Du chaos et de Queuille

Ce n’est pas le chaos, comme on le lit ou l’entend souvent dans les médias, mais la situation est chaotique. Sur quoi peut-elle déboucher ? Nul ne le sait.

Début 1968, dans le journal Le Monde, Pierre Viansson-Ponté, dans un éditorial devenu célèbre « La France s’ennuie », constatait que le calme régnait dans notre pays. Quelques mois plus tard, c’était le Mouvement de Mai. Sous les Républiques successives (comme également sous l’ancienne Monarchie), la France a connu de multiples crises politiques.

Sans remonter à l’avant deuxième guerre mondiale, la IVe République dut affronter deux crises majeures : d’abord en 1947-48, avec une série de grèves insurrectionnelles au moment de la fracture du monde en deux blocs (américain et soviétique) et de la France en deux camps (communiste et anti-communiste), puis avec la guerre d’Algérie qui finit par emporter le régime en 1958.

Mais de Gaulle lui-même fut fortement menacé, d’abord en 1961 à l’époque de l’OAS, puis en Mai 68. La guerre d’Algérie, qui s’est déroulée à la fois sous la IVe République et sous la Ve, soyons clairs, c’était autre chose que l’éco-taxe ! Elle s’est traduite par des centaines de milliers de morts et par l’exil des Français d’Algérie, sans compter le traumatisme moral provoqué par la torture.

Il n’empêche: la situation actuelle est jugée alarmante par les préfets. En tout cas, elle est confuse. Elle n’oppose pas vraiment la Droite à la Gauche, même si la Droite essaie d’en profiter. Elle n’oppose pas franchement le patronat aux syndicats puisque les patrons défilent en Bretagne aux côtés des  ouvriers. La revendication régionaliste est d’ailleurs présente, la violence aussi.

Les jets de pierre contre les forces de l’ordre et la destruction des radars et des panneaux de signalisation (qui provoquera des accidents routiers), ont lieu sur fond de mécontentement social et de révolte fiscale. C’est l’État qui est visé, même si les décisions essentielles sont prises en dehors de lui. On a l’impression de retrouver l’atmosphère des années qui ont immédiatement précédé la Révolution de 1789.

Les contestataires devraient d’ailleurs se méfier, du moins ceux d’entre eux qui sont privilégiés, comme les gros agrariens d’Ile-de-France, qui veulent bloquer la capitale. La Révolution de 1789 a été ouverte par une révolte des privilégiés, contre lesquels elle s’est rapidement retournée. Mais comparaison n’est pas raison. La contestation, aussi forte soit-elle, peut aussi se dissoudre, comme ce fut souvent le cas dans le passé.

N’oublions pas que, peu de temps avant son élection à la présidence de la République, François Hollande s’était livré à une apologie, assez étonnante à première vue, de Henri Queuille. Le « bon docteur Queuille», maintes fois ministre sous les IIIe et IVe Républiques, et même 2 fois président du Conseil (c’est-à-dire chef du gouvernement) pendant cette dernière, a été l’homme fort de la Corrèze et fut le mentor de Jacques Chirac. Or sa formule préférée était : « Il n’est pas de problème qu’une absence de solution ne finisse par résoudre. » C’était l’immobilisme, qui lui a réussi à surmonter les tempêtes, à défaut de réussir à la France.

Jean-François Kesler

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