Méditation du Jeudi Saint : Sortir de l’esclavage pour se mettre au service

Le Jeudi Saint, nous faisons mémoire à la fois de la sortie d’Égypte  et du lavement des pieds (qui précède l’institution de l’Eucharistie). Je vous propose de lire dans ces textes le projet de Dieu de nous libérer de l’esclavage pour nous appeler, à la suite de Jésus, à nous mettre au service de nos frères.

Chapiteau roman du lavement des pieds (ND-en-Vaux, source : Wikimedia commons)

Chapiteau roman du lavement des pieds (ND-en-Vaux, source : Wikimedia commons)

Au soir du jeudi saint, nous relisons ce passage du lavement des pieds parfois difficile à comprendre et surtout à accepter. Comment comprendre que Jésus, s’atèle à cette tâche, laver les pieds, qui était laissé au mieux aux serviteurs, parfois à des esclaves. Comment ne pas se retrouver dans la réaction première de Simon-Pierre qui refuse le voir le Seigneur, le fils de Dieu s’y abaisser ?

La sortie d’Egypte, chemin d’émancipation

Lui comme nous n’oublions pas que Dieu a libéré les Hébreux de l’esclavage qu’ils subissaient au pays d’Egypte. C’est le sens de notre première lecture qui rappelle comment l’intervention divine a permise au peuple juif de quitter sa condition d’esclave en Egypte pour entamer le chemin de l’émancipation, un chemin qui doit l’amener jusqu’en Terre promise. Nous le savons, ce chemin, l’Exode, ne fut ni court ni facile : pendant 40 ans (raconte la Bible), les Hébreux ont avancé dans le désert, au travers des difficultés, parfois cédant à la tentation de se détourner de Dieu mais recevant aussi son aide dans les moments les plus durs.

Pour nous aussi, le chemin de l’émancipation n’est pas toujours celui de la facilité. Nous connaissons tous dans nos engagements, nos métiers, nos familles, nos relations… des situations qui sont malsaines et parfois entravent notre liberté. Et pourtant nous les maintenons (en gardant notre emploi, certaines relations) parce que c’est plus simple comme ça, qu’en se raisonnant on y trouve des avantages, et que d’ailleurs personne ne peut nous remplacer. A l’inverse, ce à quoi notre Père nous appelle, c’est de choisir le chemin parfois difficile, mais courageux et au final bien plus positif de la sortie de l’esclavage et de l’émancipation. Nous avons tous connu j’en suis sûr ces sorties d’Egypte, dure à vivre mais porteur d’espérance.

Ne pas chercher le pouvoir

Attention cependant à ne pas voir ce chemin comme l’accès à une position de domination. Dieu ne nous libère pas de l’esclavage pour que nous devenions des maîtres mais des serviteurs. C’est ce à quoi nous invite l’exemple de Jésus. De manière non pas contrainte mais pleinement consentie, il se met, juste avant son dernier repas, au service de ses disciples.

A sa suite, nous ne sommes pas appelés à occuper les positions de pouvoir. Nous le proclamons d’ailleurs chaque dimanche quand, à la suite du Notre Père, nous affirmons que c’est à Lui « qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire ». Cette position de service, nous sommes appelés à la vivre dans la simplicité et l’humilité auprès de nos frères, par un don gratuit au service de l’autre.

L’exemple de Jésus ne tait pas les risques

Risque d’incompréhension, comme avec Pierre qui ne peut accepter cette situation. Il veut la contrôler en posant ses conditions et ne s’y résout qu’en pervertissant la relation. Ce que refuse Jésus qui, lui, est attaché à la Vérité dans les rapports humains.

Risque bien plus grave quand celui qui accepte de se mettre au service des autres reçoit en retour leur colère et leur violence. Quelques heures après avoir ceint le vêtement du serviteur, Jésus sera arrêté, condamné, humilié et tué. A notre échelle, dans nos engagements quotidiens, en voulant être au service, nous prenons de face la violence verbale et parfois physique des autres, souvent en souffrance. Et je n’oublie pas ceux qui, il y a 11 ans presque jour pour jour ont payé dans leur chair et parfois de leur vie leur engagement au conseil municipal de Nanterre.[1]

Les textes de ce soir nous montrent que le projet de Dieu est de nous libérer de l’esclavage. Nous libérer non pas pour atteindre une position de domination, mais pour accéder à celle du service, librement consenti et par amour.

NB : Ce texte est la version écrite de la méditation sur les textes que je propose ce soir dans ma paroisse Notre-Dame de la Miséricorde à Nanterre.


[1] Dans la nuit du 26 au 27 avril 2002, qui était également la nuit du mardi au mercredi saint comme cette année, un dément a fait feu à l’issue du conseil municipal. Il a tué 8 élus et blessé une quinzaine d’autre, dont l’auteur de ces lignes. Les curieux pourront trouver des informations sur wikipédia.

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