L’abbé Pierre, homme politique engagé à gauche

On commémore cette année le soixantième anniversaire de l’appel de l’abbé Pierre, le 1er février 1954, à la suite de la mort de froid dans la rue d’un femme. Les médias ont donc évoqué la grande figure, morale et spirituelle, de l’abbé Pierre. Je voudrais revenir sur un épisode généralement ignoré, mais significatif de l’engagement de l’abbé Pierre, qui a précédé sa croisade contre le « mal-logement » et la misère.

On le sait, l’abbé Pierre a été député Mouvement républicain populaire (MRP),  de Meurthe-et-Moselle, entre 1945 et 1951. Ce qu’on sait moins, c’est qu’il a quitté le MRP en 1950. Rappelons d’abord que le MRP est né de la Résistance et a été créé en 1944. Il est d’inspiration catholique. De 1944 à 1947, le MRP participe au gouvernement, d’abord sous l’égide du général de Gaulle, puis sans lui, aux côtés des Socialistes et des Communistes : c’est le tripartisme.

Le MRP est favorable aux nationalisations, à la Sécurité sociale et à la planification (que refusent les Radicaux et la Droite classique). Il serait aujourd’hui à la gauche du PS. L’abbé Pierre le rejoint, pour combattre le divorce existant, dit-il, entre le christianisme et les masses populaires auxquelles le Christ s’était d’abord adressé.

Mais lorsque le MRP passe de gauche à droite, l’abbé Pierre en démis-
sionne. Il écrit à François de Menthon, personnage important du MRP (et de la IVe République) le 28 avril 1950: « Encore quelques mois et c’en sera fini de l’espérance pour laquelle nous avions consenti à entrer dans la lutte politique, l’espérance de voir réconciliées, dans l’âme du peuple, la faim et la soif vraies de justice (de la justice sociale comme de toutes les autres formes de justice) avec la foi dont nous voulons témoigner.»

Avec deux autres députés, également démissionnaires du MRP, l’abbé Pierre forme à l’Assemblée nationale le groupe de la Gauche indépendante, qui s’oppose à la guerre d’Indochine et qui est neutraliste, c’est-à-dire refusant l’alignement sur Washington comme sur Moscou. Aux élections législatives de 1951, l’abbé Pierre se représente en Meurthe-et-Moselle, sous les auspices du Cartel d’action des gauches indépendantes. mais il n’est pas réélu. Il n’avait d’ailleurs pas le soutien de la hiérarchie catholique.

L’abbé Pierre appartient ainsi à la préhistoire du PSU (Parti socialiste unifié) qui, dans les années soixante, veut incarner une troisième voie entre la social-démocratie et le communisme. Après mai 68, sous la houlette de Michel Rocard, le PSU dérivera vers le gauchisme. Mais c’est une autre histoire : l’abbé Pierre s’est déjà retiré de la vie politique depuis de longues années, pour se consacrer tout entier à l’action sociale, caritative, humanitaire.

Jean-François Kesler

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