La fracture qui traverse le catholicisme

Deux interviews croisées dans La Vie fin août nous ont montré de manière brutale la fracture fondamentale qui traverse aujourd’hui le catholicisme. René Poujol puis un groupe de jeunes ont fait des réponses bienvenues aux propos outranciers de l’abbé Grosjean. Essayons aujourd’hui d’enrichir leurs arguments d’une épaisseur scientifique.

Schéma clivages 2

S’interrogeant sur un renouveau d’intérêt des jeunes catholiques pour l’engagement, La Vie a comparé plusieurs initiatives (récentes ou déjà bien installées) qui ont eu lieu cet été. Le magazine a interrogé parallèlement deux responsables. D’une part le Père Christian  Mellon, promoteur de La politique une bonne nouvelle, qui tient une session d’été depuis plus de vingt ans (je le sais, j’ai fait la première) et associe de nombreux mouvements catholiques dans un esprit d’ouverture. D’autre part, la parole a été donnée à l’abbé Grosjean, initiateur de Chantiers d’avenir, et qui se veut le chantre de la réaffirmation identitaire catholique dans le champ social (et politique). Si le père Mellon, sj, a été, comme à son habitude, pertinent et mesuré (c’est un ami et j’assume), le discours partisan de l’abbé Grosjean a suscité de vifs échanges. Au point que la rédaction de La Vie s’est justifiée sous la plume de Jérome Anciberro.

 

Une fracture évidente

Par leur forme comme par leur fond, ces deux interviews croisées, ont parfaitement mis en relief la fracture qui existe aujourd’hui entre les deux pôles du catholicisme. Entre ceux qui défendent l’ouverture au monde et au dialogue (quitte à passer pour des bisounours) et ceux qui veulent réaffirmer non seulement l’identité catholique mais aussi son emprise sur la société.

L’abbé Grosjean reconnait cette fracture, tout en manifestant un profond mépris pour le camp opposé : « Le vrai clivage n’est pas entre tradis et charismatiques mais entre ceux qui prennent le tournant du christianisme identifié et décomplexé et ceux qui restent dans l’Église des années 80 où il faut s’excuser d’être chrétien. » Ça a l’air intelligent et provocateur (voire rebelle ?), mais en réalité, cela ne fait que reprendre un constat que font les sociologues du religieux depuis de nombreuses années : le monde catholique est désormais marqué par une grande pluralité et des tensions fortes entre ses nombreux courants. J’ai été sollicité par le CCFD (dans le cadre de formations internes) pour les aider à comprendre cette pluralité. En compilant des travaux récents, je leur ai proposé une cartographie en 7 courants traversant l’Église catholique française, en m’appuyant sur deux critères.

 

Deux critères pour classer les catholiques

1er critère, le rapport au monde. Il est le plus habituel et reprend plus d’un siècle de débat au sein du catholicisme : notre religion doit-elle d’abord défendre une tradition pluriséculaire ou est-elle capable de s’ouvrir au monde moderne et de dialoguer avec lui ? Ce débat est représenté horizontalement dans le schéma, avec à droite les défenseurs de la tradition, à gauche les partisans de l’ouverture. Attention, cela ne veut pas dire que les partisans de l’ouverture sont tous de gauche mais qu’ils représentent la gauche du catholicisme.

2nd critère, plus récent, la place de la religion dans la sphère publique. Rome, les évêques français et un certain nombre de catholiques estiment que non seulement leur Foi occupe une place centrale dans leur vie, mais au-delà que le religieux doit intervenir dans la vie sociale et y être reconnu. C’est la position dite « intégraliste » (à ne surtout pas confondre avec l’intégrisme), en haut dans mon schéma. A l’opposé, beaucoup de nos concitoyens vivent une religiosité réduite à la sphère privée, voire à un cadre de valeurs. Ceux-ci sont des « marginalistes » (en bas dans le schéma), et leur identité catholique est de plus en plus ténue.

 

Ouverture contre identité

Sur ces deux critères, l’opposition est aujourd’hui particulièrement vive entre les deux pôles du catholicisme.

Schéma clivages 2

Les catholiques d’ouverture, qui s’inscrivent dans la lignée de Vatican II, persistent à considérer comme indispensable et positive l’ouverture à la modernité. Leur présence dans le monde se fait dans une relative discrétion, mais elle n’est pas (en tous cas pas toujours) un silence sur leur identité, et encore moins cette honte d’être catholique, dénoncée (mais fantasmée) par l’abbé Grosjean. La stratégie d’enfouissement, qui fut un temps celle de l’Action Catholique, n’est globalement plus de mise. Mais si on assume son étiquette catholique, elle n’est pas portée comme un étendard qui fermerait la porte à l’échange.

Le catholicisme d’identité veut lui réaffirmer sa place dans la société et l’influencer dans un sens conservateur. En phase avec la nouvelle évangélisation voulue par Jean-Paul II, il privilégie certains sujets (famille, bioéthique, « défense de la vie »…) au détriment des questions sociales. Défenseurs d’une vision traditionnelle de la société, ils apparaissent à raison comme conservateurs. Si charismatiques et conservateurs forment bien deux courants distincts au sein du catholicisme (j’y reviendrai), ils appartiennent tous deux à ce catholicisme d’identité. En feignant de voir leur opposition comme centrale, l’abbé Grosjean passe sous toute une partie du catholicisme. Mais les partisans de l’ouverture sont-ils vraiment encore catholiques à ses yeux ?

 

Accusation et délégitimation

Hier, les conservateurs dénonçaient les évêques et les curés « rouges » pour les disqualifier. Aujourd’hui, c’est tout le catholicisme social qui est accusé d’être responsable de la crise du catholicisme. C’est bien sûr son incapacité à s’affirmer publiquement qui est responsable de la perte d’influence du catholicisme ; son discours très politique et engagé a vidé les églises ; les évêques sont coupables de les avoir laissé faire et même d’avoir subis sans broncher leurs critiques.

Heureusement pour eux, les identitaires voient les nouvelles générations retrouver le chemin des « vraies » valeurs et ils trouvent une légitimé dans les positions pontificales (enfin jusqu’à l’élection de François). Ils considèrent leur position comme la seule que peut adopter un bon catholique ; les autres sont donc implicitement de mauvais cathos. C’est manifeste quand ils revendiquent en politique l’existence de « points non négociables » qui se concentrent évidement sur la défense de la vie et de la famille mais n’évoquent jamais la défense des pauvres.

L’abbé Grosjean est suffisamment intelligent pour ne pas reprendre tel quel l’ensemble de ces arguments caricaturaux. Mais cette entreprise de délégitimation transpire de son interview et de ses écrits précédents. Et certains de ses partisans n’hésitent pas être très explicites lorsqu’on a des échanges personnels.

Tout ce discours accumule les poncifs et multiplient les accusations ; il n’est est pas moins faux. Il n’est pas supportable que nous devions supporter avec récurrence les accusations et que nous devions régulièrement nous justifier d’être de bons catholiques (comme d’autres l’ont très bien fait avant moi sur ce blog). C’est pourtant ce que nous devons faire et une des raisons d’exister de ce blog.

Vincent Soulage

PS : Pour ceux qui ont été alléchés par l’évocation d’une cartographie des 7 courants du catholicisme, patience, la suite arrive bientôt.

 

Edit le 11 septembre : Pour être mieux compris, j’ai modifié légèrement le schéma qui accompagne mon article. Par honnêteté scientifique, je reproduit ici la version primitive qui insistait trop sur la séparation des deux pôles.

La fracture entre catholicisme d'ouverture et d'identité

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42 réflexions au sujet de « La fracture qui traverse le catholicisme »

  1. Ces propos me semblent juste, mais pourquoi les tremper dans cette plume amère ? N’oublions pas de regarder les « identitaires » comme des frères, même s’ils nous agacent. Par ailleurs, c’est mal les connaitre de dire qu’ils ne sont pas sensibilisés par l’aspect social. Il y a juste une inversion des priorités, mal vécue de part et d’autre. Mais j’ose espérer que le fond est bon des deux cotés.
    Par ailleurs, ceux qui, comme moi, ont voté Hollande en pensant que le social primait, au moins pour l’instant, sur le sociétal, se retrouvent maintenant avec un gouvernement libéral sur tous les plans. L’exact opposé de ce pourquoi j’ai voté… 😦

    • Sur Hollande, je ne suis pas loin de vous rejoindre. Et j’ai pesté contre ses mesures sociétales et contre la faiblesse de la dimension sociale des mesures actuelles.
      Quand à la préoccupation sociale des catholiques d’identité, elle existe, je le reconnait. Mais elle n’est jamais élevé au rang de « points non négociable » et c’est ce qui m’oppose à eux.
      Faire de la lutte contre l’avortement l’alpha et l’omega d’un engagement politique me parait non seulement absurde mais également dénué de fondement évangélique.

      • Les deux sortes d’engagements ne me semblent cependant pas se présenter selon cette symétrie.

        Dans le régime qui est le nôtre, vous ne trouverez nul gouvernement pour s’élever, de volonté directe et avouée, contre les pauvres et les malheureux, mais éventuellement de volonté simplement conséquente et implicite. Par là, la politique sociale des Etats démocratiques peut s’accorder avec l’enseignement social de l’Eglise.

        En revanche, les facilités que les lois ouvrent désormais à l’avortement, et le fait qu’elles éliminent procréation comme une des fins du mariage, vont directement contre l’enseignement constant de l’Eglise touchant la loi naturelle.

        Il n’y a donc guère que les croyants pour s’élever là contre. Cette situation explique pour une bonne part le fait que l’engagement des chrétiens prenne des dehors plus visibles et plus combatifs s’agissant de la question du mariage et de la défense de la vie, en ses commencements comme à son terme.

        Bien respectueusement et fraternellement.

  2. J’ajoute tout de même que j’admire votre travail, très sérieux. Et suis impatient de lire la cartographie « complète » 🙂

  3. Merci Arbundle !
    Je crois en effet qu’il faut nous efforcer de quitter cette amertume. D’arrêter de dire, d’écrire, de penser même que la sensibilité de l’autre c’est mal, que MA sensibilité c’est bien. D’arrêter de croire que j’ai une paille dans l’œil, et que mon prochain a une poutre. D’arrêter de cliver sur les personnes (telle personne est vraiment rétrograde et méprisante, et même si – intelligente – elle le cache, en fait elle l’est vraiment…) mais se contenter de se positionner sur des thèmes. D’arrêter de croire que des priorités différentes plongent l’autre dans l’infréquentable et l’intrinsèquement mauvais.
    Ces tentations nous frappent tous, bien sûr. Heureux ceux qui parviendront à les dépasser, et à souligner la part de lumière de l’autre : c’est comme ça qu’elle grandira. Heureux ceux qui ne dénonceront plus la part d’ombre de l’autre, mais l’ombre elle-même.

  4. @ Arbundle et VieilImbécile, merci de vos commentaires.
    Dans mes jours d’optimisme, je vous rejoins pleinement. J’espère (et je vois les signes) d’une Eglise plurielle dans laquelle le dialogue est possible en vérité grâce à la Foi que nous partageons en Jésus Christ ressuscité.

    Et puis patatra, l’abbé Grosjean (ou un clone) vient me rappeler que pour une partie des « bons » catholiques conservateurs, je suis au mieux dans l’erreur et on prie pour moi, quand on ne me considère pas carrément comme un protestant.
    Pour pouvoir dialoguer, il faut être deux. Et si les catholiques d’ouverture portent bien leur nom (peu se montrent fermé au dialogue), les défenseurs de l’identité catholique se drapent plus facilement dans une posture de jugement.

    Si ma plume est amère, c’est le fruit de l’expérience, fatigué de devoir affronter les accusations. Mais elle m’a donné aussi l’occasion de voir qu’il existe dans notre Eglise des espace qui corresponde à vos souhaits, La session d’été La politique une bonne nouvelle fut de ce point de vue fondatrice pour moi.

  5. 🙂 j’espère que les jours d’optimisme (ou d’espérance tout simplement ?) reviendront bientôt…
    Je vais paraphraser votre réponse à Arbundle, me plaçant du côté de ceux que vous appelez les « identitaires » : « Faire de la lutte contre la pauvreté matérielle l’alpha et l’omega d’un engagement politique me parait non seulement absurde mais également dénué de fondement évangélique ». Ou encore « Et si les catholiques de mission portent bien leur nom (peu restent dans leur cercle fermé), les défenseurs du progressisme se drapent plus facilement dans une posture de jugement ».
    Je ne reprends pas du tout à mon compte ces paraphrases, bien sûr. Je veux juste souligner qu’il ne peut pas être juste de qualifier et d’étiqueter celui qui a une approche différente de la mienne. Je gage que la plupart de ceux que vous rangez dans la branche des identitaires ne se reconnaîtraient pas sous cette bannière. Et qu’ils vous répondraient que leur seule identité est de suivre le Christ et de répandre sa Parole afin que le plus grand nombre le suive. Je gage aussi qu’ils vous répondraient que leur accent mis sur l’avortement vient du fait que cet acte est le signe de la plus grande détresse morale et que notre mission est de soulager la détresse. « Ce que tu fais au plus petit d’entre nous… »
    Pourquoi ne pas considérer que certains préfèrent soulager « en priorité » – pour reprendre les mots d’Arbundle – la détresse matérielle afin de répandre la richesse spirituelle ; et que d’autres préfèrent soulager en priorité la détresse morale pour atteindre cette richesse spirituelle ? Pourquoi ne pas envisager que la voie de l’autre puisse être plus belle encore que la voie que j’ai prise ? On devrait toujours essayer de se convaincre intérieurement que le chemin de l’autre est merveille.
    Votre travail de cartographie est bien sûr très intéressant. Mais il me semble qu’il faut avoir conscience que « caractériser » l’autre a ses limites, et que ces limites sont infiniment dépassées par le mystère de l’homme. Il me semble aussi que la cartographie ne devrait jamais contenir une catégorie à l’intitulé intrinsèquement péjoratif, car ce parcage est un jugement sur l’homme, pas sur l’acte.
    Cet été j’ai écouté une personne que vous qualifieriez probablement d’identitaire. Il citait sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus « je me sentais moi-même dévorée de la soif des âmes ». Il actualisait cela de cette manière : « Seigneur je ne veux pas aller au Ciel sans cette personne qui vient de me faire une queue de poisson » :). C’est bien cela, je crois. Seigneur, je ne veux pas aller au Ciel sans un seul des cathos identitaires, sans un seul des cathos d’ouverture, sans un seul des cathos, sans un seul des chrétiens, sans un seul des humains. Et pour cela Seigneur, aide-moi à aimer celui qui est le plus loin de moi, celui dont je désespère.

    • A mon sens, les « identitaires » ne soulagent pas la détresse morale, mais la stigmatisent, sans plus, sans voir qu’elle provient souvent d’une détresse matérielle, existant parfois depuis plusieurs générations.

    • Merci Vieil Imbécile pour ce très beau commentaire emprunt de charité! J’aime beaucoup votre citation « Seigneur je ne veux pas aller au Ciel sans cette personne qui vient de me faire une queue de poisson »! De qui est-elle, s’il vous plaît?

  6. Bonjour,

    J’ai découvert votre blog suite à la polémique déclenchée par l’Abbé Grosjean et la réponse de René Poujol.
    J’avoue ne pas me sentir particulièrement proche de la sensibilité des chrétiens de gauche, de par mon éducation d’abord, et mon histoire ensuite, les deux étant liés bien sûr.
    J’avoue même ne pas comprendre la dimension assumée de « gauche » quand ce terme ne veut plus dire grand-chose aujourd’hui et alors que l’expression « chrétiens de droite » n’est jamais employée de façon symétrique. Sans doute parce que j’ai toujours eu l’impression de me compromettre quelque part en votant pour quelque candidat que ce soit. Le militantisme politique n’a jamais été mon truc, la logique partisane encore moins.
    Je suis las de ces divisions entre catholiques.
    J’ai été scout d’Europe, j’ai épousé une guide France. J’ai fréquenté l’esplanade du Trocadéro aussi bien pour des actions Alliance Vita que pour des actions contre Mansanto. J’ai participé aux MPT, tout en étant conscience des limites du mouvement et de certaines dérives mais convaincu que le combat était juste. Je suis animateur en aumônerie de l’enseignement public, tout en fréquentant une paroisse St Jean plutôt BCBG. J’ai fait du MCC, animé des messes pour les détenus de Fleury Mérogis, tout en fréquentant les Equipes Notre-Dame.
    Je donne au Secours Catholique, Habitat & Humanisme mais aussi à la Fondation Jérôme Lejeune.
    J’ai signé la charte des Chrétiens indignés mais je regarde aussi de près du côté du mouvement de l’Ecologie Humaine ou de « chrétiens et pic de pétrole ».
    Les positions d’un journal comme l’Ecologiste ou la Décroissance m’intéressent grandement alors que j’abhorre le parti écolo bobo.
    Je déplore la focalisation de certains sur la morale sexuelle, tout autant que le relativisme moral.

    Bref, je passe mon temps à faire le grand écart, mais je ne vois pas pourquoi on devrait choisir. Je cherche, je cherche. Je souffre des préjugés que les uns et les autres nous nourrissons à l’égard de nos frères d’une sensibilité différente.
    Le clivage me paraît être d’un autre temps et pourtant bien ancré.

    On ne peut certes pas être de tous les combats mais la crédibilité de nos actions et notre foi exige un minimum de cohérence, ne serait-ce qu’en paroles déjà.

    En cela je me retrouve bien dans la sensibilité d’un Patrice de Plunkett qui anime un blog remarquable et qui selon moi, fait un peu la synthèse, remettant un peu tout le monde à sa place et le clocher au milieu du village.
    Je me réjouis que le Pape François, semble plaire à tous (ce qui n’était pas le cas de ces deux prédécesseurs semble-t-il), encore faudrait-il que les uns et les autres, nous ne soyons pas sélectifs dans ce que nous voulons bien entendre de ses paroles.
    Il représente un grand espoir de synthèse, j’espère qu’il ne démissionnera pas trop vite.

    Je me réjouis de voir dans les commentaires de votre blog des personnes de bonne volonté qui se refusent à jeter l’anathème sur leurs frères d’en face. Ça n’a pas toujours été le cas, j’ai l’impression que les lignes commencent à bouger et je m’en réjouis même si la route est encore longue. Je crois qu’il y a beaucoup de souffrances de part et d’autres, qu’il serait bon de se les dire dans nos communautés et de se demander pardon, de reconnaître les richesses qu’il y a dans nos engagements respectifs.

    Comment aller porter la Nouvelle aux périphéries, si nous ne sommes pas Un comme Il nous l’a demandé ?

  7. Je suis un peu déçu que l’évocation d’une assise scientifique se poursuive, au milieu de propos utiles et intéressants, sur des qualificatifs par trop marqués.

    Chez vous aussi, comment imaginer que le Bien ne soit pas dans l’ouverture, même si vous avez pris soin de ne pas qualifier l’autre sphère de « catholiques identitaires » (mais être catholique d’identité, et non de conviction, de foi, est-ce bien encore être catholique ? De sorte qu’il y a chez vous aussi, je trouve des sous-entendus regrettables). Vous dîtes que les « catholiques d’ouverture » méritent bien leur nom, mais c’est un peu vous qui le leur donnez, ce nom. Vous dîtes que peu d’entre eux sont fermés au débat, et je n’ai pas l’intention ni l’envie de vous contredire, mais croyez bien que j’ai entendu des propos peu amènes à l’égard de ceux qui se montreraient un peu tradis.

    De même la « modernité ». Que recouvre donc « la modernité » ? Et parler de « s’ouvrir » à « la modernité », n’est-ce pas fondamentalement indiquer le sens de la bonne attitude, la seule bonne attitude ?

    Ceci étant dit, je suis d’accord pour considérer que certains propos de l’Abbé Grosjean étaient peu schématiques. Et j’ai aussi entendu plusieurs personnes dire explicitement que, pour eux, certains catholiques de gauche ne sont plus vraiment catholiques. J’abonde en votre sens : ce procès d’intention est détestable. Inversement, je pense pour ma part que certains catholiques identitaires le sont peut-être par la profession de foi mais ont totalement raté l’essentiel, de sorte que…

    Je refuse, pour ma part, d’aborder ce débat sur mon blog. Je ne souhaite pas exposer publiquement des divergences qui sont pour moi autant d’occasions manquées de dialogue.

    Je regrette ainsi que, sur votre graphique, vos deux sphères ne se rencontrent pas. Pensez-vous vraiment qu’il n’y a pas de rencontre possible, pas de coexistence de l’un avec l’autre ? A titre personnel, je me verrais bien à une intersection des deux. Pensez-vous que je sois vraiment le seul ?

    • C’est un peu gênant pour la « jeune » que je suis de tomber d’accord avec le « vieux » que tu es Koz (un bon commentaire doit avoir une petite pique sinon ce n’est pas drôle), mais tu traduits bien ce que je voulais dire en commentaire de cet article. Je voulais notamment discuter du terme « fracture » que Vincent utilise et qui me semble trop fort. Je rencontre dans mon tout petit microcosme plus de personnes qui sont effectivement à l’intersection de ton schéma et qui, dans leur façon d’exprimer leur opinion, ne sont pas dans un combat, dans une « fracture » mais dans un échange d’avis respectueux d’une possible non adhésion. Je ne suis par contre, pas d’accord avec toi Koz sur le fait que ce débat soit une « occasion manquée de dialogue ». Je n’ai jamais autant appris de moi, de mon Eglise, de ma vision de l’engagement au nom de ma foi qu’en débattant avec des « autres sortes » de cathos que moi (« autres sortes » d’engagés que moi aussi d’ailleurs). Peut-être est-ce du à cet aspect « jeune » que je dis pour rire mais qui éclaire quand même un aspect: je ne réfléchis pas à ces questions depuis si longtemps que ça. Peut-être que ce débat me touche plus parce que je ne l’ai pas vécu de si nombreuses fois que ça. Et si c’est le cas pour moi, combien d’autres « jeunes dans la foi » ou « jeunes dans l’engagement » (parce qu’en vrai, ce n’est pas une question d’âge tu le sais bien) trouveront dans les échanges une nourriture pour mieux se comprendre, pour mieux comprendre l’Eglise, et pour mieux comprendre comment intervenir dans la société au nom de leur foi ?
      Je reconnais un autre point commun avec toi et Vieil Imbécile (mais qui peut vraiment ne pas être d’accord avec Vieil Imbécile ?) : vous appelez – je raccourcis – à voir le bon dans l’autre différent. En lisant les échanges du débat, je n’ai retenu que le « bon » de chaque intervention 🙂

      • Mais si, nous sommes d’accord, lepetitchose. Ce qui, pour moi, est une occasion manquée de dialogue, c’est ce débat et cette façon qui consiste, in fine, à exposer des divergences au lieu de trouver nos convergences objectives.

        Les cathos de gauche n’ont pas tort de nous sonner les cloches sur le fait que le christianisme doit aussi être social. Et les cathos de droite n’ont pas tort de sonner celles des cathos de gauche sur les questions de bioéthique. D’un côté comme de l’autre, nos sensibilités nous amènent à accorder une priorité à un thème (comme le disait le Vieil Abruti) mais il nous faut prendre garde à ce que des priorités ne deviennent pas des exclusivités.

        [Cela étant, je note aussi que ce souci d’un équilibre entre l’éthique et le social est loin d’être négligé par tous, y compris chez certains que l’on qualifierait aisément de « catholiques d’identité »]

      • Le vieil abruti trouve d’ailleurs qu’il y a au moins un point de convergence dans les deux sphères : l’engagement auprès des personnes handicapées.

    • La spécificité de mes interventions sur ce blog est de mélanger des éléments scientifiques et des considérations plus engagées.
      Je ne l’ai pas inventé, mais j’adhère à la thèse d’une division du catholicisme entre deux pôles, mais ce ne sont que des pôles. La réalité est une très grande variété de position au sein d’un catholicisme très divers, et mon schéma est (comme tout schéma) réducteur. Les deux sphères se touchent bien et appartiennent à une sphère catholique intégrée. J’ai donc édité un nouveau schéma qui devrait plus vous plaire.
      De plus, les noms proposés ne l’ont pas été par moi, mais par plusieurs sociologues renommés et sont aujourd’hui largement repris. Nulle volonté péjorative dans mon propos à ce niveau. Je vais d’ailleurs intervenir dans un colloque prévu cet automne sur le catholicisme d’identité (http://ceifr.ehess.fr/index.php?1196).

  8. « La justice ne se segmente pas », me disait récemment un moine dominicain. A la lecture de l’exhortation apostolique « La joie de l’Evangile », cette vérité saute au yeux. Le pape y rappelle longuement pourquoi l’Eglise ne doit jamais oublier son option préférentielle pour les pauvres. Mais il ajoute aussi que cette notion de pauvreté englobe un vaste périmètre : la misère matérielle bien entendu, mais aussi la vulnérabilité des hommes, qu’ils soient âgés, en devenir ou toxicomanes par exemple. Tous les catholiques sont appelés, sans exception, à lutter contre toutes ces formes de pauvreté. « Faire la sourde oreille à ce cri, alors que nous sommes les instrument de Dieu pour écouter le pauvre, nous met en dehors de la volonté du Père et de son projet », dit encore le pape François (La joie de l’Evangile, 187).
    Si nos forces humaines ne nous permettent pas d’être sur tous les fronts, sachons reconnaître chez nos frères chrétiens une sensibilité plus prononcée – du fait de circonstances personnelles ou professionnelles – pour s’investir contre telle ou telle situation de pauvreté. Pour certains, ce sera dans l’accompagnement de personnes en fin de vie, pour d’autres dans le soutien et l’aide aux Sans domicile fixe. D’autres encore interpelleront les pouvoirs publics sur les conditions précaires d’accueil des étrangers, alors que d’autres interpelleront ces mêmes pouvoirs publics sur le dépistage eugénique de la trisomie 21. Chacun son charisme, chacun sa sensibilité. Mais sachons nous soutenir les uns les autres dans nos combats en faveur de la dignité de toute personne humaine.

  9. @ tous.
    A lire les commentaires, j’ai l’impression d’y être allé peut-être un peu fort, ou en tout cas de manière plus tranchée que ne l’est le fond de ma pensée.

    Il y a des cathos « d’ouverture » intolérant, je ne le nie pas. Ils furent même nombreux dans les années 70 (je fait ma thèse sur eux). Inversement, tous les catholiques d’identité ne sont pas fermés à l’échange.
    Mais les plus virulents sont aujourd’hui ces courants très conservateurs de l’Eglise qui affichent ouvertement leur mépris pour d’autres formes de catholicisme. C’est contre eux que j’ai voulu réagir car leur attitude ne permet pas le dialogue.

    Je ne méconnait cependant pas la capacité que nous avons collectivement à échanger. Je sais même la chance que nous avons de partager une même Foi qui permet de faire se rencontrer des gens de conviction très différente. Il n’existe pas d’autres endroits ou peut se nouer un tel dialogue en vérité. Je l’ai, par exemple, expérimenté dans un groupe d’élus chrétiens de mon diocèse.

    J’essaie de n’être ni pessimiste, ni idéaliste. Je ne cache pas les clivages qui rendent difficile l’unité de l’Eglise. De même, je sais reconnaitre et apprécier quand on arrive à faire dialoguer des manières différentes de vivre sa Foi. Et je crois que nous sommes nombreux sur cette ligne.

    • Je ne pense pas que tu y sois allé un peu fort. C’est une réalité que tu décris. Elle n’est pas réjouissante, on peut la déplorer ou simplement en prendre acte.
      En ce qui me concerne, en lisant l’ensemble des commentaires, il y a certaines odes au dialogue qui fleurent bon l’hypocrisie, ou qui peuvent faire sourire et qui illustrent parfaitement ce qui a été décrit dans ce billet. Rien que pour cela, il méritait d’être écrit, tel qu’il l’a été.

      • Merci de ton soutien. Les tensions sont le prix à payer pour faire vivre notre diversité interne.

  10. ce qui est certain c’est que Jésus a été et est encore signe de contradiction ! mes cheveux blancs affirme avoir connu une époque pas si lointaine ou les 2 types de cathos s’ignorait totalement sans se connaître ou se fréquenter .l’Evangile a plusieurs entrée et la chance de notre époque est de dialoguer ,bravo à ce blog,c’est un bien très précieux et soyons attentifs à croire l’autre meilleur que soi, méfions nous des étiquettes car les cathos ont toutes les couleurs et notre époque insipide à besoin de toutes ces couleurs qui forment ensemble l’éclatante luminosité de la Transfiguration;
    Alors amis cathos qui que tu sois dis et agis ,là ou le Seigneur t’a mis, afin de ne pas laisser s’éteindre  » l’éclatante lumière  » afin que les hommes et les femmes restent « humains » créature tellement précieuse et unique de Dieu !
    il a besoin de chacun de nous !

  11. Euh… Eh bien aujourd’hui, certaines personnes sont virées des paroisses pour leurs idées et en sont réduites à regarder la messe à la télé… Les dragons de paroisses existent encore, alors dialoguer avec des abrutis qui ont toujours raison, qui ont pris le pouvoir et embobiné les prêtres, très peu pour moi, j’ai abandonné…
    Mais moi, je ne me reconnais pas dans ce schéma parce qu’il n’est pas complet… Bien sûr, je n’évoquerai pas les cathos identitaires qui sont comparables aux pharisiens contre lesquels le Christ a toujours lutté et il faut le dire courageusement, ils n’ont rien à voir avec le christianisme qui est d’un autre ordre puisqu’ils sont seulement des gardiens de musées…
    Dans la catégorie « chrétiens d’ouverture » il y a quand même les tenants de la religion et il y a ceux qui défendent la spiritualité catholique : les chrétiens d’ouverture en restant soumis à la monarchie impériale romaine privilégient le pouvoir temporel sur le spirituel… Mais il y a aussi des catholiques qui privilégient le spirituel sur le temporel… Ceux là sont les disciples du Christ car la spiritualité catholique fait exploser toutes les barrières et les cadres en tant qu’on donne la place au divin en soi… C’est tout autre chose et là on est au coeur du christianisme vivant…

    • Ce schéma (pas plus que le prochain) ne prétend à une complète exhaustivité mais à donner une grille d’analyse. De plus, l’identité catholique est personnelle et aucun censeur ne peut vous la contester. C’est d’ailleurs ainsi que le terme a été préempté par certains groupuscules intégristes.

  12. Bonjour,
    Je ne comprends pas cette manie au sein de notre Eglise en France à vouloir nous diviser entre les ceux-ci et les ceux-là. Vite apprenons à nous estimer les uns les autres (aimer aurait dit un certain Jesus, il n’a pas eu peur d’appeler de tous bords, et heureusement cet appel continue au sein de l’Eglise :-))!!! Nos divisions sont un contre-témoignage pour le monde, chacun cherchant à masquer, rejeter une partie de sa propre famille.

    • En la matière, ce n’est pas moi qui ai commencé 😉
      Surtout, si je crois sain d’admettre que nous sommes divisés, cela ne doit en rien empêcher l’estime mutuelle. Y arriver serait une force.

      • Merci mais, sauf erreur de ma part, il n’apparaît toujours pas…
        et sur mon écran apparaît toujours la mention « Votre commentaire est en attente de modération. »

      • Cette fois, ça devrait être bon, et je vais prendre le temps de vous répondre car, je suis, vous vous en doutez, en désaccord avec vous.

  13. Bonjour,

    J’ai lu ce billet au moment de sa publication, et j’ai été moins réactif que Vieil Imbécile, Le Petit Chose ou Koz, sans doute parce que j’ai pris plus de temps pour trouver des mots qui font état de modération et de bienveillance. Je vous avoue que ces clivages m’énervent. Celui décrit par l’Abbé Grosjean comme le votre, pour une raison simple : vous décrivez exactement le même clivage, mais en prenant parti chacun respectivement pour un côté du graphique. Et moi, peut-être encore plus structurellement que ce que déplorait Koz, c’est ce clivage qui m’agace, par sa virtualité pourtant si lourde de conditionnements et, partant, de divisions.

    Le résultat, c’est que quand je lis l’abbé Grosjean, je me sens soudain catho de gauche, et quand je vous lis, je me sens soudain catho de droite. Pas parce que je vous renvoie dos à dos, pas parce que je me sens au-dessus de ça, mais bon sang, je ne me reconnais tellement pas dans votre paradigme sociologico-religieux !

    Dimanche dernier, nous déjeunions chez des amis avec notre curé, des amis et un curé avec qui nous formions il y a encore un peu un groupe ACI, et puis nous nous retrouvons maintenant plus pour échanger sur notre foi que sur notre « action », bref… mon curé me raconte à un moment une chose magnifique : il échangeait sur des problématiques pastorales avec un groupe de paroissiens, mêlant un royaliste, un catho CCFD, et dans l’ensemble des sensibilités très variées, qui ne sont d’ailleurs pas que sur les valeurs ou sur la politique. Et c’était magnifique ! Lui qui ne prenait là aucun parti (au sens global, en tout cas) était émerveillée de la richesse qui sortait de ce pluralisme. Et j’en suis émerveillé aussi, c’est de toute beauté !

    C’est la première chose pour moi, grave, dans ces schémas-là, et que décrit Koz, c’est que chaque groupe revendique pour lui l’orthodoxie. Pour ça j’ai une admiration sans borne pour le Talmud, qui fait des débats et controverses entre sages le seul véritable « magistère » juif. Bref, c’est une petite parenthèse.

    La deuxième chose, tout aussi grave pour moi, c’est de réduire l’analyse des identités catholiques (parce que, pardonnez-moi, de l’abbé Grosjean à vous, je ne vois que des problématiques d’identités – catholique d’ouverture, ça reste une « étiquette », et si ce n’est pas une identité qu’on expose et revendique au monde – quoique, c’en est au moins une qu’on expose et revendique à l’intérieur de l’Eglise) à un paradigme politique. Je suis bien placé pour savoir que l’engagement social/politique est une dimension importante de la vie chrétienne, mais enfin, ce n’est pas l’alpha et l’oméga (pour reprendre des mots de ces échanges) de la vie chrétienne. Je ne sais pas comment vous dire, mais quand j’entends les uns et les autres, par exemple, se réclamer de l’évangile, il y a des jours (ça m’arrive d’être mal luné aussi, hein) où je me dis : arrêter de vous réclamer d’un truc que vous n’avez pas lu !

    J’ai la chance d’avoir trois champs d’expérience intéressants dans ma vie quotidienne. Le premier est mon environnement professionnel majoritairement non-chrétien, qui est incapable de faire la différence entre un chrétien de droite et un chrétien de gauche. En moi, ils voient un chrétien, le « catho de service », et lui collent dessus tous les clichés qu’on peut trouver sur les cathos, positifs ou négatifs, de droite ou de gauche, indistinctement (je caricature, parce qu’ils me connaissent assez bien, et cela reste sur le mode de la plaisanterie).

    Le second champ expérimental, c’est Saint Vincent de Paul… je suis incapable de dire d’où vient l’étiquette « CCFD » et sa signification, mais je vous assure qu’au milieu de tous ces retraités (enfin, pas moi, je ne suis pas retraité) venus faire du bénévolat à SSVP, et au milieu de tous les bénéficiaires que nous accompagnons, mais à aucun moment on ne saurait dire qui va où dans votre schéma, les uns pour les autres, comme pour soi-même.

    Le troisième champ expérimental, c’est la fac de théologie où je suis des cours d’études bibliques. Nous avons le nez plongé dans la Bible et dans les études exégétiques… nous avons là des clivages… mais trèèèèèès éloignés encore une fois de votre schéma. Je peux dire qui de tel prof est plutôt de l’approche historico-critique, qui de l’approche narrative, pour faire simple, mais pareil, comment ça rentre dans votre schéma.

    Mon avis, finalement, c’est que votre schéma reflète une seule et unique réalité qui lui correspond bien : c’est celle des catholiques des réseaux sociaux et des médias, qui se sont organisés peu ou prou selon ce schéma. Et c’est paradoxal, parce que si ce paradigme que vous décrivez ne permet que de schématiser l’action catholique, il me semble qu’on n’est jamais moins « actif » que quand on réagit pour son clan sur internet. Regardez-moi, le temps que je viens de passer à vous répondre… quelle magnifique contribution à l’avènement du Royaume, n’est-ce pas !

    • Le clivage ouverture/identité n’est pas une invention de ma part, mais une clé d’analyse sociologique pour décrire la position des catholiques à l’égard de leur Eglise et du monde dans lequel ils vivent. Il ne prétend pas recouvrir toutes les situations, ne peut résumer tous les clivages et beaucoup vont se situer entre les deux pôles. Mais il fonctionne assez bien pour décrypter le milieu catholique engagé (fut-ce modestement).

  14. Bonjour,
                                                       
    « Le Christ nait dans le cœur de l’homme quand l’amour abolit les barrières établies par les religions ».
    Cette citation de Manuel de Nobrega, prêtre jésuite en 1550, plus connu sous le nom de « Esprit Emmanuel », nous montre la voie.

    Les conflits d’opinions doivent céder la place à l’amour sincère.
    Comment ? « faites aux autres ce que vous voudriez qu’on vous fît ou ne vous fit pas; tout est là, vous ne pouvez pas vous tromper » (Jésus). 

  15. Nous sommes cathos et nous n’aimons pas les conflits (ni les étiquettes d’ailleurs).
    C’est vrai que de l’extérieur, on nous voit (à tort) comme un ensemble homogène. A l’intérieur, il existe encore nombre de lieu où ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous oppose. C’est l’expérience que nous devrions vivre à chaque eucharistie.

    Pourtant, je me refuse à faire de l’angélisme et à ne pas voir les divergences qui existent entre nous. D’ailleurs, s’il n’y en avait pas, aurions-nous besoin de synode (comme celui qui se tient à Rome sur la famille, sujet oh combien délicat) ? A la différence d’autres religions, notre texte sacré comprend 4 versions différentes d’une même histoire. Cela inscrit le dialogue et le pluralisme au coeur du christianisme.
    Les divergences ne sont pas toujours sources de conflit. Dans certaines situations, on peut s’en enrichir, et vous êtes nombreux à en témoigner. Mais il existe aussi des moments ou l’intolérance a le dessus. Rappelez-vous cette intervenante déprogrammé d’un colloque catholique sous la pression des plus conservateurs (http://www.renepoujol.fr/lorsque-les-gentils-deviennent-les-mechants/).

    Même si je pense qu’ils interprètent mal le message du Christ, je ne dirai pas des identitaires qu’ils sont de mauvais catholiques. Certains le disent de moi, et c’est ce qui me fait réagir.

  16. J’ai lu avec intérêt l’article de Vincent dont je partage pour l’essentiel l’analyse et les commentaires postés par les uns et les autres. J’apprécie le désir de dialogue par delà les différences et les clivages, même si je reste un peu sceptique sur le discours qui perce parfois et tendrait à nous convaincre que du moment où nous sommes fils d’un même Père et frères dans la foi, cela serait suffisant pour rendre vaines toutes les classifications… Voire !

    J’ignore s’il est encore pertinent de parler de chrétiens de gauche (cet aveu fera sourire ici ou là) mais il me semble que si ce concept introduit une forme de clivage, qui ne se veut pas en soi un ferment de division, il ne porte pas uniquement sur les priorités de l’engagement des chrétiens dans la cité : sur le social ici, par opposition à l’éthique ailleurs. Je crois, pour ma part, n’avoir jamais prétendu que les cathos « de droite » étaient insensibles au combat contre l’injustice ou la pauvreté. Je pense que le notion de comportement « d’ouverture » ou « d’identité » doit également être lue de manière interne à la vie de l’Eglise. Les chrétiens dits de gauche étant traditionnellement plus demandeurs de « débat » dans l’Eglise, les chrétiens dits de droite étant plus attentifs au respect scrupuleux de l’autorité et du Magistère. Il n’est qu’à suivre les débats du moment dans la perspective du prochain synode sur la famille pour retrouver ces clivages…

    Il m’a été demandé, voici bientôt un an, d’animer trois journées sur « Les Nouveaux défis de l’évangélisation » pour le diocèse du Mans, puis, par la suite, d’en proposer une synthèse aux organisateurs. Du texte produit alors et publié par le diocèse, je prends la liberté de publier ici la conclusion car il me semble qu’elle apporte un élément supplémentaire à nos échanges.

    « On le sent bien, nous sommes-là au cœur même de nos réalités ecclésiales, toujours un peu «tiraillées» par des débats sans fin, très souvent générationnels, sur obéissance et liberté, implicite et explicite… Peut-être la pensée du père Congar, rapportée au cours de ces journées par le frère Emile de Taizé, pourrait-elle nous être de quelque secours. La tradition chrétienne, disait le grand théologien, n’est pas autoritaire. Et le rapport au Magistère dépend étroitement de la situation des communautés. Si l’unité est faite, alors il convient d’éviter qu’elle ne se délite ; si l’unité est à faire, alors il faut être attentif à prendre en compte la diversité.

    La difficulté ne vient-elle pas aujourd’hui du fait que, précisément, l’idée même d’unité est perçue différemment par les uns et par les autres ? Comme «réalité à protéger», notamment pour les jeunes catholiques des générations Jean-Paul II et Benoît XVI, en quête d’affirmation et de réassurance dans une société parfois perçue comme «hostile» au christianisme ; comme «projet à reconstruire» pour les générations précédentes qui restent meurtries par le «schisme silencieux» né pour partie d’une forme de frilosité et de suspicion de l’Eglise à l’égard du monde.

    La nouvelle évangélisation suppose sans doute l’acceptation par les uns et par les autres, dans le respect de leur diversité, de faire «Eglise ensemble» au service de la mission. On peut lire l’exhortation apostolique du pape François (qui venait de paraître le jour même où j’écrivais ce texte NDLR) comme une forme d’encouragement pressant et paternel. »

  17. Ping : Catholiques sans étiquette : bannir les termes "progressistes", "conservateurs"

  18. Ping : Je mets ça là… | L'Osservatore Gabbiano

  19. Ping : On ne peut pas accepter qu’un évêque invite Le Pen | A la table des chrétiens de gauche

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