Autour d’une table: rencontre avec Alexandra Lion

Année électorale, 2014 conduit sur la voie de l’engagement politique nombre de chrétiens. Parmi eux, prend place Alexandra Lion. Juriste spécialisée en droit de la famille, elle s’investit dans le 9e arrondissement de Paris comme représentante de la société civile sur une liste conduite par la socialiste Pauline Véron. Particulièrement active dans l’intercultuel, autant dans sa paroisse que dans son diocèse, elle a accordé un peu de son temps au blogueur Damian Leverd, pour échanger. Et témoigner de quelques réflexions sur la gauche, le christianisme et ce qu’elle en fait.

a lion

Damian Leverd : qu’est-ce qu’être chrétien de gauche pour vous ?

Si je voulais faire un peu de provocation, je dirais que c’est simplement être Chrétien !

C’est en tout cas faire vivre l’Évangile, agir du mieux possible selon le commandement de Jésus : « Aimez-vous les uns les autres. » Le faire en vérité, en actes, en prises de position claires et concrètes. S’efforcer de construire une société plus juste, plus fraternelle, plus respectueuse en particulier des tout-petits, des pauvres, des étrangers, des sans-voix.

C’est aussi reconnaître que sa Foi est le moteur de cet engagement. C’est parce que je considère que les autres sont mes frères et sœurs, que tous les autres sont mes frères et sœurs, à égalité, que je veux agir pour et avec eux. C’est se demander tous les jours : « Et toi, qu’as-tu fait de ton frère ? »

Quels lieux, parisiens, ou d’ailleurs, peuvent inspirer votre vie de chrétien de gauche ?

Je pense d’abord à ma paroisse, Notre Dame de Lorette, dans laquelle je me sens accueillie, aimée, à la vie de laquelle j’aime participer. C’est un lieu de ressourcement. J’y prends des forces.

Je pense aussi à la gare du Nord, au parvis de l’église Saint Eustache, à tous les coins de rue, les endroits où des Chrétiens accueillent, nourrissent, soignent, aident, rassemblent, sans condamner, sans porter de jugement. Ils aiment, « non pas avec des paroles et des discours mais par des actes et en vérité », selon les mots de Saint Jean (3, 18). A chaque plat chaud offert, à chaque blessure soignée, à chaque parole écoutée, les Chrétiens montrent leur plus beau visage.

Quelle est votre lecture de chevet ?

J’aime beaucoup lire Sœur Emmanuelle. Sa vie, son engagement, son regard sur Dieu sont inspirants. Elle nous parle directement et sincèrement, même des moments de doute ou de ses échecs. J’aime l’entendre aussi, sa petite voix aiguë mais déterminée qui nous crie « Yallah ! En avant ! » peut nous faire déplacer des montagnes !

En ce moment, je lis aussi A la gauche du Christ de Denis Pelletier et Jean-Louis Schlegel. L’histoire des Chrétiens de gauche en France depuis 1945. Que d’exemples à suivre, que de sources d’inspiration ! La preuve que, quand ils agissent, les Chrétiens changent le cours de l’Histoire.

Quelle personnalité « en tant que » chrétien de gauche peut vous inspirer ?

Le Pape François ! Et le formidable espoir que son arrivée a entraîné. Lui aussi nous parle directement, clairement, nous ramène sans cesse à l’essentiel, au message de Jésus. Il nous invite à agir, à sortir de nos églises pour construire une Église « pauvre et sale », à nous révolter contre l’inégale répartition des richesses, à rappeler que les migrants qui meurent noyés à Lampedusa sont nos frères et sœurs, à nous indigner de ce que des enfants vivent dans des bidonvilles au bord du périphérique simplement parce qu’ils sont roms.

Et nous rappelle souvent « Qui suis-je pour juger ? » A se répéter, encore et encore !

Quelle action, dans ou hors une structure cultuelle, vous semble particulièrement significative par rapport à votre approche du religieux ?

A chaque fois qu’on partage un repas, des vêtements, son toit avec celui qui n’en a pas, à chaque fois que l’on sourit, donne le bras, fait des courses pour une personne seule, on se rapproche de Dieu. A chaque fois que l’on construit du logement social, à chaque fois que l’on ouvre un centre de soin, à chaque fois que l’on régularise une famille sans-papiers, on se rapproche de Dieu. A chaque fois que l’on se révolte contre la société libérale dans laquelle on vit, à chaque fois que l’on dénonce l’injustice, à chaque fois qu’on lutte pour des conditions de travail décentes, un salaire juste, on se rapproche de Dieu.

Quand je vois l’énergie, le temps, les efforts dont certains Chrétiens n’ont pas hésité à faire preuve au moment des débats et des manifestations autour du Mariage pour tous, je ne peux m’empêcher de penser que si ces mêmes Chrétiens agissaient avec autant de force et de conviction pour le logement, l’accès aux soins, l’école, on ne vivrait pas dans une société si injuste et si dure avec les plus pauvres !

On ne vivrait pas non plus dans une société où la Foi est souvent si mal perçue… Il est temps de faire savoir que non, tous les cathos ne sont pas bourgeois, conservateurs et coincés ! Et surtout, que l’Évangile est absolument le contraire !

Propos recueillis par Damian Leverd

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Une réflexion au sujet de « Autour d’une table: rencontre avec Alexandra Lion »

  1. Une excellente lecture de chevet bien sûr.
    Et surtout un témoignage que je signerai des deux mains. On se rend finalement compte qu’on n’est pas le dernier des mohicans et que d’autres partagent les mêmes convictions.
    Merci.

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