Le Pape renonce, vive le Pape !

Et si la renonciation portait aussi sur ça ? Photo : Mangouste35

Et si la renonciation portait aussi sur ça ? Photo : Mangouste35

Si, depuis Grégoire XII en 1415, aucun pape n’avait renoncé à son pouvoir temporel et spirituel, Benoît XVI, premier pape allemand depuis le XIIème siècle, au pontificat marqué de nombreuses controverses, fait montre aujourd’hui de courage, d’humilité et de grandeur. Une attitude digne et responsable, qui résonne d’une étonnante modernité dans une Église catholique pourtant régulièrement vouée aux gémonies pour ses « conservatismes » et ses « crispations ».

Un exemple à méditer selon l’équipe qui anime notre blog.

Après le long pontificat de Jean-Paul II, l’élection, en 2005, de Joseph Alois, Cardinal Ratzinger, avait semblé confirmer les réticences de l’Église catholique à appréhender les défis du monde moderne. Mais le pouvait-elle, écrasée qu’elle était par la personnalité charismatique de « l’Athlète de Dieu » ? Benoît XVI pouvait-il dès lors être autre chose qu’un pape de transition ?

Un conclave de cardinaux âgés avait élu, inspiré par l’Esprit Saint, un professeur de théologie hors pair, ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi. Les chrétiens de gauche préféraient conserver de lui l’image, déjà ancienne il est vrai, de  l’aimable et dynamique conseiller théologique de l’archevêque de Cologne lors du concile de Vatican II, avant qu’il ne devienne un prélat romain engagé dans la politique conservatrice de Jean Paul II, comme en témoignent les débats qui l’ont opposé à son « antithèse », le théologien Hans Küng.

Pape courage

Ce sont finalement plus les conditions d’arrivée au pouvoir de Benoît XVI qui handicapèrent le nouveau pape : l’âge révolu qu’incarnait son élection, notre monde dit moderne ne pouvait plus le voir et l’accepter. La victoire provisoire mais illusoire des partisans du « droit aux droits » enterrait déjà sous des tonneaux d’eau bénite politiquement correcte des rites, des coutumes et des traditions (« horresco referens » !) auxquels plus de catholiques qu’on ne croit sont attachés.

Mais est-ce là vraiment l’essentiel ? Pour nous, chrétiens de gauche, Benoît XVI restera surtout celui qui réaffirma, face aux intégristes, que l’héritage de Vatican II restait une « boussole » pour l’Église, à l’aube du XXIe siècle. Même s’il nous semblait faire une lecture réductrice du Concile, en mettant l’accent sur une « herméneutique de la continuité » là où Vatican II est objectivement en rupture avec la pensée « de condamnation » du Syllabus qui marqua de son empreinte le 1er concile du Vatican.  

Beaucoup parmi nous ont aussi été profondément marqués par l’exigence de ce pape à concilier Foi et Raison. Une articulation difficile mais, un moyen sûr de contrer définitivement l’argumentation des disciples de Mgr Lefebvre. Une façon de les placer résolument face au monde réel qui les entoure, lequel ne changera pas sous leurs injonctions totalitaires.

Enfin, les chrétiens de gauche que nous sommes ne peuvent pas rester insensibles à la dénonciation calme mais résolue et argumentée des injustices sociales et des dérives du libéralisme économique, une parole souvent minimisée voire occultée par les médias du seul fait qu’elle émanait du chef de l’Église catholique, présumé conservateur. Et pourtant, quelle force dans l’écriture de son encyclique « Caritas in veritate » !

Dimension très importante et à contre-courant, dans une société qui recherche la perfection et la performance au mépris de l’importance de la qualité humaine. Cette remarque nous dit quelque chose de la vision de l’Homme chez Benoît XVI. Cette vision, nous pouvons également en avoir un aperçu dans l’amnistie offerte à son majordome. Benoit XVI a conscience de la fragilité humaine et des erreurs que chacun peut commettre. En cela, il fait penser à la fameuse phrase de Saint Augustin « détester amèrement le péché ; aimer passionnément le pécheur ».

Il y eut sans doute des maladresses, des erreurs de communication, des incompréhensions. La « controverse de Ratisbonne » en est un bon exemple interprétée comme la mise en cause de racines « violentes » à l’origine même de l’islam.  Les médias l’ont dévoré. Grand intellectuel, ouvert à la « disputatio », peut-être le tort de Benoît XVI a-t-il été en maintes circonstances d’oublier qu’il n’était plus professeur de théologie, mais « pape » et que le temps de l’approfondissement, de la réflexion, de la confrontation, n’était pas le temps médiatique, qu’il lui fallait pourtant sans cesse maîtriser.

Et maintenant ?

Si l’Église entend témoigner du visage de Dieu, le pape se doit d’assumer dans la confiance, sa part d’une humanité en profond bouleversement, qui attend d’elle qu’elle ouvre grandes les portes de la fraternité, et assume sans complexe ni condescendance sa place de religion du dialogue et de la main tendue, sereine et décomplexée.  Nul ne demande à la papauté d’être dans le vent, cette ambition de feuille morte, selon l’expression de Gustave Thibon. Si l’Église est vivante, et si elle accepte de se convertir, dans la mesure du possible, à la part de l’Autre, alors l’espérance sera sauve, et la foi dans l’Homme, intacte.

L’Église doit donc garder le cap, et rester le repère essentiel qu’elle a toujours été. Panzer cardinal : ce n’était pas qu’un jeu de mots pathétique sur sa jeunesse, mais peut-être l’expression d’un dynamisme et d’une énergie rares au service de Dieu. Sans doute, par trop de conservatisme, en matière de morale sexuelle et conjugale ou de discipline ecclésiastique, ne fut-il pas le « pape de nos rêves », mais il ne fut jamais celui de nos cauchemars. Nous lui reconnaissons une humilité rare et sincère, lui qui disait : « je suis un humble serviteur dans la vigne du Seigneur ».

Ainsi, l’homme qui aimait le piano se retire donc, et entend se consacrer à la prière et au travail intellectuel, quand tant d’autres s’accrocheront avidement à leur pouvoir ou à leurs privilèges. Son geste, rare, courageux, et, d’une certaine manière, prophétique, crée un précédent extraordinaire en notre siècle. Sa décision devrait, en tout cas, interroger les catholiques et l’ensemble des sociétés sur le rapport au pouvoir et aux responsabilités : car c’est bien la capacité à gérer la « barque de Pierre » qui est aujourd’hui en cause, et son mode de gouvernance. Une interrogation incontournable lors du prochain concile ? Puisse sa courageuse « renonciation » inspirer en tout cas ceux qui, de par le monde, guident peuples et nations, et montrer l’exemple à suivre… Nos prières accompagnent déjà son successeur.

Texte publié au nom des animateurs du blog

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3 réflexions au sujet de « Le Pape renonce, vive le Pape ! »

  1. Le titre de La Vie est provocateur, mais l’article est très bien. On voit bien que les termes issus de la science politique (« de gauche » ou « de droite ») n’ont guère de sens. On pourrait dire que Sa Sainteté était simultanément les deux. De droite quand il s’oppose au snobisme progressiste d’une petite élite intellectuelle au sein du catholicisme, de gauche quand il dénonce la dérive de la société occidentale basée sur la folie de l’argent. Au fond ces termes sont impuissants à décrire ce que recouvre la Doctrine sociale de l’Église.

  2. Ping : Quand Benoît redevient Joseph « Le Petitchose

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