvoir socialiste. On peut croire un instant que l’on se trouve à nouveau dans l’époque de la Guerre froide dans un pays de l’Est…
Mais heureusement on lit également que nous sommes sauvés grâce à ces jeunes rebelles bien mis et bien accompagnés, par un prêtre – cf. la photo qui illustre l’article, digne d’une affiche électorale de feu le RPR – et qui oseraient aller contre ceux des évêques qui n’ont rien compris ou pire qui seraient coupables d’accointances – horreur ! – avec le pouvoir socialiste.
Et c’est là le vrai sujet de l’article, non pas tant une supposée division des évêques que l’émergence de cathos rebelles, éthiques, authentiques, insoumis, etc,… et qui semblent avoir les faveurs du Figaro .

Un catholicisme qui n’a rien de nouveau

En fait toute cette prose n’est que la réaffirmation d’un catholicisme de droite ou d’une droite catholique classique et c’est là que le journaliste a raison : ce catholicisme n’a rien de nouveau.
C’est le catholicisme des points non négociables, une réduction – si ce n’est une caricature ou un travestissement –  de la doctrine sociale de l’Église à une simple morale conservatrice.
Pour mémoire, alors que les évêques avaient indiqués 13 éléments de discernement (2) afin d’aider l’électeur chrétien dans son choix lors des présidentielles de 2012, certains avaient réussi le tour de passe-passe de n’en mettre que trois en exergue : évidemment la vie naissante, la famille, l’éducation, oubliant au passage Jeunesse, Banlieues et cités, Environnement, Économie et justice, Coopération internationale et immigration, Handicap, Fin de Vie, Patrimoine et culture, Europe, Laïcité et vie en société.

Et c’est justement là où l’on ne peut que sourire lorsque le Figaro affirme que ces authentiques insoumis sont inclassables politiquement…
Mais de qui se moque t-on ? Les slogans, les articles, tout ce qui qui est relayé par eux sur les réseaux sociaux indiquent clairement la couleur politique de ce mouvement de « rebelles ».

Une opposition classique de droite

Au mieux nous sommes en présence d’un catholicisme caution d’une opposition classique de droite. Au pire, voire plus si affinités…
Car si la plupart acceptent le débat républicain même si c’est souvent en insultant la gauche – mais on dira que c’est le jeu politique – , d’autres en revanche sont inquiétants.
Il serait bienvenu, qu’après s’être inquiété de la quenelle de Dieudonné, notre pays s’interroge au sujet d’un symbole qui a fleuri sur les réseaux sociaux lorsque La Manif Pour Tous s’est séparée de ses leaders historiques pour durcir le mouvement (Frigide Barjot est d’ailleurs peu appréciée de ces « rebelles éthiques ») : un R inversé (3) qui signifie « contre révolution », comprendre par là que finalement le problème c’est la République.
Des clarifications, des prises de distance semblent nécessaires.
Il est également difficile de dire ce qu’est le mouvement des Veilleurs mais un journaliste de la Vie leur a consacré un ouvrage (4).

Le problème de ce catholicisme prétendument « rebelle » c’est qu’il n’entend pas les propos du pape François et de l’épiscopat.
Alors que les questions sociétales, de sexe, de mœurs, de préservatifs, d’avortement ont été remises à leur juste place – ce qui ne veut pas dire qu’elles sont ignorées – il y a un an par le pape François , notre pays fait de la résistance et semblerait afficher toujours selon le Figaro un catholicisme rebelle, jeune, en fait petit et grand bourgeois, mais en tous cas, pas populaire.

Un catholicisme qui oublie d’être chrétien

C’est inquiétant, car ce catholicisme est celui que rejette toutes celles et ceux du parvis et de plus loin encore. Celles et ceux qui n’entrent plus dans la maison commune mais qui malgré tout s’intéressent encore à ce que l’Église dit.
Pour tous ceux-là – et cela dépasse même le cercle des chrétiens catholiques – François est une grande espérance car il donne un coup de projecteur sur l’essentiel : l’Évangile.

Or cette droite ou ces « cathos rebelles » ne veulent pas voir que la principale menace contre la famille n’est pas tant le pouvoir socialiste que le système économique qu’ils défendront toujours consciencieusement. Faut-il citer Bossuet ? : Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes.

Quelle sont les plus grandes menaces sur la famille ? La gauche ou le travail du dimanche ? Le mariage pour tous ou les horaires de travail incompatibles avec une vie de famille normale ? Qu’est-ce qui aggrave le nombre de séparations et de divorces : le pouvoir socialiste ou des lieux de travail qui ne permettent plus aux couples de se construire et de se rencontrer, tout simplement de vivre ensemble ?
A vrai dire si ces « rebelles éthiques » défendaient réellement la famille, il y a longtemps qu’ils se seraient battus pour les 35 heures et d’une façon générale pour le partage du temps de travail.
Or tous leurs champions politiques ne sont capables que de vouer les 35 heures aux gémonies ou de vouloir baisser le nombre de fonctionnaires (des emplois pourtant, le gagne-pain de millions de personnes et donc de… familles !).

Que d’hypocrisie derrière ce catholicisme là !

N’est-ce pas cette hypocrisie que de nombreux croyants ne supportent plus ?
Si de nombreux Français ont émis des doutes sur le mariage pour tous, ce n’est pas tant contre le fond de cette réforme que sur le défaut de priorité. Les Français veulent du travail mais ce n’est certainement pas le souci de la droite catholique.

Mais ce catholicisme-là a connu plusieurs déceptions : outre le vote de la loi du mariage pour tous, l’arrivée d’un pape d’un genre nouveau, d’un autre continent (un blogueur traditionaliste n’a t-il pas écrit que François ne pouvait pas comprendre la situation migratoire de l’Europe…!), et ensuite l’arrivée d’un nouveau président de la CEF…
Ce dernier, Mgr Pontier, a d’ailleurs rappelé qu’il n’était pas le chef d’un clan contre un autre… Ce qui a du décevoir les « cathos rebelles »…

Nous ne sommes pas ici dans la problématique de l’unité des chrétiens.

Comme l’a montré Jacques Généreux dans sa critique du modèle de « l’individu-guerrier » (5), nous sommes bien dans l’opposition très politique entre un système qui repose sur le chacun pour soi et la loi du plus fort,  destructeurs de la dignité humaine et de la planète, et un système qui tente, tant bien que mal, de réguler les injustices et les iniquités du monde.
Même si je ne suis plus certain que la gauche de gouvernement incarne ce second système, j’en partage toujours les valeurs. Je reste convaincu que de nombreux problèmes sociétaux ne se poseront plus, ou avec moins d’acuité, en résolvant d’abord la crise économique et sociale.
Et puis c’était ma crainte également : le pourrissement du mouvement LMPT a fini par avoir raison de la belle unité affichée de la composante chrétienne de l’opposition au mariage pour tous, chacun repartant, et de façon plus affirmée, dans sa famille politique.
Mais, et c’est aussi ce qui différencie certainement les chrétiens ou les cathos de gauche de ceux de droite, ces derniers honnissent plus que jamais leur adversaire socialiste et soutiennent clairement leur famille politique.
Alors qu’à gauche c’est moins simple, pour ce qui me concerne, j’ai quitté EELV, d’autres ont dit tous leurs doutes sur la gauche qui gère et qui, pour prouver qu’elle est capable de bien gérer, tend à le faire comme la droite(6).
J’ai rejoint la Nouvelle Donne (7) de Pierre Larrouturou  dans laquelle en tant que chrétien je retrouve le plus d’éléments de la doctrine sociale de l’Église mais,… face à une droite ivre de revanche et qui n’a jamais véritablement reconnu la légitimité de la gauche au pouvoir, l’avenir est loin d’être rose…

Cependant ceux qui sont « à la gauche du Christ » (8) n’ont pas dit leur dernier mot.

(1)  http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2014/04/18/01016-20140418ARTFIG00074-cathos-et-rebelles.php
2) http://www.eglise.catholique.fr/conference-des-eveques-de-france/textes-et-declarations/366777-elections-un-vote-pour-quelle-societe/
(3) Blog de Vivien Hoch
(4) Henrik Lindell,  Les Veilleurs – Enquête sur une résistance , éd. Salvator, 2014
(5) Jacques Généreux, La Dissociété nouvelle ed. en poche. Points-Essais, Seuil, 2007
(6) https://chretiensdegauche.com/2014/01/15/confession-dune-enfant-de-la-gauche/
(7) http://www.nouvelledonne.fr/
(8) A la gauche du Christ, sous la direction de Denis Pelletier et Jean-Louis Schlegel, éditions du Seuil.

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8 réflexions au sujet de « Des cathos rebelles en France ou le catholicisme revu et corrigé par la droite »

  1. Un peu de nuance, s’il vous plaît.

    Vous écrivez, je vous cite: « Quelle sont les plus grandes menaces sur la famille ? La gauche ou le travail du dimanche ? Le mariage pour tous ou les horaires de travail incompatibles avec une vie de famille normale ? Qu’est-ce qui aggrave le nombre de séparations et de divorces : le pouvoir socialiste ou des lieux de travail qui ne permettent plus aux couples de se construire et de se rencontrer, tout simplement de vivre ensemble ? »

    Je pense comprendre qu’un blog comme celui du « Salon beige », par exemple, correspond assez à ce catholicisme de droite que vous dénoncez. Or il publiait le 15 septembre les lignes suivantes, sous le titre « les mauvaises idées du MEDEF »:
    « Le Medef évoque la suppression de 2 jours fériés et la création d’un salaire inférieur au Smic, complété par des aides de l’Etat.
    L’organisation préconise encore l’ouverture accrue de commerces le soir et le dimanche. »

    Cela pour s’élever là contre.

    Admettez donc que les choses sont plus complexes que ce que vous décrivez, et que le catholicisme de vos frères « cathos de droite », n’est pas exactement le manteau d’un libéralisme économique réputé de droite.

    Bien respectueusement et fraternellement

    • Non, je ne vise pas pas particulièrement le Salon Beige, même s’il est visé évidemment. La droite catho d’une façon générale l’est dans ce billet. Je confesse un manque qui confine à l’injustice. Il existe aussi chez certains protestants la même tendance qui doit être critiquée. D’ailleurs sur les questions d’éthique, d’éducation, de théories du gender plus ou moins fantasmées, certains protestants rejoignent les plus conservateurs des catholiques, allez comprendre !
      Enfin et surtout, ce billet n’a rien de théologique. Je l’ai placé sur le terrain politique et là où il y a une différence majeure entre droite catho (ou chrétiens conservateurs) et les chrétiens de gauche c’est que nous, « au bout du bout », nous hésiterons à voter pour la gauche de gouvernement, et peut-être au point de ne pas voter pour elle. Mais la droite, même catho, et les sondages le montrent sur le vote catholique, votera sans problème pour son camp pour faire barrage à la gauche même si la droite au pouvoir applique une politique infiniment plus libérale que celle de la gauche.
      C’est pourquoi même si dans le principe vous avez sans doute raison, la situation est plus complexe que ce que j’ai écrit, il est évident qu’en 2017, la droite catholique votera sans hésitation pour Nicolas Sarkozy s’il est candidat… Mais est-ce que la question des personnes est véritablement l’enjeu je n’en suis pas sûr. Pour autant je me pose la question. Mais la droite catho ou les chrétiens conservateurs, ne se la poseront pas.
      Tout aussi respectueusement et fraternellement.

      • Merci de votre réponse. Quant au fait et à l’issue, il se peut que vous ayez raison.

  2. Très bel article que j’aurai aimé écrire.
    On a un bel exemple de ce catholicisme d’identité qui se concentre sur certains sujets et en oublie opportunément d’autres. Quitte à considérer avec dédain les « mauvais » clercs(fussent-ils évêques) qui ne sont pas sur leur ligne.
    Cette droite catholique réactionnaire ne sait se mobiliser que sur certains sujets (l’école, la famille, l’avortement). Elle peut à l’occasion être opposé à certaines mesures libérales (comme le travail du dimanche), mais elle n’est jamais active sur ce sujet. Et globalement, elle défend le système ultralibéral et méprise la solidarité organisée. Qui n’a jamais entendu le discours sur les « bons » pauvres qui méritent qu’on les aide alors que les autres ne sont qu’une bande d’assistés.

    Certes, toute la droite catholique ne tient pas ce discours ni ne se montre intolérante aux cathos plus ouverts et sociaux. J’ai même entendu Boutin avoir des paroles intéressantes sur les sujets sociaux. Mais qu’a-t-elle fait quand elle était ministre ? sur quels sujets s’exprime-t-elle dans les médias ?

    Certes, on peut aussi défendre l’idée qu’être réactionnaire (comme Finkelkraut), c’est être rebelle puisqu’on s’oppose au microcosme médiatique, quand ce n’est pas à la majorité de la population française. Mais cet anticonformisme me rappelle malheureusement celui des milieux intellectuels ou catholiques des années 30 ; ils ont finis à Vichy. (OK, point goodwin)

    La perspective n’est pas réjouissante. Heureusement que la figure du pape François nous permet d’envisager un autre avenir pour un discours catholique capable de contester le monde tel qu’il est.

    Et merci Patrick.

  3. « Mais, et c’est aussi ce qui différencie certainement les chrétiens ou les cathos de gauche de ceux de droite, ces derniers honnissent plus que jamais leur adversaire socialiste et soutiennent clairement leur famille politique. »

    Ce point mériterait tout de même d’être discuté…
    A droite comme à gauche, les lignes bougent, et en dehors des plus radicaux, je ne vois plus grand monde aller voter la bouche en coeur…

  4. Enfant je suis allé au cathéchisme ou l’on m’a appris le christianisme , j’ai été boulversé par ses valeurs.
    Hélas, adulte je n’ai jamais retrouvé leur pratique dans la société NI DANS L EGLISE !!
    Le discours et les idées du pape François sont la premiere fois de ma vie ( 72 ans) ou j’entend a nouveau la parole de Jesus .

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