Proche et Moyen-Orient : que faire ?

800px-Rameau_d'olivier_Riofrio_Spain

Ce billet a été rédigé à la suite d’échanges et de débats sur les réseaux sociaux.

Il est publié sur le blog de l’auteur et sur celui des chrétiens de gauche.

Autant le dire tout de suite, il n’y aura pas de ma part de véritable prise de position sur les conflits du Proche et du Moyen-Orient. Surtout des constats, des questions, des incompréhensions mais aussi une empathie envers les plus fragiles, les plus faibles, peu importe leur nationalité ou leur religion.

Le pape François, après l’Angélus du 10 août :

« Les événements qui se passent en Irak nous laissent dans l’étonnement et dans l’effarement : des milliers de personnes, dont plusieurs chrétiens sont chassés de leurs maisons de manière brutale ; des enfants meurent de faim et de soif pendant leur fuite, des femmes sont séquestrées, des personnes sont massacrées. Il y a des violences de tous types, il y a des destructions de patrimoine, des destructions de maisons, d’édifices religieux et culturels et historiques. Tout cela offense gravement Dieu et l’humanité.

On ne peut pas supporter cette haine faite au nom de Dieu ! On ne fait pas la guerre au nom de Dieu ! Tous, en pensant à cette situation à toutes ces personnes, faisons silence et prions. »

Depuis mon enfance je rêve de visiter la Terre Sainte. Mais je m’interroge de plus en plus sur la notion de Terre Sainte. Jésus a versé son sang non pas pour une terre mais pour sauver l’Humanité.

Une terre aussi assoiffée du sang de ses enfants peut-elle être réellement sainte ?

Je disais plus haut que je ne comprends pas ce qui se passe. Face à des politiques et des stratégies aussi cyniques que machiavéliques, il est difficile de se faire une opinion.

En Israël et en Palestine, je vois des des peuples qui souffrent, qui meurent pendant que ceux qui ont un pouvoir ne pensent qu’à détruire l’autre avec les moyens dont ils disposent. Je constate que des roquettes n’ont cependant pas la même puissance de destruction et de mort qu’un armement sophistiqué.

En Irak, je comprends encore moins. Si, une chose : la seconde guerre du Golfe a créé un chaos plus grand encore que celui existait. A vrai dire, dans cette région du monde, à chaque fois qu’il y a eu recours aux armes, même sous mandat de l’ONU, la situation a toujours empiré, où que ce soit.

Pour moi, le recours à la force militaire ne rend service qu’aux vendeurs d’armes, de tous les camps et toujours au détriment des peuples. Il n’y a aucune guerre juste, la violence s’ajoute à la violence, le sang versé s’ajoute au sang versé pendant que les vendeurs d’armes se frottent les mains.

Des catholiques aux positions ambiguës 

La position du pape François rappelée lors de l’Angélus du 10 août  est claire et n’a pas varié: « j’ai confiance en le fait qu’une efficace solution politique à un niveau international et local puisse arrêter ces crimes et rétablir le droit. »

Mais cette position du chef de l’Église catholique tranche nettement avec celle de Mgr Silvano Tomasi, observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations unies qui affirme (à titre personnel ou double discours du Vatican?) que le recours à la force peut être nécessaire ( il ne faut pas sous-estimer le sens du verbe « pouvoir » qui n’est pas le verbe « devoir » et l’Église catholique est très précise sur le sens des mots…). Ce qui est regrettable c’est qu’un journal comme La Croix, ainsi que des catholiques confondent l’opinion de ce prélat avec celle de François.

Le mot « génocide » est aussi souvent utilisé mais il est bon de rappeler qu’il s’agit d’une notion créée par un juriste pour les besoins du procès de Nuremberg en 1945 :

http://www.preventgenocide.org/fr/droit/statut/

Mais ce terme est souvent galvaudé, il pose d’ailleurs problème aux historiens qui ne travaillent pas à partir de grilles de lecture juridiques. Et pour dire si un crime contre l’Humanité est un génocide, il n’y a guère que la Cour Pénale Internationale qui est compétente, n’en déplaise à certains utilisateurs des réseaux sociaux.

Surtout, ce qui me choque c’est cet appel à l’action en Irak qui contraste affreusement avec le silence sur ce qui ce passe à Gaza et dans le reste de la Palestine. L’absence de solidarité ou ne serait-ce que d’empathie de la part de mes coreligionnaires me laisse pantois… Pourtant je ne suis pas loin de penser que la clé de la paix dans la région se situe en Palestine.

Néanmoins le pape François essaie d’attirer l’attention sur ce qui se passe à Gaza :

« A Gaza aussi, après une trêve, la guerre a été reprise. Elle moissonne des victimes innocentes, enfants, et ne fait qu’empirer le conflit entre Israéliens et Palestiniens. » (Angélus du 10 août)

Cela dit, le silence des défenseurs de la Palestine au sujet des crimes dont sont victimes les minorités en Irak ou en Syrie me choque tout autant…

Et il n’y a pas que le Proche et le Moyen-Orient… Et il n’y a pas que les conflits, il y a aussi les épidémies, les drames liés à la pauvreté,…

Le commerce des armes au centre des conflits

Car la recours à la force renvoie au commerce des armes. Or, il n’y a pas plus cynique que ce commerce… D’où vient – en partie – l’armement de l’ex-armée irakienne ? De la France…

La boucle est ainsi bouclée lorsque la France envisage de fournir des armes aux Irakiens kurdes contre les djihadistes de l’État islamique qui se sont emparés des armes de l’ex-armée irakienne…

Au-delà du totalitarisme de certaines idéologies ou religions, cette question des armes est fondamentale.

Sans armes, les djihadistes perdraient largement de leur dangerosité. Or qui finance et fournit cet armement ? Les djihadistes ne l’ont pas fabriqué eux-même… Certes ils se sont « approvisionnés » en prenant les armes des vaincus mais cela ne durera pas.

Il faut donc assécher les sources d’armement mais cela n’arrangerait personne, certainement pas les USA pour lesquels ce qui se passe en Irak permet d’utiliser leur super technologie liée aux drones ( et ça rapporte !), ainsi que tout pays vendeur d’armes comme la France ou la Russie, entre autres.

Enfin ce n’est pas la première fois qu’il y a recours à la force armée en Irak, le résultat n’a pas vraiment été à la hauteur des espérances, sauf pour ceux qui font le commerce des armes.

Mais revenons au niveau local ou régional : ce qui me questionne, c’est ce que veulent les Irakiens ? Veulent-ils continuer à être Irakiens ? Et que veulent les Kurdes irakiens ? Les djihadistes de l’Etat islamique , eux leur projet semble clair…

Je ne pense pas que les Irakiens kurdes soient devenus subitement des défenseurs des Irakiens chrétiens. Ils se défendent d’abord pour eux. Si on les arme ce sera dans quel objectif ? Pour les aider à repousser et détruire le califat mais ensuite ? Pour travailler à un Irak réconcilié ? Ou pour fonder un Kurdistan, ce qui ne se fera pas sans poser de problème dans cette région du monde. Et toutes les autres composantes du peuple irakien ?

Comment les USA peuvent être crédibles alors que la seconde guerre du Golfe a été fondée sur un mensonge aux sujets des armes de destruction massive ? Comment la France peut être crédible alors qu’elle n’a pas bougé pour les habitants de Gaza qui eux aussi étaient désarmés et se font tuer ? Etc,…

Un cercle infernal à briser. N’ayons pas la mémoire courte

Je n’ai qu’une certitude c’est que la violence appelle la violence, c’est ce cercle infernal qu’il faut briser.

Benoît XV, lors du premier conflit mondial, l’avait compris et en quelque sorte prophétisé dès 1915 : « Et que l’on ne dise pas que ce cruel conflit ne peut pas être apaisé sans la violence des armes. Que l’on dépose de part et d’autre le dessein de s’entre-détruire. Que l’on y réfléchisse bien : les nations ne meurent pas ; humiliées et oppressées, elles portent frémissantes le joug qui leur est imposé, préparant la revanche et se transmettant de génération en génération un triste héritage de haine et de vengeance. »

Contre la violence et la vengeance, il existe un remède qu’on appelle la défense civile non-violente. Elle est efficace et a déjà fait ses preuves. Elle n’a qu’un défaut : elle ne rapporte rien aux vendeurs d’armes et à ceux qu’on appelle les « chiens de guerre ».

Je vous invite à lire ceci : http://www.irnc.org/Diapor…/Items/exemples_historiques.pdf

Je suis d’accord aussi avec ce que dit Patrice de Plunkett sur le sujet en citant Gilles Kepel dans ce billet :

http://plunkett.hautetfort.com/archive/2014/08/08/catastrophe-en-irak-ce-chaos-a-ete-cree-par-les-americains-s-5424805.html

« ce diagnostic de Gilles Kepel : « Qui est derrière les djihadistes ? Ceux qui souhaitent affaiblir l’Iran et le pôle chiite dans la région… » En clair : les pétromonarchies sunnites et les intérêts pétroliers américains.  »

Tout ceci me rappelle un article de l’historien Arno Mayer rédigé dans les jours qui suivirent les attentats du 11 septembre 2001.

« La riposte de l’Amérique aux attaques terroristes du 11 septembre 2001 risque d’être d’une disproportion et d’une violence extrêmes, parce qu’elles sont vécues comme un coup porté à cet orgueil insolent…

Avec le manichéisme porté haut et fier des deux côtés, les temps vont être une fois encore très sombres pour les êtres pensants et, comme toujours, pour les damnés de la terre. »

Nous y sommes…

Quoiqu’il en soit, je fais mienne, en cette semaine de l’Assomption cette prière du pape François :

« Dieu de la paix suscite en tous un authentique désir de dialogue et de réconciliation. La violence ne peut être vaincue par la violence. La violence ne peut être vaincue que par la paix ! Prions en silence, pour demander la paix ; tous en silence… Marie, Reine de la paix, priez pour nous ! » (Angélus du 20 juillet 2014)

A lire en complément :

– France-Irak : nous nous sommes tant aimés : http://rue89.nouvelobs.com/2014/08/10/france-irak-sommes-tant-aimes-254144

– Israël: le mythe de la légitime défense : http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/415264/israel-le-mythe-de-la-legitime-defense?

– Aspirants génocidaires : quand l’État islamique en Irak s’applique à massacrer systématiquement certaines minorités : http://www.atlantico.fr/decryptage/aspirants-genocidaires-quand-etat-islamique-en-irak-applique-massacrer-systematiquement-certains-minorites-alexandre-del-valle-1696601.html

A méditer :

– Tu ne tueras pas (Exode 20, 13)

– De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre (Isaïe 2, 4)

– Tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée (Matthieu 26, 52)

– Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu (Matthieu 5, 9)

Advertisements

4 réflexions au sujet de « Proche et Moyen-Orient : que faire ? »

  1. Bonjour ! les commentaires ne se bousculent pas. Et pour cause, il est bien difficile d’y voir clair dans ces différents conflits. Si les prières étaient efficaces ça se saurait. Mais le problème c’est que chacun des belligérents, qui prient le même Dieu, ne demandent pas la même chose. Alors Dieu est paumé et il ne sait plus lesquels exaucer…Oscar Wilde disait « Quand les dieux veulent nous punir, ils exaucent nos prières… » peut-être est-ce le cas en ce moment. En attendant beaucoup d’innocents font les frais de ces belligérants religieux fanatiques de tous bords…
    Le Pape qui rêve d’unifier les deux Corée va avoir du boulot là aussi… Mais comme le disait Voltaire : « le Pape est un idole à qui on lie les mains et dont on baise les pieds… »
    Il semble bien que nos personnages politiques soient eux aussi paumés face à ces conflits. Il ne reste que les journalistes, très à l’aise pour poser des questions et des chausses-trappes à leurs interviewés, les mettant dans l’embarras, mais on ne voit rien à l’horizon de la paix pour autant…
    Peut-être devrons-nous considérer que finalement : la PAIX ce n’est que l’espace entre deux
    guerres…Comme le disait Giraudoux.

    • Vous pensez ce que vous voulez de la prière, de Dieu et du pape.
      En revanche, la grille de lecture religieuse est la pire pour comprendre ce qui se passe dans cette région du monde. Voir à ce sujet la déclaration du Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux : « Aucune cause ne saurait justifier une telle barbarie et certainement pas une religion. Il s’agit d’une offense d’une extrême gravité envers l’humanité et envers Dieu qui en est le Créateur, comme l’a souvent rappelé le Pape François. »
      http://www.news.va/en/news/203912
      Il faut sans doute regarder davantage du côté des enjeux de pouvoir, tant sur les plans politiques qu’économiques et territoriaux et pour lesquels la religion n’est qu’un alibi.

  2. Ce qui me désespère le plus, c’est que bon nombre d’ associations en France qui défendent les Chrétiens d’Orient ont des accointances avec des militants FN et identitaires. Insupportable .

    • Il existe le même phénomène avec la défense des Palestiniens où c’est l’extrême gauche qui tient le haut du pavé avec pour certains des accointances avec l’antisionisme et l’antisémitisme.
      Ceci explique que ces deux causes ne rencontrent pas alors qu’il s’agit du même conflit.
      Qu’il y ait des extrémistes dans la défense de toute cause n’est pas surprenant. Ce qui est problématique c’est l’absence de Monsieur Tout-Le-Monde, du citoyen lambda ce qui permettrait d’entendre des propos plus raisonnables sur toutes ces questions. Mais il est vrai aussi que les médias offrent plus facilement une caisse de résonance aux extrêmes, c’est tout mieux pour l’audience.
      Ceci explique que ces deux causes ne rencontrent pas alors qu’il s’agit du même conflit.
      Merci pour votre réaction, vous m’avez donné l’envie de rédiger un autre billet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s