L’urgence absolue : la paix civile

bonbon341

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Comme attendu, le Parlement a donc voté ce mardi 23 avril 2013, la loi sur le «mariage pour tous» par 331 voix contre 225.

Ce texte, initialement posté par René Poujol sur son blog personnel, est également co-signé par : Didier Da Silva, Eric Vinson, Patrick Pique membres du collectif Chrétiens de gauche. 

Ainsi en ont décidé : le parti socialiste, les groupes majoritaires des deux assemblées, le gouvernement et le Président de la République lui-même. Renoncer, face aux manifestations de rues, eut été, pour eux, perdre la face dans un contexte politique particulièrement difficile.

Il ne reste plus désormais aux opposants qu’un recours devant le Conseil constitutionnel. Une démarche bien aléatoire car on imagine mal que le Chef de l’Etat ne se soit pas assuré, auprès de cette institution, des risques d’inconstitutionnalité du texte. Le temps de connaître sa réponse et la loi sera promulguée, de toute évidence avant le mois de juin.

Ma crainte : un regain d’agressions homophobes

Mais il se pourait que la suite ne soit pas l’apaisement annoncé. Je redoute, pour ma part, qu’une forme de triomphalisme suivie, d’ici quelques semaines, des premiers mariages pour tous hyper-médiatisés, ne provoquent en retour un surcroît de tensions, un regain d’agressions homophobes et, partant, de nouvelles polémiques sur les responsables des uns et des autres : instigateurs ou opposants à la loi.

S’il est abusif et pour une part irresponsable de parler de menace de «guerre civile», il n’en est pas moins évident qu’une forme de paix civile a bien été ébranlée. On peut douter que la loi Taubira soit «digérée» par la société française, aussi promptement que certains veulent bien le prophétiser. Les questions de filiation, les débats prévisibles sur la PMA et la GPA constituent un nouvel horizon parlementaire dont la perspective va tenir mobilisées les forces qui se sont fait jour au cours des derniers mois et qui ne semblent pas vouloir, spontanément, se résigner.

Une égale violence dans le «mépris» ressenti par les uns et par les autres

Depuis un an – mon blog peut en témoigner – j’ai mis en garde, successivement : le candidat socialiste à la présidentielle, la gauche en campagne, puis le nouveau pouvoir contre des risques de division dans le pays, sur cette question du mariage pour tous. Avec d’autres, j’ai appelé à une large consutation, nécessaire à la constitution d’un consensus citoyen. Depuis six mois j’assiste, impuissant, à l’exacerbation d’un dialogue de sourds où la passion l’emporte sur la raison. Et je ressens une égale violence, dans le «mépris» perçu par certains homosexuels que dans celui que dénoncent les opposants à la loi, de la part du pouvoir.

Une solution de consensus était possible. 

Je reste, pour ma part, persuadé que la réponse «juste» et «sage» aux inégalités qui frappent les couples homosexuels, résidait dans le vote d’un statut d’union civile avec droit à l’adoption simple. Une solution «à l’allemande» sur laquelle on aurait sans peine recueilli l’assentiment d’une majorité de Français. Cela nous aurait épargné des mois d’invectives  et, déjà, cette «promesse» de revanche, où une nouvelle majorité pourrait, demain, défaire ce qu’a fait l’actuelle, si tel est le mandat que lui donne le peuple.

J’ai personnellement appelé à la manifestation nationale du 13 janvier, à laquelle j’ai pris part, en tête de cortège, avec d’autres militants de gauche. (1) J’entendais dénoncer un projet de loi qui apportait une mauvaise réponse à une question légitime. J’entendais également protester contre le refus opposé par le gouvernement à l’organisation d’Etats généraux, semblables à ceux qui, sur la «fin de vie», avaient permis le consensus de la loi Léonetti. J’ai, par la suite, refusé de m’engager plus avant sur des manifestations nouvelles dont je redoutais les risques de récupération politique et de débordements.

Aujourd’hui, je veux redire mon estime à Frigide Barjot, Laurence Tcheng, Xavier Bongibault, Tugdual Derville et l’ensemble des porte parole «officiels» de la manif pour tous, injustement trainés dans la boue. L’homophobie est, dans notre pays, passible des tribunaux. Si, comme il a été écrit, leur combat était à ce point de nature homophobe, ils devraient, depuis des semaines, avoir été traduits en justice.

J’engage les uns et les autres…

Pour autant, je considère que l’urgence absolue est désormais à la paix civile, que je crois fragile. Et cela passe d’abord par l’acceptation loyale du fait démocratique que constitue le vote de la loi, quels que soient les recours juridiques possibles. Dès lors :

  • J’engage les responsables de la manif pour tous à renoncer au «nous ne lâcherons rien» et à la tentation d’une surenchère aux relents «poujadiste» dans la perspective des élections municipales de 2014.
  • j’engage les autorités religieuses de ce pays à faire prévaloir l’apaisement, même si elles considèrent que le vote de cette loi constitue une profonde et grave erreur.
  • j’engage les médias à bien mesurer leur part de responsabilité dans la montée possible de l’homophobie en réponse à un triomphalisme gay dont ils se feraient les porte paroles complaisants ;
  • j’engage le gouvernement à trouver enfin les mots et les gestes capables de rompre  avec le mépris manifesté envers les opposants à la loi.
  • j’engage les chrétiens à porter sur les homosexuels, et notamment dans leurs communautés, le regard d’estime et d’amitié auquel nous invite l’Evangile.
  • j’engage les citoyens de ce pays à se tourner vers d’autres combats, sur des terrains où se joue aussi la dignité de la personne humaine.
  • j’engage les uns et les autres à relire et méditer les dernières pages du Goncourt 2012 : «Le sermon sur la chute de Rome» (2) :

«Rome est tombée. Elle a été prise mais la terre et les cieux n’en sont pas ébranlés. Regardez autour de vous, vous qui m’êtes chers. Rome est tombée mais n’est-ce pas, en vérité, comme s’il ne s’était rien passé ? La course des astres n’est pas troublée, la nuit succède au jour qui succède à la nuit, à chaque instant, le présent surgit du néant, et retourne au néant, vous êtes là, devant moi, et le monde marche encore vers sa fin mais il ne l’a pas encore atteinte, et nous ne savons pas quand il l’atteindra car Dieu ne nous révèle pas tout. Mais ce qu’Il nous révèle suffit à combler nos cœurs et nous aide à nous fortifier dans l’épreuve, car notre foi en Son amour est telle qu’elle nous préserve des tourments que doivent endurer ceux qui n’ont pas connu cet amour.»

  1. Notamment mes amis de «A la table des chrétiens de gauche» mais également les Poissons roses et la Gauche pour le mariage républicain.
  2. Jérôme Ferrari, Actes Sud, p. 200.
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8 réflexions au sujet de « L’urgence absolue : la paix civile »

  1. Je reste questionnée par le fait que vous félicitiez Frigide Barjot, qui ne me parait pas une référence.A moins qu’il ne s’agisse de votre part,d’une façon qui se veut élégante et ouverte, d’écrire ce texte en essayant d’apaiser la vague qui s’annonce à partir d’une opposition au mariage pour tous.
    Par contre j’ai aimé que vous ayiez choisi ce texte de Jérôme Ferrari.

    • Mon hommage à Frigide Barjot repose sur quelques constats simples : c’est elle qui est parvenue à fédérer le mouvement des manifs pour tous qui, selon moi, correspond à un sentiment profond dans le pays. Ici même à C2R nous avions mis en garde le gouvernement contre les risques de division qu’allait entrainer ce projet de loi. J’observe qu’elle a su maîtriser la communication sur les buts de ces manifestations sans jamais sombrer dans une forme quelconque d’homophobie, même si elle l’a fait avec son style propre. Donner cette force à une expression populaire sans concession sur le fond, voilà qui me semblait devoir être salué. Pour la suite, il est clair que la volonté exprimée de « ne rien lâcher » ne pouvait qu’être perçue comme une belle opportunité par tous ceux qui ont quelque chose à gagner à voler au secours de la victoire… de cette mobilisation. Mais bien évidemment cette analyse n’engage que moi-même.

  2. Je voudrais dire à René Poujol – et à tous ceux qui comme lui prônaient la création d’une union civile avec possibilité d’adoption simple- que cette position ne tenait pas compte d’une revendication essentielle des couples homosexuels: celle non seulement de l’égalité des droits (l’union civile l’aurait permis) mais l’égalité du « statut ».
    C’est pourquoi j’avais fait une proposition- ignorée totalement des deux camps: celle de « l’union civile pour tous » avec droit à l’adoption simple et plénière mais en modifiant le régime juridique de cette dernière pour assurer la transparence des origines et donc empêcher de dire « né de deux pères ou de deux mères ».
    Il me semble qu’une telle proposition eût pu constituer une « troisième voie » acceptable par les deux camps.
    Hélas – et là je rejoins René Poujol- cela eût supposé que la raison domine la passion…

  3. Si je comprends bien votre troisième proposition pour retrouver la paix civile, vous engagez les « médias » à prendre leur part de responsabilité dans la montée possibles des actes homophobes puisqu’ils se feraient les « portes paroles complaisants d’un triomphalisme gay ». D’abord, je ne comprends pas bien le sens que vous donnez à l’expression « triomphalisme gay », pourriez-vous préciser un peu. Le danger de votre proposition à mon sens, c’est que vous faites glisser une partie de la responsabilité du délit. Le « triomphalisme gay » que vous évoquez est un sentiment très subjectif, comment voulez-vous le définir objectivement? Dans ce cas, n’importe quel individu coupable d’homophobie pourrait invoquer cette circonstance atténuante: j’ai commis un acte homophobe parce que regardez, les médias ont titré que les gay avaient gagnés, ils ont donc attisé en moi un sentiment de révolte justifié, c’est de leur faute, pas de la mienne! On ne peut pas parler de triomphalisme à mon sens dans le cas d’une population qui passe du statut de dominé à un statut reconnu dans l’espace social, c’est simplement de la justice sociale. Idem historiquement pour les « classes laborieuses » au XIXe siècle, les minorités ethniques aux Etats-Unis…Peut-être que vous manifestez par là un sentiment de mépris dont vous vous sentez victimes, de la part des défenseurs de la loi. Si ce sentiment est le votre, alors il est légitime, mais il ne faudrait pas que vous imputiez cette défaite politique à un « lobby gay » triomphant, ayant main-mise sur les médias et qui porterait donc la responsabilité des actes homophobes.

    • @ Vincent Gabard. Et bien si, ne vous en déplaise, je pense que la loi qui vient d’être votée est effectivement le résultat du lent travail d’un lobby gay. Si l’expression triomphalisme gay vous semble subjective, elle ne l’est pas davantage que le sentiment, exprimé sur bien des médias, que les manifestations pour tous étaient profondément homophobes. Nous sommes en plein dans le débat : l’accès au mariage des homosexuels vous semble « juste » et à moi injuste, non en ce qu’il aligne les droits patrimoniaux des couples homosexuels sur ceux des couples hétérosexuels, qui me semble être en effet « de justice », mais en ce sens qu’ouvrant sur la filiation il ne fait pas justice aux enfants à venir de leur droit à une double filiation. Mais nous n’allons pas ici reprendre le débat que la loi a tranché. Je voulais simplement dire que certains Français – que vous pouvez qualifier d’homophobes mais qui existent – ressentent cette loi comme une injustice par la disparition d’un repère structurant de nos sociétés (la filiation fondée sur le couple biologique homme/femme). Par ailleurs, je puis comprendre que les couples homosexuels qui revendiquaient cette évolution de la législation puissent fêter l’événement et demain se marier en rangs serrés sous le regard des caméras dès que les décrets le permettront. C’est de bonne guerre. Je dis simplement aux médias : attention de ne pas trop en faire ! Peut-être faites-vous partie de ces citoyens qui estiment qu’il n’est pas de limite à la liberté d’expression et à la liberté de l’information. Je pense, à l’inverse – et c’est un journaliste, ancien directeur de journal qui l’affirme – qu’il n’est pas de liberté sans responsabilité. Oui, je persiste à penser que la publication, hier, de caricatures de Mahomet, qui ont indirectement causé la mort de chrétiens, par représaille, dans des pays islamistes, reste une faute imputable à ceux qui ont pris la responsabilité de leur publication. De même j’affirme, mais vous n’êtes pas obligé de me suivre, qu’il y a une responsabilité des médias, aujourd’hui en France, à jouer eux-aussi loyalement la carte de l’apaisement auquel j’appelle, par ailleurs, tous les protagonistes.

  4. Il y a quelque chose qu’on entend beaucoup ces temps-ci et qui m’agace profondément. C’est l’idée qu’en France, l’homophobie serait un délit, et que de ce fait, on ne pourrait pas dire des propos ou des actes de quelqu’un qu’ils sont homophobes, parce que cela reviendrait à dire qu’il est délinquant, et cela relèverait donc de la diffamation. Mais sauf erreur, en France, ce n’est pas l’homophobie qui est passible des tribunaux, ce sont certaines de ses manifestations : les discriminations liées à l’orientation sexuelle, les propos haineux ou incitant à la violence… Mais pas l’homophobie en général. On a le droit en France, et c’est heureux finalement pour la liberté d’expression, d’être et de se dire homophobe. On a pas le droit de refuser un emploi ou la location d’un logement à une personne homosexuelle en raison de son homosexualité, ni d’appeler au meurtre ou au lynchage des homosexuels. C’est possible que certaines associations souhaitent aller plus loin dans la surenchère, mais je crois que jusqu’ici le droit ne va pas plus loin. En conséquence, il est tout à fait possible de dire que les actions de la Manif pour Tous sont homophobes, sans dire que ses représentants devraient passer devant les tribunaux.

    Il y a notamment une homophobie qu’on trouve par exemple dans l’Eglise, qui n’est ni de violence physique, ni de haine, ni de mépris affiché. C’est cette homophobie condescendante qui prétend accueillir avec compassion et charité tout en refusant la possibilité aux personnes de construire un avenir autre que le célibat imposé et la haine de soi. C’est cette homophobie qui humilie, qui rabaisse et qui écrase en ramenant systématiquement le désir et l’amour de personnes à une prétendue souffrance fondamentale, cette homophobie qui considère les homosexuels comme des enfants capricieux que les adultes devraient ramener à la raison, au besoin à coup de chicote, celle qui refuse au couple homosexuel la dignité du mot couple pour lui préférer les termes humiliants de paire ou de duo. Cette homophobie qu’on peut trouver chez certaines représentants de la Manif pour Tous, chez un certain Philippe Arino, complaisamment invité à « témoigner » (traduire : diffuser une pseudo-théorie de l’homosexualité liée de manière non causale au viol, à l’inceste, au totalitarisme et j’en passe – drôle de témoignage) dans des lycées ou d’autres structures catholiques, chez des penseurs de l’Eglise autorisés, cette homophobie, je souhaite pouvoir la dénoncer, sans que cela signifie qu’elle doive passer devant les tribunaux.

    C’est un peu écarté du sujet, mais j’ai vu cette idée tellement répandue ces temps-ci que je n’ai pas résisté à l’envie de la critiquer. Non l’homophobie n’est pas un délit en France et n’est pas en soit passible des tribunaux.

    • Martin, je ne suis pas loin de partager votre analyse. J’ai toujours tenu, sur mon blog, à bien cerner les raisons qui me faisaient me prononcer contre le mariage homosexuel. Je ne vais pas y revenir ici et je laisse chacun juge de savoir si ces « arguments » sont ou non à mettre sous l’étiquette homophobie. J’entends par exemple, qu’il serait homophobe de vouloir établir une hiérarchie des sexualités entre hétérosexualité et homosexualité au détriment de cette dernière. J’ai développé ailleurs l’idée que l’on ne pouvait pas répondre globalement à cette question. S’agissant d’une activité « autonome », déconnectée de toute approche de transmission de la vie, je ne vois pas, en effet, sur quoi fonder une hiérarchisation. En revanche, prise dans sa finalité reproductrice, il me semble difficile de considérer que la sexualité s’équivaut dans l’hétérosexualité (potentiellement fertile) et dans l’homosexualité (naturellement infertile). J’ai cru comprendre ici ou là que ce propos serait homophobe !
      Pour le reste de votre développement, je souscris sans réserve. Pour les raisons que je viens d’indiquer je me suis prononcé contre le mariage gay mais pour un contrat d’union civile, selon la proposition formulée par l’Unaf, à laquelle les Semaines sociales de France, dont je suis pas ailleurs membres du Conseil, ont apporté leur soutien. Mais on sent bien que cette proposition est loin de faire l’unanimité dans l’Eglise catholique. Il n’est qu’à voir le nombre de voix qui s’élèvent aujourd’hui contre toute idée d’union civile, alors même que, de Rome, nous parviennent des propos plus ouverts sur cette question. Je pense que pour une large part les catholiques et une partie de leur hiérarchie, restent « bloqués » sur la position traditionnelle de l’Eglise catholique : pas de sexualité en dehors des liens du mariage et de la transmission de la vie. Cette dernière perspective étant « interdite » par la nature aux homosexuels, ils sont invités à la continence…
      J’ai écrit, à plusieurs reprises, dans mon blog perso et ici même (« Et Dieu vit que cela était bon », « L’Eglise et le mariage gay : une défaite à la Pyrrhus ? ») combien cette attitude me semblait aujourd’hui intenable. Et combien le débat devait être ouvert dans l’Eglise. Je sens, comme vous, combien les réticences se font nombreuses…

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