« J’étais un étranger et vous ne m’avez pas accueilli »

Ce billet est d’abord celui d’un chrétien. C’est tout. J’ai ces mots de Jésus qui résonnent inlassablement dans mon âme et dans mon cœur : « J‘étais un étranger et vous ne m’avez pas accueilli. » *

060172 serrure et chaine

Il y a quelques jours des centaines de personnes sont mortes au large de Lampedusa pour avoir voulu nous rejoindre. Elles ne nous ont pas rejoint car à notre place c’est la mort qu’elles ont rencontrée.
Bien entendu « on » a pu critiquer l’Europe, inactive (vraiment?), la France (vraiment ?).

J’étais un étranger et vous ne m’avez pas accueilli

En effet, ce qui est déjà entrepris n’est pas suffisant visiblement. Car « selon les ONG, près de 20 000 migrants et réfugiés ont péri en tentant de traverser la Méditerranée ces 20 dernières années« .

La Méditerranée, lieu de villégiature de rêve pour des millions de personnes chaque année, berceau de notre culture, est aussi un cimetière pour des milliers d’autres…
En tous cas il était clair que cela ne pouvait se reproduire…
Or cela s’est reproduit à peine quelques jours plus tard au large de Malte.

J’étais un étranger et vous ne m’avez pas accueilli

On pourra toujours m’opposer les arguments du monde réel, j’entends d’abord ces mots de Jésus :

J’étais un étranger et vous ne m’avez pas accueilli

Dans l’opinion publique un consensus semble apparaitre pour « faire quelque chose  » mais quoi ?
Retour en France le dimanche 13 octobre : le FN remporte les élections aux cantonales dans une petite ville du sud. Émoi dans les médias et dans le microcosme politique.
Je pense à nouveau à Jésus :

J’étais un étranger et vous ne m’avez pas accueilli

Quelques jours plus tard en France, toujours. Une collégienne est renvoyée au Kosovo avec sa famille, conformément à la Loi. Émoi à gauche, du moins une certaine gauche, à l’inverse, soutien, sinon joie chez d’autres.
J’entends toujours cette  phrase :

J’étais un étranger et vous ne m’avez pas accueilli

On me dira : oui mais c’est le monde avec ses réalités, on ne peut accueillir toute la misère du monde, etc… et c’est la loi…
Tout cela est exact.
Mais pour un chrétien c’est cette phrase qui revient :

J’étais un étranger et vous ne m’avez pas accueilli

J’ai cru comprendre que le Royaume de Dieu se construit ici-bas, dès maintenant, dans le monde réel (dans notre langage chrétien, on dit au cours de notre « vie terrestre »).
Pour un chrétien, l’émotion et l’indignation tant décriées par certains journalistes ou intellectuels, par certains politiques, s’appellent la charité ou l’amour du frère tout simplement.
Pour les chrétiens, être capable de ressentir ce que vit un de nos frères, se mettre à sa place, tenter de comprendre ce qu’il vit et ce qu’il est, cela s’appelle l’intelligence du cœur.
Alors oui, j’entends encore cette phrase de Jésus qui résonne :

J’étais un étranger et vous ne m’avez pas accueilli

Or le défi lancé à tous les chrétiens, ici-bas, maintenant, chez nous, c’est celui-ci, c’est que Jésus puisse nous dire :

j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli. **

*  Matthieu  25, 43
** Matthieu  25, 35

Billet initialement publié sur le blog de l’auteur.

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15 réflexions au sujet de « « J’étais un étranger et vous ne m’avez pas accueilli » »

  1. Dieu ne m’invite pas à culpabiliser à ne pas accueillir l’étranger dans le besoin puisque je ne le peux point. Un parfait partage des richesses du nord au sud tout à fait possible permettrait à chacun de vivre dignement et de fait de ne pas avoir besoin de s’expatrier, mettre en œuvre ce grand partage sur un plan humain ça s’appelle le Communisme donc par mon vote je contribue à ce que tous ceux qui veulent être accueillis le soit en amis et non chargés de l’humiliation du quémandeur. Pourtant 48 % des catholiques pratiquants votent à droite…. Sans doute le grand fossé entre Foi et pratique religieuse.
    Philippe Vinsonneau, se réclamant du Christianisme Social

  2. Je suis un peu étonné de voir apparaitre le terme de culpabilisation à partir d’une parole de Jésus.
    Mais il est vrai que cette parole nous interpelle tous.
    La question est bien de savoir comment y répondre.
    Cette année s’est tenu à Lourdes le rassemblement Diaconia 2013 qui a montré que le fossé entre foi et pratique religieuse n’est pas si large que cela.
    Je livre à votre réflexion le message final :
    « Personne n’est trop pauvre pour n’avoir rien à partager. La fraternité n’est pas une option, c’est une nécessité. Nous en avons fait l’expérience forte et joyeuse à 12 000, lors du rassemblement Diaconia, de toutes origines et de toutes conditions, représentant des centaines de milliers de chrétiens engagés au service de leurs frères.[…] »
    Pour lire la suite :
    http://www.eglise.catholique.fr/conference-des-eveques-de-france/textes-et-declarations/-servons-la-fraternite–16458.html

  3. Il me semble impossible de faire d’une parole de Jésus une parole qui condamne…
    Cette parole est dans ce que certain appelle la parabole des brebis et des boucs c’est à dire une parole ouverte, une histoire qui démarre et pas qui se ferme. D’abord ceux qui accueillent ne le savent pas et ceux qui n’accueillent pas s’en étonnent dans ce passage de Matthieu… La lecture littérale de ce passage ne marche pas où alors notre devoir est d’aller aider les damnés de Matthieu 25 qui se retrouvent en rétention à perpétuité pour ne pas avoir aidé les étrangers…
    Je pense d’ores et déjà à la lecture de dimanche prochain (le pharisien et le publicain).. Dans un cas le pharisien qui fait tout comme il faut (même l’aide aux étrangers) de l’autre ce salaus de collaborateur avec les romains qui vote même extrême droite… et pourtant qu’elle histoire!!!! Ouverte elle aussi parceque justement Bonne Nouvelle et Joyeuse Annonce!!!

    • Tout à fait, comme pour le commentaire précédent, il n’y a ni culpabilisation, ni condamnation de la part de Jésus.
      Seulement une interrogation, une interpellation qu’il nous adresse personnellement sur l’accueil de l’étranger ou de l’Autre tout simplement.
      Je ne peux que recommander la lecture de ce billet d’un des animateurs de ce blog :
      « Dès les premières pages de la Bible, le croyant est confronté au déracinement, à la nécessité de quitter sa terre pour marcher vers une terre promise. Le fait de partir, de chercher à découvrir une « terre promise » est comme inscrit dans les gènes de celui qui a mis sa foi dans le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et de Jésus. » […]
      Pour lire la suite :
      http://chretienencetemps.wordpress.com/2013/10/17/une-eglise-detrangers/

      • Je suis en parti d’accord… en parti seulement. Oui nous sommes étrangers car notre objectif c’est bien de nous trouver tous ensemble avec le Père au banquet du Royaume… et nous essayons de cheminer vers là… c’est à dire de tout faire pour révéler la part de Dieu qui est en chacun de nous. Même chez le salaud qui ferme les frontières terrestres avec des barbelés, même chez l’étranger de Lampedusa qui ne souhaite tout simplement pas simplement la dignité (à laquelle il a droit de prétendre) mais aussi le monde brutal, marchand et excluant que nous sommes de plus en plus nombreux à ne plus vouloir du tout…

      • J’ai un peu de mal à vous suivre. Mais revenons au Christ et à cette phrase qui semble perturber visiblement certains lecteurs. « J’étais un étranger et vous ne m’avez pas accueilli » est à rapprocher de « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » ou encore « faites aux autres ce que vous aimeriez qu’on vous fasse ».
        Comme j’ai pu le lire dans un nouveau blog qui mérite aussi d’être fréquenté :
        « le logiciel chrétien est régi par une seule et unique loi qui donne sens à toutes les autres. Celle de l’amour. L’autre devient celui à qui je me donne et je ne peux m’accomplir qu’en me donnant à lui. Dans ce mouvement gratuit où chaque personne se réalise pleinement dans le décentrement de sa propre personne.
        La finalité du chrétien n’est pas l’individu mais l’Autre.  »
        http://cahierslibres.fr/2013/10/chretien-et-liberal-erreur-404/

      • quittons les nébuleuses et revenons à du concret si vous le voulez bien – j’ai très envie et très besoin d’aller me ressourcer pendant 15 jours sur le littoral languedocien pourriez vous au nom de l’amour – moi qui en sus ne suis même pas votre étranger – m’envoyer un chèque car je n’en ai pas les moyens ?
        désolé de vous faire redescendre sur terre avec un argument aussi puéril mais c’est de cela qu’il est désormais question. Il ne s’agit pas d’amour mais de prendre en charge matériellement ou nom des femmes et des hommes – étranger – c’est à dire d’une autre nation, avec un autre produit national brut – avec une autre organisation politique, qui n’ont probablement d’ailleurs aucune affection envers vous, ne vous leurrez pas… si vous en avez les moyens financiers tant mieux , moi pas – pour le reste de vos sentiments ils s’en contrefoutent.. alors je les aime bien tous mais de loin, en attendant permettez moi de réserver mon amour à mes proches, c ‘est moins bucolique j’en conviens mais bon – qui pourrait me jeter la pierre ? et je ne crois pas que Dieu m’en voudra non plus. Dans la cité dans laquelle je vis il y a 48 nationalités différentes vous comprendrez que les étrangers je les vois autrement qu’au travers d’un verset biblique.

    • A Philippe Vinsonneau : vous vous réclamez du christianisme social. Intéressant. Vous pouvez préciser ce que vous mettez derrière ces mots ?
      Je constate que vous réduisez la Parole du Christ à un verset. Je me suis présenté délibérément en chrétien dans ce billet.
      Or vous répondez en vous plaçant dans une posture idéologique ce qui nous amène à un dialogue de sourds.
      Je constate également que la Parole vous déstabilise et vous interpelle au point que vous demandez ironiquement un chèque. Sachez aussi que le lieu où je vis s’appelle le pays des Trois Frontières et que le cosmopolitisme et le multiculturalisme, je connais. Mais je vois cela comme une richesse et non comme une menace.
      Surtout je n’ai pas l’impression que vous ayez réellement lu mes réponses puisque ce billet tout comme mes commentaires sont avant tout des questions sur le « comment faire ? » pour répondre à l’appel de Jésus et pourtant vous prenez tout cela comme des leçons. Curieux.
      Je vous souhaite une bonne nuit en vous laissant méditer ces paroles du pape François :
      « Dans cette situation complexe, où l’horizon du présent et de l’avenir semblent caractérisés par des nuages menaçants, il est encore plus urgent de porter avec courage au sein de chaque réalité l’Évangile du Christ qui constitue une annonce d’espérance, de réconciliation, de communion, une annonce de la proximité de Dieu, de sa miséricorde, de son salut, une annonce du fait que la puissance de l’amour de Dieu est capable de l’emporter sur les ténèbres du mal et de conduire sur le chemin du bien. L’homme de notre temps a besoin d’une lumière sûre qui éclaire sa route et que seule la rencontre avec le Christ peut donner. »

  4. béni oui oui, d’accord pourquoi tomber dans l’angélisme, entrainés que nous sommes par des journalistes bien pensants qui jouent sur la corde de l’émotion. Il faut tout prendre en compte, la totalité des problèmes !

  5. S’il est nécessaire d’avoir des repères éthiques forts il est tout aussi important de voir comment « hic et nunc » ils doivent être appliqués.
    Sur la question de l’étranger 3 remarques:
    l’émigration est en soi une mauvaise solution: c’est donc le développement interne qu’il faut d’abord rechercher
    cela exige donc de soutenir un vrai développement des pays (africains en l’occurrence) et donc de dénoncer les conditions économiques qui leur sont faites (exploitation des richesses minières…): en dehors du CCFD on n’entend pas beaucoup les chrétiens sur cette question
    il nous faut « mettre la main à la poche » pour augmenter (et non diminuer comme cela se fait depuis plusieurs années) le budget de l’aide au développement et aller investir – et s’investir- dans les pays d’origine des migrants
    C’est cela qui me parait la vraie « charité » dans le monde d’aujourd’hui

    • Au sujet de l’émigration, je suppose que vous évoquez l’émigration subie pour des raisons économiques.
      Il y a tout de même le Secours catholique qui s’investit, en plus du CCFD.
      http://www.secours-catholique.org/actualite/droit-d-asile-une-reforme-urgente,12280.html
      ainsi que de nombreuses autres organisations :
      http://cfda.rezo.net/membres.html
      Mais c’est un peu une délégation de notre responsabilité personnelle de chrétien en ce qui concerne le service du frère et c’était tout l’enjeu de l’opération Diaconia 2013 dont « l’objectif premier est d’appeler les communautés à vivre davantage, dans la réciprocité, la fraternité et l’espérance avec les personnes en situation de fragilité, proches ou lointaines. Elle est aussi l’occasion de redire combien le service du frère est une manière de vivre sa foi chrétienne à la suite du Christ. »
      http://diaconia2013.fr/diaconia-cest-quoi/
      Enfin et surtout ce que vous dites sur la question du développement correspond à ce que répète inlassablement le pape François (ainsi que ses prédécesseurs).

  6. L’accueil de l’étranger n’est pas uniquement une question d’argent. Comment accueillir l’étranger comme nous le demande Jésus ? Il me semble que chacun dans son domaine de compétences, en fonction de ses capacités, doit pouvoir répondre à cette demande.
    Par exemple cet avocat « Maitre Eolas », avec cet article qu’il vient de publier sur son blog, a clairement répondu à cet appel du Christ :
    http://www.maitre-eolas.fr/post/2013/10/20/L-affaire-Leonarda

    • …. mais de quels étrangers parlez-vous Monsieur Pique ?????? j’ai l’impression que vous et moi ne vivons pas sur la même planète ! les étrangers aux chrétiens au nom desquels vous vous exprimez seraient -ils différents des étrangers… que tous nous croisons chaque jour ?? … Cela est idéologique que de ne pas réduire l’existence des Humains à la seule Parole du Christ ??? Comment considérez-vous tous ceux de part le monde qui ont Foi en Dieu sans pour autant être Chrétiens ?? Vos étrangers seraient-ils ceux-là qui appartiennent à une autre religion que le Christianisme ? Puisque vous me posez la question à propos du Christianisme Social – c’est de ne pas vivre hors du monde, mais revendiquer sa Foi dans la vie sociale économique et politique. parce qu’en 2013 sur la planète Terre tout cela est extrèmement imbriqué. La mondialisation capitaliste n’a pas créé des étrangers mais des trop riches et des très pauvres pauvres qui aujourd’hui veulent manger dormir être soigné, là où cela se peut, et librement, l’étranger ( en ce moment – ici – rarement Chrétien d’ailleurs ) s’en fiche pas mal d’un accueil de compassion ou d’affection spirituelle, il veut que vous partagiez votre bien matériel avec lui. et même si cela vous parait idéologique c’est bien par une action politique que l’étranger pourra demain venir vers vous juste en vacancier. Et le  » comment faire  » qui vous questionne – et bien je vous le dis moi – en écrasant le libéralisme et le capitalisme – et mon petit doigt me dit que le Christ Vivant, aujourd’hui ne me donnerait pas tord.. sur la manière de faire que l’étranger ne le soit plus.

      • Pour pouvoir poursuivre le débat avec vous, je vous remercie de ne pas déformer mes propos, cf. la première partie de votre dernier commentaire. Encore une fois je me demande si vous m’avez réellement lu.

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