Pour une Eglise au coeur du monde

Eglise et Mairie de Foussais-Payré (Vendée)La France connait depuis quelques années une baisse de la fréquentation de ses églises et des sacrements. Devant cette juste inquiétude, les évêques de France ont demandé en novembre 2008 à Mgr Dagens, académicien et évêque d’Angoulême d’animer un groupe de travail. Ses travaux ont été présentés lors de l’Assemblée plénière de novembre 2009 puis publiés.  C’est avec un regard croyant  (de gauche), peut être trop, que je vous propose cette relecture de ce  texte.

Ce document Indifférence religieuse, visibilité de l’Église et évangélisation, a la saveur de l’Évangile, d’une Bonne Nouvelle. Il ne cède pas à la facilité en prônant des idées simples voire même simpliste, il prend racine dans la Tradition de l’Église pour y trouver les ressources nécessaires pour annoncer l’Évangile aujourd’hui.

Un message d’Espérance

Ce qui me frappe tout d’abord est ce message d’Espérance, et non de résignation qui parcourt ce texte. Il n’y a pas de démission, de remise à une fatalité mais bien un appel à entendre ce que le Christ désire nous faire saisir au cœur même des épreuves que connaît l’Église. Il s’agit de se réapproprier La Parole, qui doit être le centre de notre vie chrétienne. Cette Parole nous clame la fidélité de notre Dieu qui tient promesse de présence au milieu de nous.

Aussi, il ne s’agit pas non plus de nous réfugier dans « ce qui marchait hier » mais de témoigner de ce qui fait « l’être » chrétien grâce au mystère pascal, cœur de notre foi. C’est véritablement ce témoignage qui pourra donner le goût de l’Autre. Nous avons tendance, peut-être, à rétorquer que ce qui fait obstacle à ce témoignage, c’est l’Église. Ce peut-être vrai, mais à condition de ne pas comprendre, intérieurement, ce qu’est l’Église.

Entrer en résistance contre toutes ces petites morts

Un autre marqueur essentiel de ce texte est la redéfinition de ce qu’est l’Eglise. Ce n’est pas d’abord une institution mais le sacrement de Dieu. Ce signe visible qui témoigne de l’Amour et de la confiance indéfectible de Dieu pour chacun de nous. Par le don de son Fils et de l’Esprit Saint, Il vient nous donner mission de L’annoncer au Monde. C’est en puisant à la source de ce don que nous serons force de transformation à la fois pour le monde, mais de notre propre vie.

Ce document confesse, avec humilité, la fragilité de l’homme et sa capacité d’être blessé et de blesser. De même, il atteste de cette présence insondable du mal en nos vies, bien qu’il fût anéanti par le sacrifice du Christ. Une fois, encore, loin de donner des réponses toute faites, il invite à poser notre regard et à se poser devant l’essentiel, le Christ. Etre Chrétien ne donne pas la réponse à cette question du mal mais permet de la traverser, avec un compagnon de route, le Christ. La croix doit nous donner de comprendre que cet instrument de supplice est devenu, par le Christ, un instrument de salut. Sur la croix, il a adressé à ses bourreaux, un message de pardon. A nous de nous plonger dans cette capacité de pardon, de nous unir au Christ pour vivre de son pardon. Ce texte nous invite à ne pas nous résigner à la puissance du mal mais à le combattre. Le quotidien est notre champs de bataille, pour illustrer cela, ce document nous donne pour exemple Charles de Foucauld ou Madeleine Delbrël qui vivait de la « pastorale de la bonté ».

Associée à celle-là nous sommes aussi invités à vivre une pastorale de l’espérance qui est indissociable de la bonté. Avec force, les rédacteurs de ce document nous invitent à entrer en résistance contre toutes ces petites morts que nous pouvons semer au quotidien. Être chrétien c’est demeurer résolument dans ces deux dynamiques, la bonté et l’espérance, qui sont, elles-mêmes, les attitudes fondamentales du Père, envers chacun de nous.

Compagnonnage et interrogations

Ce texte pose, ensuite, les questions de transmission de la foi au regard de cette indifférence qui semble se faire jour, de plus en plus, en France. Il s’interroge sur le fait que cette indifférence est peut-être due à une méconnaissance de ce qu’est le Christianisme. Les médias jouent ici un rôle majeur en montrant, trop souvent, une face organique du catholicisme incarnée par le Pape ou des déclarations hiérarchiques, parfois mal commentées ou mal expliquées voire tirées de leur contexte.

L’originalité de ce texte consiste à comprendre et à trouver des lieux d’action au cœur même de cette indifférence. Pour autant, il ne cache pas la blessure, l’interrogation de ceux qui ont toujours connu la foi ou de ceux chargés de la transmettre d’une manière spécifique (prêtres, catéchistes etc.). A y regarder attentivement, nous pouvons saisir que cette annonce se fait d’une manière autre aujourd’hui, peut-être plus dans un compagnonnage à l’occasion de visite institutionnelle à l’Église et des interrogations de croyants.

Ce texte nous invite à nous réjouir de ces personnes qui viennent demander le baptême, un sacrement pour eux ou leurs enfants, organiser des funérailles chrétiennes… Ce sont des passerelles qui, loin de n’être totalement que des rites de passages, sont des lieux où il est possible d’entendre quelque chose de l’Évangile mais aussi d’une Église qui écoute et accueille. Pour autant, elle est présente également au cœur du monde, dans la multitude des engagements des chrétiens. Ce document invite fortement à ne pas dissocier ce qui serait présence au monde par l’action et une dimension, à proprement parler cultuelle. Les deux sont à lier et à vivre ensemble puisqu’elles s’interpellent mutuellement.

Ne pas radicaliser notre identité de croyant

Dans cette présence au monde, nous sommes vivement invités à ne pas radicaliser, ni même minimiser notre identité de croyant. Nous le sommes et cela suffit oserais-je dire. Cela suffit si nous vivons en cohérence avec ce que cette identité contient. En même temps se dire catholique et le vivre suppose quelques attitudes fondamentales.

Tout d’abord le texte insiste sur le lien avec la Parole de Dieu, ce n’est pas seulement un texte pieux mais une dynamique qui doit nous nourrir et nous dire qui est Dieu. La Parole est aussi le Pain pour la route, ce qui nous fait rencontrer Dieu et nous fait sentir et goûter intérieurement sa présence en notre vie et en notre monde. Aussi, il n’est pas possible de croire en Christ sans avoir le désir que d’autres partagent cette joie, cette découverte. Découverte qui passe par le mystère pascal et donc, par le combat contre le péché, qui laisse la part belle au mal dans notre vie et dans notre monde, même s’il est vaincu d’une manière définitive par le sacrifice de la croix.

Etre catholique n’est pas qu’une proclamation de foi et un engagement au cœur du monde, c’est aussi appartenir à un corps social qui est l’Église, à une communauté de croyants qui se rassemble au nom, justement, de cette foi dans le nom de ce Dieu, Père-Fils-Esprit Saint. Cette appartenance pose question aujourd’hui où se multiplient les occasions de faire des expériences spirituelles dans tant de lieux.

Cependant, le lieu majeur où se fonde cette appartenance est la célébration des sacrements qui marquent et jalonnent la vie des croyants. Cela ne suffit pas à comprendre la nature même de l’Église, « signe et un moyen d’opérer l’union intime avec Dieu et l’unité de tout le genre humain » (Concile Vatican II, Lumen Gentium n°1).

Ce document du « groupe de travail Dagens » nous en parle comme le lieu où se mûrit « l’appel gratuit à devenir disciple » dans ce qui fait notre quotidien le plus banal. C’est le lieu où peut se comprendre et se faire sentir la fidélité de Dieu qui se dit en notre vie. C’est aussi le lieu qui nous fait devenir missionnaires. Être chrétien, catholique, c’est oser affirmer sa foi dans sa vie, sans prosélytisme pour autant. Il y a tant de lieux de combats pour la dignité et le respect de l’homme dans la société où l’enracinement chrétien à des choses à dire (bioéthique, engagement social…). Aussi, dans ce témoignage nous avons à rendre compte de notre foi et de la manière dont elle nous fait vivre.

L’Eglise, comme corps constitué, souffre parfois d’une visibilité réductrice et amputée de sa nature même. Il est dangereux de ne la présenter qu’au travers de positions, d’annonces. Avant toute chose elle est une assemblée de croyants envoyés au coeur du monde pour annoncer l’insondable mystère de l’amour de Dieu pour chaque homme. Sa visibilité n’est que parce qu’elle se rassemble au nom d’un Autre, autour de sa Parole et des signes visibles de sa présence (sacrements). Il est dangereux d’appliquer la loi du nombre. Ce n’est par parce qu’il y a pléthore qu’il y a Église, c’est parce que des croyants sont rassemblés en son nom que l’Eglise se manifeste. Notre foi, notre appartenance à l’Église nous appelle à rejoindre le monde, comme en ambassade pour le Christ. Une présence, cette attention que nous portons au monde et à l’autre sont le signe de cette attention, de cette présence que Dieu a choisi de manifester à l’humanité par l’incarnation de son fils.

Ce document insiste aussi sur l’unité de vie. Nous avons à relier nos engagements, notre présence au monde, notre quotidien à ce que nous célébrons et proclamons en Église. Une relecture de notre action, à la lumière de la Parole de Dieu, peut nous aider à y voir les traces de Dieu et à puiser, dans les sacrements, et spécialement dans celui de l’Eucharistie, la force et le discernement nécessaires pour continuer.

Fraternité même dans la diversité d’opinion

Ce texte nous invite à devenir de véritables témoins du Christ mus par un amour de l’échange notamment avec ceux qui ne partagent pas forcément notre foi ou qui ne la comprennent pas. Il ne s’agit pas de convaincre, mais d’expliquer, de rendre compte en se mettant à l’écoute de ce que l’autre a à me dire dans ce dialogue entrepris, véritable, ouvert et confiant. Dans ce dialogue, il faut compter également sur la présence de l’Esprit Saint qui en fera une véritable expérience spirituelle.

Ce témoignage, cette présence au monde ne peut pas se contenter de la simple générosité, la formation est importante. Comprendre ce que nous proclamons, d’où nous venons peut être utile pour enraciner nos engagements dans la foi, dans le nom de Celui qui nous appelle à la vie et à la mission. De même, il ne faut pas négliger la prière, la rencontre intime avec Dieu. C’est le lieu pour reprendre souffle et pour entendre les appels que Dieu nous fait. Cette prière peut être personnelle mais aussi communautaire. Inviter à faire silence pour entrer en dialogue avec le Père peut être une manière aussi de l’annoncer.

Ce document nous invite à construire une véritable fraternité même dans la diversité d’opinion. Nous sommes invités à accepter la différence de l’autre et à vivre de ce pardon du Christ sur la croix. Là réside, aussi, la vitalité d’une communauté, dans la capacité à pardonner.

Ce texte mérite vraiment d’être lu et travaillé. Il n’est pas une somme de choses à faire pour que la foi soit présente au monde et que nous soyons tranquilles et bien rassurés dans nos pratiques quotidiennes. Il nous invite, tel l’Évangile, à nous mettre en route, à redécouvrir, dans l’Église, l’insondable mystère du Christ et l’héritage des siècles passés. Il peut parfois être aride et déplaire mais c’est peut-être l’occasion d’entrer en dialogue avec d’autres croyants et de se faire expliquer ce qu’il ressort de ces difficultés. Le souffle de l’Esprit s’est répandu sur ses auteurs, espérons que nous sachions le recevoir et en tirer la substantifique moelle pour notre vie.

Laissons-nous gagner par cette invitation à l’Espérance, surtout dans ces périodes incertaines. C’est ainsi que nous laisserons Dieu nous faire signe de sa présence au monde en nous laissant déplacer au sein même de nos résistances et de nos frilosités.

Pierre-Baptiste CORDIER

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