Un mariage, combien de répliques ?

On peut le regretter, mais le mariage homosexuel occupe largement le débat public depuis des semaines. Au-delà du sain et nécessaire échange d’arguments, on observe des tentations de récupération et d’instrumentalisation, soit autant de « répliques » au sens sismique du terme. Aussi, je voudrai ici prendre du recul avec l’objet du débat pour observer comment autour de cette question symbolique, certains sont tentés de rejouer la guerre des deux France. Une dérive que nous pouvons tenter d’empêcher.

Des chrétiens de gauche dans les manifs de janvier 2013 sur le mariage

La question du mariage homosexuel est de l’ordre du symbolique car, de l’aveu même de ses partisans, il n’y en a guère que quelques milliers qui pourraient être célébrés à court terme ; on est bien loin des millions d’enfants concernés par les débats autour de l’enseignement privé. Elle mobilise cependant des masses presque aussi considérables : plus d’un million de manifestants en 1984 pour défendre le privé ; un peu moins en 1994 contre une réforme de la loi Falloux (et pour l’école publique) ; à peu près autant en janvier 2013 contre le mariage homosexuel.

Le succès d’une vision simpliste du sujet

Il serait si simple de considérer qu’il s’agit d’une mesure promue par la gauche progressiste/libertaire (choisissez le terme) face à une droite réactionnaire, défendant la famille. Et les catholiques, fidèles à la position traditionnelle du magistère, tiendraient tous la seconde position. Bref, une bonne vieille opposition « républicain laïc de gauche » contre « conservateur catholique de droite », comme à la fin du XIXe s.

Cette vision tend à être trop facilement reprise par les médias (et une partie de la population), quitte à opposer les « gentils » homosexuels aux hordes religieuses réactionnaires. Or, les anathèmes fusent des deux côtés, même si on trouve aussi beaucoup d’intervenants aux propos mesurés. Aux délires de Civitas répondent les excès de certains membres de l’inter-LGBT. On peut citer l’exemple de l’association SOS homophobie qui s’est vue retirer son agrément par l’Éducation Nationale pour des propos plus proches de la caricature précitée que du discours nuancé que nous devons proposer aux élèves [1]. Dans le camp d’en face, le point godwin a été atteint par Xavier Bongibault lorsqu’il a fait un lien entre François Hollande et le chef de l’Allemagne nazie [2].

La réalité est pourtant beaucoup plus complexe, comme on l’a montré dans ces pages : on peut être chrétien et accepter le mariage gay (Sur le mariage, l’Église aussi est diverse), ou aussi être de gauche sans soutenir le projet (Pour un débat sur l’essentiel, un appel de croyants de gauche). Pour éviter les clivages simplistes, redonner à la situation sa complexité et donc sa profondeur, notre existence de chrétiens de gauche est essentiel. Nos amis de Témoignage Chrétien l’ont compris : malgré la prise de position explicite de sa direction, le journal ouvre ses colonnes à la diversité de positions exprimées dans son lectorat (à l’exemple de cette tribune de René Poujol).

Un débat et des thématiques instrumentalisés

Pourtant, certains mouvements politiques essaient d’instrumentaliser cette thématique pour rétablir le bon vieux blocage idéologique qui attachait les catholiques à la Droite. Ne soyons pas surpris, la manœuvre avait déjà commencé pendant la campagne présidentielle, quand des messages circulaient pour alerter les « bons » catholiques sur les propositions sociétales de François Hollande et les dissuader de voter pour lui. Ils oubliaient qu’un programme politique et nos critères de choix électoraux sont (heureusement) loin de se limiter à ces sujets.

Ce qui est plus inquiétant, c’est que les mêmes tentent de faire déborder la polémique sur un autre terrain, hier propice à de belles empoignades gauche/droite : la question scolaire. Profitant d’évidentes maladresses de l’enseignement catholique (la lettre du Secrétariat général de l’enseignement catholique ou certaines initiatives locales) et d’une réaction ferme (et peut-être un peu surjouée) du gouvernement, des ténors UMP veulent à l’évidence relancer la guerre scolaire :  le gouvernement socialiste (on ne dit plus socialo-communiste) voudrait brimer l’école privée. Mais quand les amis de Christine Boutin invoquent le caractère propre de l’enseignement catholique, ils oublient que seuls 10% des parents l’ont choisi pour des raisons religieuses. Et que tous (parents, élèves, enseignants) savent que l’enseignement, même privé, doit respecter d’abord ses missions de service public et non devenir la courroie de transmission d’une idéologie, fut-elle celle du magistère.

De son côté, la Gauche n’est pas non plus toujours innocente, comme lorsque Cécile Duflot met en cause l’Église sur la question du mal-logement, comme le soulignait l’article de François Mandil. Comment interpréter la phrase de la ministre, pourtant ex-jociste, sinon comme une provocation politicienne ? Ce n’était sans doute pas son propos, mais sa reprise médiatique tendait à ranger l’Église catholique au même niveau que les riches propriétaires et le grand capital, et donc à en faire un adversaire de la Gauche. Malgré les divergences sur le mariage homosexuel, le gouvernement était pourtant bien content, quelques jours après, de trouver toutes les associations caritatives chrétiennes (en droit ou d’inspiration) pour participer à sa conférence sur la pauvreté.

S’il est sain de réactiver et donner du sens au clivage gauche/droite, nous sommes convaincus que cela passe par un débat assumé sur de vraies questions et non par des polémiques. Rallumer artificiellement le clivage laïc/catholique serait rendre un bien mauvais service à notre société en crise. Empêcher la droite (et aussi un peu la gauche) de jouer aux pyromanes est pour nous, chrétiens de gauche, une mission noble.


[1] La décision a été prise par un tribunal administratif sur plainte des associations familiales catholiques (AFC) et rend l’intervention de SOS homophobie en milieu scolaire possible mais dans un cadre plus compliqué. A force de défendre l’homosexualité, le discours de l’association assimilait à de l’homophobie toute position différente de la sienne et aboutissait à nier à ses contradicteurs le droit de s’exprimer publiquement.

[2] On désigne par « point godwin » le moment où, dans un débat, apparaissent des comparaisons impliquant les nazis ou Hitler. Remplacer ainsi les arguments par des analogies extrêmes est souvent un aveu d’échec de la discussion.

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21 réflexions au sujet de « Un mariage, combien de répliques ? »

  1. « quand des messages circulaient pour alerter les « bons » catholiques sur les propositions sociétales de François Hollande et les dissuader de voter pour lui. Ils oubliaient qu’un programme politique et nos critères de choix électoraux sont (heureusement) loin de se limiter à ces sujets. » =>Peut être, mais le pouvoir en place se cache justement derrière ce « les français ont voté pour ce programme, ràf qu’ils râlent maintenant, ràf du débat, puisqu’il a eu lieu pendant la campagne présidentielle »… Combien m’ont répondu à l’époque « ah oui, mais bon, tout sauf Sarko, au moins on n’aura pas un président qui divise » (là, je pleure…)

    • Les bons catholiques comme vous dites étaient parfaitement avisés des projets « sociétaux » de François Hollande. Simplement ils ont considéré que ce n’était pas là le tout de son programme et que d’autres aspects entrainaient leur adhésion… Nous nous sommes battus contre ce projet qui, soit dit entre nous, aurait surgi un jour ou l’autre d’un gouvernement de droite tant il est dans l’air du temps. Nous avons perdu ! Point !

    • C’est vrai que le PS s’abrite beaucoup derrière cet argument (les français ont voté pour nous). Je le regrette sincèrement, d’autant qu’il ne fait pas l’unanimité au sein même du parti, notamment parmi ceux qui sont comme moi convaincu de l’importance du dialogue social.
      Reste qu’un débat a quand même eu lieu (un peu désordonné certes), et que l’argument pourra être retourné lorsqu’il va s’agir de la PMA, qui ne figurait pas dans les propositions de Hollande.

  2. Bonjour, vous écrivez « Empêcher la droite (et aussi un peu la gauche) de jouer aux pyromanes est pour nous, chrétiens de gauche, une mission noble. », mais en tant que « chrétiens de gauche », n’est-ce pas essentiellement sur la gauche que vous pouvez/devriez agir ?

    • C’est ce que nous tentons de faire, mais en constatant que les chrétiens ont à ce point déserté le terrain du politique depuis longtemps, pour le champ de la solidarité et du caritatif, que tout reste à reconstruire !

    • Notre positionnement de chrétiens de gauche vise justement à montrer que les clivages ne se recoupe pas : gauche.droite, chrétien/laïc, pro/anti mariage homo. Notre société est complexe, ses clivages aussi, et c’est seulement par le débat qu’on peut avancer, pas dans des oppositions artificielles (risque que je dénonce).

  3. et bien je suis scandalisé des propos homophobes,comme sur le blog de la croix d’isabelle gauldymn des personnes qui ecrivent que le mariage gay est un mariage ogm. je suis scandalisé de l »attitude de l’eglise sauf l’aco qui as envoyé une letttre aux eveques. on est au 21siecle et cela ressemble par des propos de l’eglise a l’inquisition ou a torquemada l’inquisiteur dominicain ou vas t-on

    • Je ne suis pas sûr qu’il n’y ait pas une pointe d’exagération dans le propos. Mais c’est votre droit. Dites-moi simplement en quoi un pacs amélioré (sous forme d’union civile) dont se satisfont sans complexe les homosexuels d’une dizaine de pays européens aurait été une insulte, une injure, un manque de respect pour les homosexuels Français !

    • Pff, et vous n’êtes pas scandalisée par les hystériques anti-chrétiennes aux seins nus ? Allez donc faire un tour sur leur page d’accueil et vous verrez notamment une photo assez sanglante ou l’on voit une faucille et le reste à découvrir : http://femen.org/en
      Les cathos de gauche me font rigoler en pactisant avec les ennemis du christianisme.

      • erreur je n’aime pas l’outrance,et en particulier celle là

      • Les « cathos de gauche qui pactisent avec les ennemis du christianisme » ? Vous ne vous sentez pas un peu dans l’exagération, voire la diffamation, là ?

  4.  » Ils oubliaient qu’un programme politique et nos critères de choix électoraux sont (heureusement) loin de se limiter à ces sujets. »

    => quelle originalité dans la politique actuellement menée par Hollande, sinon dans la casse sociétale destinée à masquer son incapacité à agir dans les champs économique et social ?

    • Si je peux regretter l’action trop limité du gouvernement en matière économique et sociale, il n’est pas immobile. La réforme de l’école par exemple est à rebours de la politique de Sarkozy, et elle ne susciterait pas tant d’oppositions si elle était vide. Le projet de loi bancaire a le mérite d’exister bien que critiquable.
      Et je suis certain que beaucoup de socialistes sont (malheureusement) convaincu sincèrement du bien-fondé de leur mesures sociétales, qu’ils ne voient pas comme une « casse » mais un progrès.
      Je suis quand même d’accord sur le fait que ces mesures servent aussi à masquer les difficultés économiques et sociales.

  5. Vous dénaturez les motifs de la décision de justice concernant SOS homophobie. La cour s’est abstenue de juger de la pertinence des idées de SOS homophobie. Ce que devait apprécier la cour, c’était si les contenus proposés par l’association enfreignaient le principe de neutralité (ce que l’on résume parfois par « pas de politique à l’école »). C’est un principe de protection des enfants des querelles politiques des adultes. C’est drôle que vous soyez prof et que vous ne sachiez pas cela.

    • Militant d’un syndicat très engagé dans la lutte contre l’homophobie, j’ai eu justement en main la décision de justice. Pas plus que la cour, je ne juge la pertinence des idées de SOS homophobie mais la façon dont ils les avancent. Vous semblez convenir que leur présentation face aux élèves ne respectait pas le principe de neutralité.
      Je suis attaché au caractère de neutralité des échanges dans le cadre scolaire. Il n’est pas normal que quelqu’un se pose en en détenteur d’une vérité à transmettre aux élèves sans l’interroger, que ce quelqu’un soit SOS homophobie, la hiérarchie de l’enseignement catholique ou même simplement un enseignant.
      Mon explication dans cet article est peut-être un peu rapide (elle visait juste à montrer qu’on avait des excès des deux côtés) mais vous pouvez la compléter.

      Comme complément iconographique, je vous livre une photo (illustrant un article du monde : http://s1.lemde.fr/image/2013/01/16/534×267/1817940_3_5dd8_nicolas-martin-militant-et-fondateur-du_359b4054776c2599e096d99e05dad42c.jpg) du fondateur des « OUTragés de la République », dont la pancarte (« silence les curés ») est tout sauf une invitation à un débat démocratique. Dommage.

  6. Pour que l’on évite de penser , ils ont trouvé un moyen : vous êtes homophobe.
    Toute personne qui s’interroge sur la dénaturation du mariage voulue par le gouvernement est homophobe.
    Dire qu’un couple homme-femme , c’est différent d’une paire homme-homme ou femme-femme, c’es être homophobe. Distinguer les comportements c’est être homophobe. Dire que l’homosexualité est une déviance de l’orientation sexuelle c’est homophobe, dire que l’on a une orientation sexuelle normale , idem.
    On ne peut plus penser, parler , au sujet de la sexualité, dès lors que l’on parle normalité ou anormalité d’une orientation sexuelle, dès lors que l’on parle mariage.

    • L’accusation d’homophobie est souvent l’argument massue utilisé pour clore les débats. Et je vous rejoind sur le fait que qualifier de « normale » ou « anormale » une orientation sexuelle est justifié, mais à condition de prendre l’expression dans son sens étymologique. Ce genre de formule est, dans nos sociétés, trop souvent connotés d’un jugement de valeur que peuvent difficilement accepter les homosexuels et leurs défenseurs. C’est compréhensible compte-tenu de la répression qu’ils ont longtemps subie. Difficile après cela de faire entendre une position ouverte et respectueuse de tous les choix de vie, même s’ils ne peuvent avoir des droits strictement identiques.

      • de quel droit empeche t-on les personnes de s’aimer
        de quel droit nous sommes en pays laique un point c’est tout!

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