Extra omnes !

Les cardinaux lisent aussi la "bonne" presse !

Les cardinaux lisent aussi la « bonne » presse !

Il y a quelque chose de choquant, et au final de pathétique, dans ce refus, exprimé par certains dans l’Église, de voir les médias commenter librement la prochaine élection pontificale.

(billet publié initialement sur le blog de René Poujol)

Que la culture religieuse des principales rédactions de la presse et des médias Français soit quasi inexistante est hélas une évidence. D’un simple point de vue professionnel, on comprend mal que des rédactions en chef puissent accepter de leurs collaborateurs une incurie qui, dans le champ du politique, de l’économie ou de l’international, serait jugée inexcusable. Mais c’est ainsi ! La «couverture» d’événements tels l’élection du nouveau pape s’en ressent forcément. Mais est-ce là une raison suffisante pour mettre en accusation toute une profession, délégitimer son droit au commentaire, ironiser sur sa «prétendue prétention» à influer sur le conclave ?

C’est pourtant ce que l’on peut lire ou entendre, ici et là, depuis quelques jours, quitte à rassurer les journalistes des médias chrétiens (1) sur le fait que, bien entendu, ils ne seraient pas visés par cette opprobre. Je trouve ce procès injuste. Nombre de stations de radio et de chaînes de télévision ont pris l’habitude, lors de tels événements, de s’assurer, en tant que «consultants», le concours de journalistes souvent issus des médias chrétiens (2). La presse écrite, de son côté, sait tout autant faire appel aux «experts» dont elle a besoin.

Au travers de ces critiques, on peut avoir le sentiment, désagréable, que se règlent là de vieux contentieux. Comme ce soupçon d’antichristianisme généralisé des médias. La presse non confessionnelle évoque-t-elle la crise du catholicisme contemporain ? La voici aussitôt accusée d’européocentrisme et d’occultation volontaire du dynamisme des jeunes Églises d’Afrique, d’Asie ou l’Amérique Latine. A la faveur de la succession de Benoît XVI, émet-elle l’hypothèse de l’élection d’un pape africain ou latino-américain, pour tenir compte de ces réalités… la voilà suspectée de prétendre imposer au conclave un pape non-occidental ! Comprenne qui pourra !

Un commentateur évoque-t-il la nécessaire prise en compte, par les cardinaux électeurs, de la réalité du monde contemporain sécularisé, le voici doctement invité à revoir son analyse. L’urgence ne serait pas à l’adaptation de l’Église au monde mais à la nouvelle évangélisation… ce que nul ne conteste. Sauf que le Synode qui à l’automne dernier s’est tenu à Rome, sur ce thème précisément, a vu nombre d’intervenants évoquer comme un frein objectif au «retour» de croyants à la pratique, la non prise en compte des métamorphoses des questions aujourd’hui posées à l’Église, notamment dans les domaines de la famille (des familles), de l’éthique sexuelle, du statut des divorcés remariés… Et ce n‘étaient pas là des propos de journalistes antichrétiens, mais d’évêques en situation de responsabilité.

Il est parfaitement légitime, concernant l’actualité religieuse, d’appeler les journalistes à une exigence de rigueur, ou de mettre en débat leurs analyses. Mais cela n’autorise personne à leur contester a priori le droit d’informer et de commenter en toute liberté. A partir de ce qu’ils perçoivent de l’Église, des attentes à son égard de la société ou des catholiques eux-mêmes.

Ce refus d’entendre les médias, ce discrédit porté sur leur travail, cette injonction qui leur est faite de s’en tenir aux seules «paroles autorisés», trahit le sentiment, bien présent dans certains milieux catholiques, que l’Église n’aurait rien à recevoir du «monde» et surtout pas à l’heure de se choisir un nouveau chef. Ce qui est contraire non seulement au «concile virtuel» (et médiatique) de Vatican II, mais tout autant au «concile réel».

Dans le débat suscité par la renonciation de Benoît XVI et la désignation de son successeur, on croirait entendre, à l’adresse des journalistes, le «Extra omnes» (tout le monde dehors) par lequel, dans quelque jours, Mgr Marini signifiera aux non-électeurs de quitter la chapelle Sixtine pour que puisse débuter le conclave. Comme si aujourd’hui, à l’heure où les cardinaux débattent en toute liberté de l’avenir de l’Église, en laissant monter jusqu’à eux la rumeur et l’espérance du monde, certains entendaient les protéger d’une parole médiatique qui prétendrait leur dicter leur choix. C’est tout à la fois absurde, choquant et pathétique !

  1. Lesquels médias chrétiens font d’ailleurs un travail tout à fait remarquable et de grande qualité professionnelle auquel il faut ici rendre hommage.
  2. Ce qui est mon cas, sur RTL.
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