Les rues de l’engagement des jeunes catholiques ne sont pas à sens unique

Dans une tribune publiée sur LaVie.fr, plusieurs jeunes catholiques engagés en politique répondent au Père Pierre-Hervé Grosjean. Ils invitent le prêtre à ne pas limiter son analyse aux seuls jeunes que lui fréquente et à reconnaitre la diversité de l’engagement politique des jeunes catholiques.

Dans une interview publiée sur LaVie.fr, le Père Pierre-Hervé Grosjean donne son opinion sur l’engagement des jeunes catholiques en politique. Il y déclare notamment : « Le vrai clivage n’est pas entre tradis et charismatiques, mais entre ceux qui prennent le tournant du christianisme identifié et décomplexé et ceux qui restent dans l’Église des années 80 où il faut s’excuser d’être chrétien. »

Nous sommes jeunes, nous ne fréquentons pas l’université d’été qu’organise ce prêtre mais nous avons des lieux où construire notre engagement politique en tant que catholiques. Nous nous sentons donc concernés quand on parle de nous – même si nous sommes certes plus proches de la trentaine que des 20-25 ans que côtoie le Père Grosjean.

Le clivage ecclésial d’aujourd’hui ne nous apparaît certes plus une question de tradis opposé aux charismatiques. La rigidité des fréquentations de paroisses ou de groupes ecclésiaux ne sont plus un aspect de notre pratique liturgique, si elle ne l’a jamais été (nos proches n’en gardent pas le souvenir vif dont fait part le Père Grosjean). Mais alors que les clichés semblent vouloir être battus en brèche, c’est un autre qui nous est proposé : il y aurait le christianisme identifié et décomplexé d’aujourd’hui ; et celui des années 80 avec ceux qui s’excusent d’être chrétien. Sans leur dénier du tout le droit d’exister et même en les comprenant, nous ne nous reconnaissons pas du tout dans le christianisme identifié et décomplexé qui hurle dans la rue sa doctrine morale, qui invectivent ceux – même catholiques – qui ne vivent pas leur engagement de catholiques dans la société avec les mêmes convictions, qui opposent les « durs » aux « mous », qui pensent insulter en se gargarisant de ne pas appartenir au groupe des « Bisounours ».

Mais nous nous reconnaissons entièrement dans le christianisme identifié et décomplexé qui appelle à ne pas voter pour l’extrême droite en raison de sa foi, qui s’engage dans la transparence financière pour une mondialisation juste comme le demande Justice et Paix, qui crie que le capitalisme dévoie l’homme et la femme en chœur avec le pape. Et même qui a soutenu le gouvernement sur la loi pour le mariage pour tous. Nous sommes en cela, les héritiers de ceux que le Père Grosjean voit comme « des chrétiens qui s’excusaient de l’être dans les années 80 ». Sauf que nous ne nous sommes jamais excusé d’être chrétiens, nous n’avons jamais mis la lampe sous le boisseau et nous ne le ferons pas. La réalité que perçoit ce pasteur n’est pas celle que nous vivons aujourd’hui.

Le père enchaîne : « Les catholiques pratiquants qui pensent que leur engagement est basé sur leur foi sont ceux qui sont descendus dans la rue l’année dernière. » Nous nous retrouvons entièrement dans cette définition mais sommes peinés de voir que le prêtre ne voit qu’un bout de l’action politique des jeunes catholiques en 2013. L’an dernier, des catholiques pratiquants qui pensent que leur engagement est basé sur leur foi sont aussi allés aux cercles de silence qui demandent l’arrêt des traitement inhumains pour les sans-papiers, ont aussi battu le pavé quand des associations catholiques caritatives ont organisé des actions publiques pour peser auprès du gouvernement pour un logement pour tous, pour une prise en charge équitable de la pauvreté dans les municipalités, ont aussi pétitionné pour que leurs frères des bidonvilles – chrétiens souvent – arrêtent d’être persécutés par les préfectures françaises. Ils ne se sont pas limités à des actions politiques portés par des chrétiens car ils estiment indispensables de construire avec tous. Ils ne se sont pas limités à la prise de conscience que certains jeunes catholiques ont vécu en 2013 : ils étaient dans la rue bien avant pour la plupart.

A vous lire cher Père Grosjean, nous sommes ravis de voir ce que vous accomplissez ! Les jeunes dont vous parlez sont nos frères et nous les croisons souvent dans notre quotidien. Nous aimerions seulement que, quand vous regardez les actions des jeunes catholiques engagés en politique par leur foi, vous ayez les deux yeux ouverts et pas seulement un ; que vous ayez les deux oreilles à l’écoute, et pas seulement une. Vous verriez ce que nous venons de vous décrire, vous entendriez nos professions de foi. Nous continuerons, de notre côté, inlassablement, à espérer vous voir aux côtés des jeunes de votre territoire qui sont de nos combats, de nos rassemblements et qui vous accueilleront en communion. Si vous arrêtez de les comparer aux vieux qui ont marqué votre jeunesse…

Marie, François, Christelle, Jacques, Evangéline, Solène, Julien

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7 réflexions au sujet de « Les rues de l’engagement des jeunes catholiques ne sont pas à sens unique »

  1. Ceci dit ils sont nettement moins présents dans les réseaux sociaux que les identitaires et c’est très dommage. Les médias numériques appartiennent à tous et pas seulement aux conservateurs !

  2. Quel bonheur pour un senior ( 72 ans – ex aco et syndiqué) voir comment une catégorie de jeunes prenne le combat a bout de bras et ne sont pas dans l’invective – Oui joie et paix sont signe du royaume mais aussi lutte pour la vérité avec la force de l’esprit- Opposé charismatique et conservateurs c’est réduire un peu la réalité de chrétiens qui ne se retrouvent pas dans les églises- L’esprit souffle ou il veut et merci de considérer ces jeunes comme des frères même si nous ne sommes pas tout a fait d’accord avec leur analyse- Oui merci pour tout ces jeunes qui luttent pour le Royaume et surtout alimente ce site..Courage a toud

  3. A la demande des signataires, nous republions l’explication de la non publication des noms de famille :

    « Certains de nos amis nous ont interpelés sur la raison qui nous a poussé à n’utiliser que nos prénoms pour signer cette tribune. Nous nous en expliquons ici: nous sommes de la génération Internet, celle qui connait les bienfaits et les méfaits de cet outil. Et qui a déjà expérimenté les excès qu’il peut permettre envers les personnes. Nos noms sont notre propriété, ils sont aussi une image de nous-mêmes. Or Internet peut dérober nos vies si nous ne faisons pas attention aux informations que nous lui donnons. C’est pourquoi nous estimons que, propriétaires de nos identités, il nous appartient de les protéger sur le net, pour nous et pour nos proches. Nous avons évoqué briévement l’idée de signer « en groupe » mais c’est un aspect de notre tribune: nous sommes chacun engagés dans des domaines et des villes différentes. Notre foi et notre engagement au nom de celle-ci est notre point commun. Nous ne sommes ni porte-parole ni porte-étendard, nous avons juste la volonté de témoigner de nos réalités quand nous sommes concernés, quand cela nous touche. »

  4. Au sujet de la confrontation entre chrétiens engagés politiquement, je vous soumet un texte qui, quoique vieux, me parait important. Ce texte a été écrit en 1968 par des chrétiens de la communauté de Nanterre.
    « A travers les luttes, les tensions, les recherches que nous vivons à Nanterre et ailleurs, ce qui est en question est l’épanouissement total de l’homme, sa libération.
    Ces recherches sont aussi les nôtres et nous travaillons notamment au niveau politique à réaliser les aspirations qu’elles portent. Mais ne cherchez pas la doctrine politique de la communauté des chrétiens. Chacun de nous agit, lutte dans des groupes ou des mouvements qui divergent ou s’opposent. Conflits et oppositions ne disparaissent pas lorsque nous nous retrouvons. Ce qui nous rassemble est autre.
    L’action de chacun d’entre nous trouve sons sens dans la confrontation avec l’amour de Dieu, référence fondamentale de sa vie. Aussi nous affirmons que faire de n’importe quelle cause idéologie où politique un absolu, c’est à dire le critère de tous les jugements, choix et action, aliène les hommes. Faire du relatif un absolu arrête la recherche, prépare la sclérose, justifie n’importe quel dogmatisme, violence ou répression.
    La politique est partout où se construisent le présent et l’avenir des hommes. Mais elle n’est pas tout, ou alors nous sommes bien près d’en faire une divinité qui justifie tous les arbitraires et renforce toutes les aliénations. »

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