Valls avec la laïcité

Tout le monde a loué l’ode à la laïcité chantée par Manuel Valls lors de l’inauguration de la Grande mosquée de Strasbourg, jeudi 27 septembre. Si le poste de ministre de l’intérieur en fait un modèle imposé, l’ancien maire d’Évry a fait très fort. Florilège : « La laïcité n’est pas la négation de la religion. Au contraire, elle est acceptation et ouverture. Elle est protection et tolérance. (…) La laïcité n’est pas un dogme, c’est un principe, une méthode. (…) La laïcité est notre bien commun ; elle est notre trésor ».

M. Valls apprécie, sachons-le, les musulmans. « Ici, en Alsace, et partout ailleurs en France, les musulmans font preuve d’un dynamisme indéniable. » Il les estime tellement, eux qui ont su rester calmes après les polémiques récentes, qu’il leur accorderait même toute sa confiance pour trouver leur place. « Il appartient aux seuls musulmans de France de définir quel doit être le destin de l’Islam de France. » (1)

Tout va donc pour leur mieux… si on s’arrête là du discours ministériel.

Les observateurs se sont attardés sur sa fermeté, attendue, envers « les prédicateurs de haine, les partisans de l’obscurantisme, les intégristes, ceux qui veulent s’en prendre à nos valeurs et à nos institutions... ». Qu’ils tremblent, car « la République sera intransigeante avec ceux qui entendent la contester et je n’hésiterai pas à faire expulser ceux qui se réclament de l’islam et représentent une menace grave pour l’ordre public et qui, étrangers dans notre pays, ne respectent pas nos lois et nos valeurs ».

 On partage ses propos. On peut simplement remarquer qu’ils n’ont rien à voir avec la question religieuse ou la laïcité et ne concernent pas le ministre en charge des cultes. La question relève du responsable de l’ordre publique, casquette première de M. Valls. Car il ne fustige pas ici des croyants mais des gens qui « contestent la République » et « ne respectent pas nos lois et nos valeurs ». Et, en étant un peu cynique, on pourrait loger dans cette catégorie infamante bien des gens qui vénèrent moins le Dieu de l’islam que Mamon et que l’on trouve sans doute autant dans les tours de la Défense à calculer leurs taux de rentabilité en cas de licenciements massifs que dans les caves de nos banlieues.

 Mais revenons au discours de M. Valls et aux musulmans de France en qui il a tant confiance. Tellement qu’après les avoir priés de « définir (…) leur destin », il va leur expliquer comment il entend que les choses se passent. À l’image de tous ses prédécesseurs de la Place Beauveau, depuis que Jean-Pierre Chevènement a entrepris de mettre en place un système de représentation nationale des musulmans du pays. Et le ton change. Fini le concert de louange initial.

 « Il est temps que l’Islam de France prenne ses responsabilités et s’organise pour traiter avec l’État les vrais problèmes : financement des lieux de cultes, formation des imams et des aumôniers, alors que l’islam radical prospère dans nos prisons, gestion du pèlerinage à la Mecque… » Certes le Conseil français du culte musulman (CFCM) n’est pas un modèle, loin de là. Mais le jugement est sans appel ni mansuétude. En fait, si on écoute plus avant, il est moins question pour les destinataires du message de « s’organiser » que de répondre aux exigences du ministre. « Mon horizon est clair », dit-il avec autorité, : je veux des aumôniers français, des imams français, des financements français »

 Nous y voilà. Un islam de France n’est concevable qu’avec des cadres et des chèques nationaux. Quand on connaît l’histoire de l’implantation de cette religion en France, la demande est tout simplement intenable. Sans financements publiques (hors zone concordataire), une communauté de fidèles sans grande ressource ne possède que deux choix : pratiquer dans les caves ou appeler des coreligionnaire étrangers, plus fortunés… et aux intentions parfois malveillantes. Le débat n’est pas nouveau. Quand à la formation des imams, la puissance publique est la seule alternative pour éviter les centres d’enseignements douteux du Maghreb ou de la péninsule arabique.

 Imaginons un instant cette même exigence portée auprès d’autres traditions religieuses. M. Valls est-il prêt à aller devant nos évêques catholiques en exigeant des « prêtres français », alors que 10% d’entre eux viennent d’Afrique, d’Asie ou de Pologne. Est-il disposé à se rendre devant le Grand rabbinat en exigeant qu’aucun officiant israélite ne dispose d’un passeport étranger ? Sait-il d’où sont originaires nombre de rabbins libéraux exerçant en France et où ils (ou elles) ont été formé(e)s ? Oui, car il est bien renseigné. Simplement, ces croyants étrangers là ne le dérangent pas.

 On retrouve ici le même principe deux poids deux mesures que lors de son discours à la grande synagogue de la Victoire pour le Nouvel an juif, le 23 septembre. Affirmant sous les acclamations que les hommes juifs pouvaient « fièrement porter la kippa », M. Valls a oublié, l’étourdi, de défendre également le droit pour les musulmanes de se voiler les cheveux, pratique pareillement contestée par Marine Le Pen (2). Kippas et soutanes oui, hijab non ?

 « La République tend la main. C’est à l’Islam d’aller avec confiance vers la République », a continué le ministre à Strasbourg. Il va en falloir de la confiance pour les musulmans de France, si bien accueillis par cette République.

  (1) Jeu. Dans la phrase suivante, comptez combien de fois le ministre, évoquant la nouvelle mosquée, emploie le mot France : « Oui, l’Islam a toute sa place en France, car l’Islam de France, c’est aussi la France ! ». Le ministre cite notre pays pas moins de 34 fois dans son discours.

 (2). Celle-là même qui « fait mal à la France », dixit le ministre.

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2 réflexions au sujet de « Valls avec la laïcité »

  1. Il mélange tellement les genres (ouverture et paternalisme, en charge des cultes et en charge de l’ordre public, tolérance et amalgame « musulman=étranger ») qu’il fait un beau copié-collé de ses prédécesseurs : je vois mal comment, et sur la base de quelle loi, l’intégrisme pourrait être un critère d’expulsion. Loin de moi l’idée d’une tendresse pour les intégristes. Mais un petit rappel sur les amalgames (racistes, et islamophobes) qui sous-tendent ces discours. Et un petit rappel sur l’égalité de tous devant la loi en régime démocratique. A moins qu’on ne déchoie de la nationalité française les intégristes catholiques, juifs… et athées, tous ceux qui ne pensent pas selon les idées du pouvoir en place – bref, on pourrait rétablit le crime de pensée, et le crime politique.

  2. Oui, il faut craindre le retour à un « délit de blasphème » qui est une exigence des intégristes à l’intérieur de la République (Judéo-Chrétiens-musulmans) et à l’extérieur. Ce qui est en jeu dans le délit de blasphème c’est la menace de la démocratie et nous n’en sommes pas à l’abri, soyons vigilants. Déchoir les intégristes de la nationalité française est un leurre mais peut être pourrait-on leur enlever leurs droits civiques car la pensée intégriste est une pensée imposée qui nie la conscience personnelle, elle est doctrinaire fixe sans changement possible ni dynamique, mais surtout elle est erronée car elle sert un pouvoir temporel politique non divin : l’enfer.

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