Du partage du travail

Partage, un mot à forte connotation chrétienne et catho, qui ne va pas bien avec les mots ultralibéralisme et productivisme…

« Le travail des hommes, celui qui s’exerce dans la production et l’échange de biens ou dans la prestation de services économiques, passe avant les autres éléments de la vie économique, qui n’ont valeur que d’instruments. » Gaudium et spes (texte déclaratif du concile Vatican II), 67, 1

Toute personne pensant avoir quelques connaissances en économie assénera sans complexe, de façon définitive, qu’il y a des choses qui ne se partagent pas, le travail par exemple.

Pourtant on sait que le travail tel qu’on le définissait dans le monde d’avant, l’ère industrielle qu’on peut dater des environs de 1850 (les débuts de la révolution industrielle) à 1950, c’est-à-dire après la seconde guerre mondiale, n’existe plus.

Ce travail n’existe plus car le système économique qui l’a fait naître n’existe plus. La civilisation industrielle fondée sur des systèmes techniques fonctionnant sur des ressources non renouvelables (parmi lesquelles le charbon, le pétrole, l’uranium) a disparu.

Cette civilisation dite industrielle a permis à l’humanité d’effectuer de grands progrès, comme les progrès de la médecine, l’allongement de l’espérance de vie, un meilleur confort matériel. Elle a eu aussi pour dommages collatéraux une perte du sens de la vie au fur et à mesure de la croissance matérielle, l’épuisement des ressources de la planète, les pollutions de toutes sortes.

De 1850 à la seconde guerre mondiale, ces progrès ont permis des gains de productivité tels, que le temps de travail a pu être diminué. Il a d’ailleurs été diminué au prix de luttes sociales car, de tout temps, le pouvoir économique a vu dans toute revendication dans ce domaine un danger pour son profit.

La diminution du temps de travail va dans le sens de l’Histoire

Quoiqu’il en soit, cette époque a vu diminuer le nombre de journées travaillées dans la semaine, le nombre d’heures travaillées au cours de la journée, en même temps que s’accroissaient le nombre de journées de congés payés, et même la création de cette merveille qu’on appelle la retraite ! Cette tendance de réduction du temps travaillé était proportionnellement inverse à celle des gains de productivité.

A partir de 1945, les gains de productivité s’accélèrent, d’autres révolutions permises en partie par les activités de la guerre totale apparaissent (hélas, la guerre est trop souvent une bonne chose pour l’économie) : révolution technologique, robotique,… le temps s’accélère, les distances raccourcissent. On s’affranchit des contraintes de l’espace et du temps ce qui fait qu’on travaille plus en moins de temps, mais aussi de plus en plus loin de chez soi. Ce qui fait que certains travaillent trop (on parle de phénomène de work addict, et de son corollaire le burn out) pendant que d’autres n’ont pas ou n’ont plus de travail.

« Comme l’activité économique est le plus souvent le fruit du travail associé des hommes, il est injuste et inhumain de l’organiser et de l’ordonner au détriment de quelque travailleur que ce soit. Or il est trop courant, même de nos jours, que ceux qui travaillent soient en quelque sorte asservis à leurs propres œuvres. » Gaudium et spes, 67, 3

Une civilisation post industrielle qui ne parvient pas à éclore

Alors que l’homme est libéré du travail par les progrès technologiques, la diminution du temps de travail (et donc son partage) s’est fortement ralentie dans le même temps.
Nous ne sommes pas en crise économique depuis 1973, nous avons changé d’économie, et de société. C’est une mutation, c’est un changement de civilisation, nous sommes entrés dans une nouvel ère, un nouveau monde qui reste à naître, à construire.
Certains ont pu parler d’une civilisation des loisirs (ce qui ne veut pas forcément dire oisiveté…), ou du temps libre ou encore du temps choisi. On remarque là la difficulté à désigner et à nommer quelque chose dont on pressent l’avènement mais qui n’est pas encore totalement arrivé.

Or, ce nouveau monde ne se construit pas car on continue à réagir avec des schémas de pensée de la civilisation industrielle parce que pour tous, c’est sans doute plus rassurant et plus confortable (tant pis pour les exclus et tous les perdants du système), et pour ceux qui dirigent l’économie, cela reste la garantie du maintien d’une domination et des profits grâce à l’utilisation de l’être humain comme valeur d’ajustement.

C’est bien parce qu’on refuse de partager le travail qu’il y a du chômage. Plutôt que de faire du temps de travail la variable d’ajustement, le pouvoir économique a fait de l’être humain sa variable d’ajustement. C’est de cela que sont victimes les ouvriers de PSA, d’Arcelor-Mittal et tous les autres.

La croissance, un nouveau veau d’or ?

La révolution technologique a libéré l’être humain du travail au sens où on l’entendait au XIXème siècle. Or le pouvoir économique raisonne volontairement avec deux siècles de retard pour sauver ses intérêts. Le slogan typique de ce raisonnement est « travailler plus pour gagner plus » et la mesure symbolique qui l’accompagnait était la défiscalisation des heures supplémentaires.

C’est parce qu’on refuse d’entrer dans cette nouvelle civilisation que nous gardons des raisonnements politiques et économiques d’un autre siècle parce que cela permet le maintien des profits d’une caste de privilégiés qui nous fait croire à plusieurs mythes : le travail ne se partage pas, il faut créer de la croissance pour créer des emplois.

Un travail qui est à (re)définir dans la société post-industrielle

« Par son travail, l’homme assure habituellement sa subsistance et celle de sa famille, s’associe à ses frères et leur rend service, peut pratiquer une vraie charité et coopérer à l’achèvement de la création divine. » Gaudium et spes, 67, 2

Les catholiques ont bien leur mot à dire sur cette question. Ils l’ont déjà dit d’ailleurs, il y a cinquante ans déjà lors du concile Vatican II, car les catholiques avaient compris, déjà à l’époque, que le monde était en train de changer complètement.

Pour nous catholiques le message est clair : « Il importe donc d’adapter tout le processus du travail productif aux besoins de la personne et aux modalités de son existence, en particulier de la vie du foyer. » Gaudium et spes, 67, 3

Les spécialistes d’économie, tous ceux qui ont un pouvoir économique, voire politique, sont-ils sur cette ligne ? On peut en douter…

Et pourtant l’Église catholique a su rappeler, il y a cinquante ans, ce qui est bon pour l’être humain et son développement intégral :

« Que tous jouissent par ailleurs d’un temps de repos et de loisir suffisant qui leur permette aussi d’entretenir une vie familiale, culturelle, sociale et religieuse. Bien plus, ils doivent avoir la possibilité de déployer librement des facultés et des capacités qu’ils ont peut-être peu l’occasion d’exercer dans leur travail professionnel. » Gaudium et spes, 67, 3

C’est tout l’enjeu du partage du travail.

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45 réflexions au sujet de « Du partage du travail »

  1. Votre analyse ignore deux faits essentiels :

    1. Mon travail créé du travail pour mon prochain. Mon oisiveté ne lui apporte rien.

    2. Votre approche strictement macroéconomique échoue à restituer la complexité de ce qui se passe sur le marché du travail : elle ignore absolument le facteur compétence (un maçon ne saurait faire mon travail et je serai bien incapable de faire le sien !), le fait que le travail est lié à un mode de vie (et notamment à un ancrage géographique : la notion de bassin d’emploi est essentielle – à l’exception de quelques professions intellectuelles ou travailleurs mobiles), et une dimension importante du marché du travail qu’est le manque d’information / de visibilité sur l’activité disponible à un instant donné comme sur les compétences disponibles. Enfin votre notion du partage du temps de travail ignore ce fait essentiel de l’innovation : une grande partie des emplois actuels n’existait pas il y a 10 ou 15 ans, et la majeure partie des emplois de demain n’existe pas encore.

    En somme, une analyse qui me paraît pauvre et idéologique.

    • Ne pouvais-tu pas tourner ton commentaire un chouilla plus positif cher ami Incarnare ? 🙂 Pas très simple de répondre à un commentaire qui… ne pose pas de questionnement. Et finit par une petite phrase d’autodafé :p

      • Amie @lepetitchose je suis bien en peine de poursuivre ou de lancer un débat sur un billet qui décrédibilise immédiatement tout contradicteur (cf le 2nd paragraphe « toute personne pensant… ») et n’ouvre aucun questionnement.

        J’en souligne donc les limites, et ouvre le débat sur la méthode de l’auteur (cf mon point 2. qui peut faire débat, lui : pourquoi l’auteur a t-il choisi uniquement l’approche macro ? Simplicité ? Ou ? Quelles limites identifie t-il ? Comment justifie t-il ses affirmations ? A t-il des éléments de comparaison (pays comparables ayant fait ce choix de la RTT à outrance et qui s’en porterait mieux ?)

    • Pour discuter il faudrait ne pas caricaturer et déformer, vous parlez d’oisiveté alors que j’ai bien précisé : « Certains ont pu parler d’une civilisation des loisirs (ce qui ne veut pas forcément dire oisiveté…), ou du temps libre ou encore du temps choisi. On remarque là la difficulté à désigner et à nommer quelque chose dont on pressent l’avènement mais qui n’est pas encore totalement arrivé. »
      Néanmoins en réponse au point 1 : vous dites « mon travail crée du travail pour mon prochain », ceci rappelle cet adage d’Adam Smith, le fondateur du libéralisme économique : « l’initiative de quelques-uns profite au plus grand nombre ». C’était un principe d’il y a quelques siècles et dont nous mesurons de nos jours l’ampleur de l’échec.
      Point 2 : puisque l’innovation crée de l’emploi, pourquoi y-a t-il encore du chômage et de plus en plus ? Parce que l’innovation dégage aussi des gains de productivité tels que les nouveaux emplois créés ne compensent pas les disparitions. D’autant que les emplois qui ont disparus massivement laissent la place à des emplois plus qualifiés mais moins nombreux. L’innovation, oui évidemment, mais liée au partage du temps de travail et non pas des innovations technologiques qui permettent surtout des gains financiers. L’innovation technologique libère l’être humain du travail. Il faudra bien l’admettre à moins d’accepter un société à plusieurs vitesses et là on en revient toujours à la question du choix de société.

      • Sur le point 1. : vous m’avez compris.

        Je ne connais pas une seule entreprise qui ne commence pas par l’initiative d’un petit nombre qui se dit « tiens, je sais (nous savons) faire X., qui doit être utile à un certain nombre de gens puisqu’ils sont prêts à nous payer pour qu’on continue de le faire, et que cela assure notre subsistance. »

        C’est la base de la notion d’utilité sociale. Pourquoi exigerai-je de la société qu’elle me nourrisse à produire quelque chose qui n’intéresse que moi ?

        Sur le point 2. : pas d’accord.

        Oui, l’innovation crée des emplois plus qualifiés et détruit des emplois moins qualifiés.

        Mais vous satisferiez-vous, à chaque fois que vous téléphonez, de devoir attendre qu’un opérateur vous connecte à votre correspondant ? C’est pourtant, en essence, ce que vous suggérez.

        Ce processus de création-destruction est un processus dynamique, i.e. qui se déroule dans le temps et peut/doit donc être accompagné… cela a été fort mal fait dans l’exemple particulier des télécoms.

  2. Partir du sens de l’histoire décrédibilise le propos… il vaut mieux partir de votre conclusion et du travail pour être plus convaincant.
    Si on peut constater la difficile éclosion de la civilisation post industrielle, c’est peut-être précisément parce que la post modernité est d’une certaine façon la fin de la civilisation comme on l’entendait. Réduire le temps de travail pour faire naître une société de loisir fondée sur la consommation n’est pas forcément très réjouissant!
    En outre, la réduction du temps de travail a souvent conduit à de nouvelle recherche de productivité qui ont provoqué une dégradation des conditions de travail et un plus grand désagrément au travail. C’est la limite d’une vision mécaniste…
    @Incarnare le partage du travail et la réduction du temps de travail ne conduit pas nécessairement à l’oisiveté. Dans notre système actuel, nous sommes surtout soit producteur, soit consommateur (et là nous donnons aussi du travail… mais pas forcément en nous épanouissant beaucoup).

    • Oui tu as raison… Même si à titre personnel, mon temps libre supplémentaire irait à des activités strictement non productive (rando, …).

      Mais l’argument du billet n’est pas : mon temps libre alimente l’économie mais : prendre du temps libre m’empêchera du « voler » le travail que mon prochain pourrait « légitimement » considérer comme le sien..

    • Loin de moi l’idée d’une vision téléologique de l’évolution du monde, car depuis quelques années toutes les politiques se sont quasiment toutes ralliées au productivisme libéral. Qui en France dans les partis politiques parle encore du partage du temps de travail ? Même cette année, les écologistes avaient pour slogan « travailler mieux » et non « travailler moins » tellement le slogan « travailler plus pour gagner plus » a fait des dégâts et a figé toute pensée contraire (et cela n’a résolu en rien le problème du chômage, cela n’a fait que rendre la société plus inégalitaire). Un autre écueil d’une société post industrielle fondée sur des loisirs « oisifs » et le développement de la consommation est aussi le développement du travail non déclaré. Mais ces écueils bien réels existent parce que l’on reste dans des modes de raisonnements de la révolution industrielle. Il reste tout de même des gens qui de façon pragmatique et réfléchie essaient de penser le monde autrement et qui donnent des raisons d’espérer, Pierre Larrouturou par exemple.

  3. Autre point sur lequel je disconviens : le passage à l’économie de la connaissance (par opposition à l’époque industrielle) met, par essence un frein au partage du temps de travail (au moins pour les professions intellectuelles).

    Ces tâches là ne sont pas mécanisables / industrialisables et en la matière, deux mi temps font moins qu’un temps plein : il faut en effet avoir une vision globale de son activité pour l’exercer, ce qui interdit une reprise « à la volée » d’une activité commencée par un tiers.

  4. « C’est bien parce qu’on refuse de partager le travail qu’il y a du chômage. »

    Tout à fait louable de reposer la question du partage du travail dans une perspective historique, à une époque où cela semble loin des préoccupations du dialogue social officiel. Mais présenté ainsi, cela ressemble à un cliché indigne de votre réflexion, et bloque le débat plus qu’il ne le fait avancer.
    Nous avons justement réellement besoin de sortir des débats manichéens : trop de charges pour les entreprises, la productivité est trop faible en France, les délocalisations inévitables suppriment des emplois, etc… On entend cette langue de bois tous les jours et elle étouffe le dialogue car elle permet de voiler les présupposés économiques et politiques des acteurs et décideurs, qui, eux, sont très au clair avec mais refusent d’ouvrir le dossier. Par ailleurs, nous sommes dans une société démocratique suffisamment évoluée pour s’autoriser les nuances et la complexité de la réflexion. Votre remarque fait donc fi de cela.

    Je vous rejoins bien volontiers sur le changement de société, défi culturel que le discours libéral veut ignorer, centré qu’il est sur le libre-échange et le marché. Je proposerai deux directions contradictoires. Nous avons besoin de refonder l’économie avec des questions toutes simples de base, qui ouvrent des espaces immenses : qu’est-ce la richesse et qu’est ce qui la fonde ? Un discours courant semble toujours nous faire croire que seul l’entreprise en crée ; quid des administrations, hôpitaux et autres pourvoyeurs d’emploi ? Parallèlement, nous avons besoin de donner des exemples très précis pour confirmer que le partage du travail à 32 heures, par exemple, est viable aujourd’hui dans certaines entreprises en France. Autrement, vous êtes catalogués d’inconscient, d’ascète ou de doux rêveurs.

    Les références à Gaudiem et Spes et d’autres encycliques sont précieuses et riches d’enseignements ; mais j’ai toujours trouvé ce discours social un peu bancal, s’arrêtant globalement aux portes de la réflexion économique et politique. Bien des raisons de prudence peuvent le justifier et je reste très réservé sur l’utopie historique de la démocratie chrétienne. Mais, comme nous n’avons pas à formuler une parole officielle d’Eglise, une réflexion s’appuyant sur ces domaines est incontournable pour assurer une cohérence et une justification théorique à nos propos dans le domaine social.

    • Oui, vous avez besoin de donner des exemples précis sur les 32 heures. Et de donner des exemples d’entreprises qui ne possèdent pas un pouvoir de marché (comme EDF) qui leur permettent de dégager une rentabilité supérieure à ce qu’elle obtiendraient en situation de réelle concurrence (c’est-à-dire une rente financée par les consommateurs, dont il n’y a pas de raison qu’elle profite plus aux salariés des-dites entreprises qu’à chaque contribuable).

  5. Une précision au sujet de la date de rédaction de cet article : il a été écrit il y a une dizaine de jours c’est-à-dire avant la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques qui s’est avérée être un hymne nostalgique à cette vieille civilisation industrielle, terminée et dépassée. Ce qui est certain désormais c’est que rester enfermé dans cette vision mythique nous conduit dans le mur de la crise écologique. Lorsque j’ai vu les extraits de la cérémonie des JO, j’ai pensé : CQFD !
    Une deuxième précision, cet article, plus qu’une analyse est une mise en regard de la doctrine sociale de l’Église et de la pensée économique de gens comme Jacques Ellul ou Ivan Illich, entre autres.

    • À vrai dire, je peine à trouver un raisonnement de type économique dans votre billet. J’y vois plutôt une pensée (pseudo)morale sur une thématique économique. Le name dropping en commentaire ne fait pas gagner en clarté.

      • C’est normal, la visée de ce billet n’était nullement économique mais historique et sur ce plan, les faits sont têtus : il y a des gains de productivité phénoménaux et cela ne profite pas aux êtres humains, ou plutôt seulement à une catégorie d’entre eux : les actionnaires. Je suis par ailleurs toujours surpris de voir que le rapprochement entre l’économie et la morale surprenne ou dérange. Enfin si mon commentaire n’a pas fait gagner l’article en clarté c’est qu’il n’était pas si simpliste que cela.

      • Sur le fait que les gains de productivité profitent uniquement aux actionnaires, vous vous contredisez vous-mêmes : vous dites ci-dessus que les gains de productivité ont profité aux salariés (justement sous la forme de la diminution du temps de travail que constituent les congés payés).

        Le rapprochement entre économie et morale n’a rien de choquant pour moi. Encore faut-il appliquer son jugement moral sur des faits bien connus et des mécanismes bien compris et explicités. L’économie (pas la science, mais les faits économiques) est parfois trompeuse, en ce sens que ses rouages sont parfois contre-intuitifs (les bouquins de vulgarisation économique regorgent d’exemples à ce sujet..). Convenez qu’il serait dommage d’appliquer un jugement moral à l’emporte-pièce sur des faits.. qui n’existent pas ?

      • J’ajoute que je ne suis pas contre un raisonnement qui prend de la hauteur, dans une interdisciplinarité alliant économie, philosophie morale, sociologie, histoire, écologie.. encore faut-il que ça ne se fasse pas au détriment de chaque discipline et qu’on puisse étayer par des exemples circonstanciés les généralités qu’on ne manque pas alors de produire.

      • @incarnarees
        Les gains de productivité profitent uniquement aux actionnaires?

        Il serait plus précis de dire que la part de richesse qui revient aux actionnaires est en constante augmentation depuis 20 ans environ. La règle des 3 tiers (actionnarait, salariés, investissement) évoquée par N. Sarkozy en 2009 lors d’un sommet social comme un bon équilibre économique, ne correspond pas à la réalité.
        Les actionnaires dont le pouvoir s’est accru avec la mondialisation financière, s’accaparent les plus grosses parts. Entre 1997 et 2007, la part des bénéfices distribués aux actionnaires dans les sociétés non financières est passée de 34,2% à 44,5% (en excluant l’intéressement). La part consacrée à l’autofinancement s’est contractée logiquement de 64,5% en 1997 à 54,8% en 2007. Les entreprises ont choyé les actionnaires parfois au détriment des investissements. Elles ont dû recourir à plus d’endettement pour réaliser ces investissements et même parfois pour payer les actionnaires.

        En 2007, selon les données de l’Insee, les bénéfices des sociétés non financières se partageaient en 2007, à 42% pour les actionnaires sous forme de dividendes et à 52% sous forme d’épargne de l’entreprise (c’est-à-dire soit sous forme d’autofinancement soit sous forme de réserves). La part de l’intéressement réservée aux salariés reste marginale à 5,5%.

        Derrière un discours libéral très policé affirmant qu’il n’y a pas d’autre solution que la baisse des charges et la diminution des contraintes pour entreprendre (discours pas à rejeter complètement pour autant,) se cache une formidable bataille où argent et pouvoir se concentrent avec des déséquilibres de plus en plus marquées.La question du partage du travail s’inscrit dans ce paysage, et l’on peut comprendre aussi certaines revendications de hausse des salaires lorsque l’on est confronté à un tel partage des grandes masses.

        Hors chômage, la durée moyenne du travail aux Etats Unis était de 33,7 heures en 2005, en France à la même époque 36,3 heures et En Allemagne de 30,5 heures…Le partage du travail actuel est un non-sens : d’un côté tous ceux et celles qui font 0 heures par semaine car ils sont au chômage, de l’autre, tous ceux qui travaillent plein pot (et parfois trop) : la durée réelle d’un plein temps est supérieure à 38 heures d’après l’INSEE en 2011; au milieu, toutes celles et ceux qui galèrent avec des petits boulots à temps partiel, sur la semaine ou sur l’année.

        En écoutant certaines thématiques officielles, au regard de ces chiffres, le vrai débat est-il ouvert? La morale rejoint parfois certains faits économiques.

    • @El Papa

      Merci pour ces données qui enrichissent le débat. Si vous parlez bien de cette étude INSEEE http://www.insee.fr/fr/publications-et-services/dossiers_web/partage_VA/rapport_partage_VA.pdf alors on voit que :

      Concernant la valeur ajoutée :
      – Fig. 1.1a la part des salaires dans la valeur ajoutée a baissé plutôt entre 1980 et 1990. L’encadré 2.1 montre qu’en dehors de cette période, la croissance de la valeur ajoutée a été largement distribuée en faveur des salariés.
      – Fig. 1.10 les Etats-Unis (ces méchants libéraux) ont un taux bien plus élevé que nous de redistribution aux salariés de la VA.

      Concernant la répartition des profits qui augmente en faveur du capital :
      – ce n’est pas la rémunération de chaque action qui a augmenté, mais cela provient du fait que les entreprises se financent plus sur les marchés-actions et moins par la dette. Je cite le rapport de l’INSEE (p70):
      « On constate par ailleurs que les comptes financiers des SNF ne mettent pas en évidence une augmentation tendancielle de la rémunération des actions et des autres participations depuis le début des années 1990, qu’on y incorpore ou non les plus-values (figure 3.5)23.
      La montée de la part du financement par actions se traduit en effet par une montée progressive des versement de dividendes en substitution des versements d’intérêt. Les dividendes ont ainsi fortement augmenté en point de PIB, dans la mesure où le ratio capitalisation boursière/PIB progressait lui-même fortement. »

      La règle des 1/3 de Sarkozy est juste un concept marketing. Pourquoi 1/3 ? sachant que les salariés sont déjà rémunérés sur le chiffre d’affaire, avant calcul du bénéfice ? Tant qu’il n’y a pas de bénéfice, l’actionnaire a 0, tandis que le salarié, lui, a déjà eu son salaire.

  6. Partage du temps de travail et création d’emplois… Hum, nous n’en avons pas vraiment vu l’exemple… Comment une TPE ou TPI, pourrait appliquer les 32 heures à ses employés si ses bénéfices n’augmentent pas ?… Il faut être réaliste. Le chômage a plutôt comme cause le libre-échange intégral destructeur de notre économie et de nos emplois, de la machine qui n’est pas taxée et qui remplace l’homme, et n’en déplaise à certains dans des charges qui sont trop lourdes à supporter par certaines entreprises et qui devraient être remplacées par une TVA sociale (taxation des importations et de la machine). Quant à la démocratie chrétienne, ce n’est pas pour moi une utopie.

    • @ L’indépendant :N’y aurait-il pas moins de charges à supporter pour les entreprises, s’il avait moins de chômeurs à indemniser ? Ce n’est pas un choix de « spécialistes » d’économie qui seraient réalistes car s’il y a bien une utopie, c’est celle qui consiste à croire qu’on peut enfermer l’être humain dans des lois économiques, c’est une forme d’aliénation. C’est en revanche un choix de société, c’est l’affaire de chaque citoyen et un chrétien de gauche se doit en effet de porter un discours autre que celui qui domine, cela aussi c’est la démocratie (@ El papa).

      • @L’indépendant : la gauche ne veut pas de TVA sociale, car elle touche tout le monde.

        @patrickpique : le chômage représentait moins de 30% de la protection sociale en Europe en 2008.

        Que suggérez-vous ? Que, plutôt que d’indemniser un chômeur, on recrée pour lui un emploi public inutile (type « poinçonneur de billet RATP, juste à côté de la machine qu’on éteindra pour l’occasion), histoire de financer en salaires ce qu’on finance aujourd’hui en indemnité ?

        Ne vaut-il pas mieux d’encourager une plus grande créativité dans l’économie, qui permettra à notre chômeur d’exercer un job réellement créateur de valeur pour la société ?

      • C’est sans doute ici que le débat commence réellement : qu’est-ce qu’un emploi, un travail, un « job », une activité, une occupation, un service, un métier, etc,… et de façon corollaire de quoi et comment vivre au XXIème siècle ? Je ne suis pas certain que parce qu’un emploi a disparu, il était inutile. Un poinçonneur était-il un inutile ? Et le contrôleur dans les trains dans ce cas ? Quid des concierges que l’on regrette dans certains immeubles ? Des métiers peuvent êtres utiles car ils maintiennent ou créent du lien social sans avoir forcément une valeur marchande. D’une façon générale la question est posée pour tous ceux qui travaillent sur et pour l’humain, mais pas seulement : les ouvriers d’Arcelor Mittal sont-ils inutiles parce qu’ils ne sont pas assez rentables pour la fortune de M. Mittal . C’est là que j’en reviens à la position de l’Église catholique. L’économie est un instrument au service de l’Homme et pas l’inverse. C’est la même pensée que l’on retrouve dans l’écologie politique (que je distingue bien de la science du même nom ainsi que de l’opération de green washing du libéralisme qu’on appelle « développement durable »).

      • @patrickpique : un job, ou travail, c’est une activité que vous exercez pour apporter un bienfait reconnu par la société. Ca n’exclut pas la possibilité d’avoir du temps libre, gratuit ou « inutile », réellement nécessairement à la plein réalisation de notre humanité.

        Mais toujours est-il que chacun de nous doit s’astreindre à créer chaque jour un peu de valeur reconnue par autrui (monétairement). C’est peut être pas l’idéal selon vous (la Genèse est d’ailleurs en accord sur ce point, considérant la peine associée au travail comme la conséquence du refus de Dieu) mais c’est la réalité.

        De temps en temps, il faut être un peu inventif pour trouver comment le service rendu peut être reconnu (c’est le cas des concierges que vous citez, qu’on regrette lorsqu’ils n’existent pas sans vouloir les financer tant qu’ils sont là), mais il existe des activités qui n’ont réellement plus aucune valeur ajoutée (je prenais plus haut l’exemple d’opérateur téléphonique aux débuts du téléphone), auquel cas il faut l’accepter et aller créer de nouvelles activités.

    • La démocratie chrétienne a eu un rôle très important de vecteur d’idées à plusieurs époques en France, mais n’a jamais réussi à prendre le pouvoir, à la différence de l’Italie et de l’Allemagne. Ma remarque s’inscrivait d’une leçon à tirer de l’histoire française. Un peu comme la bataille perdue en France de gouverner au centre. Au-delà du cas particulier de la défaite de F. Bayrou, cela pose une vraie question de stratégie pour faire avancer efficacement ses idées !
      Pour l’avenir de cette démocratie chrétienne, je crois qu’un parti politique aussi attaché à un courant de pensée ne peut prétendre au pouvoir dans des sociétés aussi ouvertes que les nôtres sur le plan des croyances et des pratiques, sans être accusé de travailler pour sa chapelle, tout le contraire d’un rassemblement politique.

      Vos remarques sur les charges des entreprises ou l’assiette des prélèvements sont tout à fait pertinentes, mais nous ne pouvons faire abstraction que globalement nous produisons de plus en plus avec de moins en moins d’humains. Certes le passage aux 35 heures reste très controversé dans un pays où l’on n’aime pas les passages en force par la loi, mais où la négociation sociale semble toujours un parcours du combattant des deux côtés, chefs d’entreprises et salariés. Je ne rappellerai pas les chiffres d’un commentaire précédent sur cette page au sujet du temps réel de travail, mais je complèterai en signalant que certains économistes affirment, contrairement aux idées reçues, que c’est la baisse du temps de travail qui permit le plein emploi pendant les trente glorieuses ! Depuis la loi Robien de 1993, environ 400 entreprises sont passés aux 32 heures. Une très connue est évidemment Danone, soumise à une concurrence très forte, mais qui ne semble pas pour autant au bord du dépôt de bilan. Cela nécessite un gros travail de réorganisation, mais économiquement c’est possible. Combien de cadres avançaient que leur travail n’accepterait pas le passage aux 35 heures, à la différence des employés, l’expérience prouve que des nouvelles organisations sont possibles. Beaucoup de blocages culturels expliquent aussi cet état de fait.
      Comme vous, j’ai beaucoup de réserve sur le libre-échange intégral qui foudroie sur place de jeunes économiques naissantes comme en Afrique. D’un autre côté, notre économie repose pour une large part sur ses exportations et une économie fermée aujourd’hui tomberait rapidement en récession : l’échange est la loi de l’économie qui crée de la richesse, et des règles doivent l’encadrer.Le salariat a beaucoup changé et maintes emplois peu qualifiés n’existent plus : pour réparer une voiture, la caisse à outils ne suffit plus, l’ordinateur est indispensable ! Les bouleversements économiques sont parfois trop rapides pour nos systèmes de formation, voire aussi à l’échelle humaine pour nos propres vies. L’informatisation qui crée beaucoup de productivité, a aussi beaucoup détruit d’emplois, sans qu’aucune mesure réelle n’accompagne cette mutation du travail. Ce sont les plus cultivés qui s’adaptent le mieux ! Mais notre société arrive à un point de non-retour où certains choix doivent nous ouvrir un avenir possible ; je pense aussi bien à la masse humaine en détresse que représente toute la précarité, qu’aux défis écologiques.

      • Intéressant, l’exemple de Danone. L’exemple type de le boîte toute-automatisée… puisque la masse salariale est de 1.5 milliard d’€ pour 19mds€ de CA ! Alors, oui, passer de 35h à 34h l’employé sur la chaîne ne coûte pas cher. Mais trouver un cadre qui bosse 34h par semaine, dans les activités productrices de valeur là-bas (au hasard, R&D et Marketing) est un bon défi…

      • @ Incarnare : un travail ce n’est pas seulement rendre un service utile à la société c’est d’abord et surtout un moyen d’assurer sa subsistance, se nourrir, se vêtir et se loger. C’est pour cette raison que nul ne peut être exclu du travail au nom de prétendues règles économiques, de l’utilité sociale d’un emploi ou de sa compétitivité ou de sa valeur marchande. Ou alors il faut déconnecter le revenu pour subsister du travail tel que vous le définissez. Cela fait partie d’ailleurs des propositions de certains courants de pensée qui propose la création d’une allocation universelle de subsistance (de mémoire, ce n’est peut-être pas le nom exact). D’aucuns diront que c’est un encouragement à l’oisiveté, ce à quoi je réponds par avance que si l’humanité était fondamentalement encline à l’oisiveté, il n’y aurait aucune activité associative, bénévole,etc,… L’être humain est un animal social qui a besoin d’activités au contact de ses semblables. On pourrait même penser que déconnecter la créativité de son utilité marchande pourrait au contraire la libérer et rendre ainsi plus de bienfaits à l’Humanité.

      • Ca va être sans doute doute notre premier vrai point d’accord et c’est le principe même de la protection sociale (assurance chômage + minima sociaux) : que ceux qui ne peuvent tirer leur subsistance du travail la tirent de la considération que la société leur porte, en raison de leur dignité de personnes.

        Le travail n’a pas de but unique qui résiderait seulement dans la production de biens/services ou dans la subsistance ou dans l’épanouissement de soi ; c’est justement l’articulation de toutes ces notions qui est au centre du travail.

        Avez-vous lu le document « La Vocation du Dirigeant d’Entreprise » du Conseil Pontifical Justice et Paix ? Il devrait vous intéresser.

      • Et non je ne connaissais pas ce document. Merci pour la référence. Ce que j’en découvre à l’instant montre en effet nos points d’accord.

  7. Peut-être que le débat a été plombé par certaines erreurs lors du passage aux 35 heures.
    L’idée générale est de passer aux 32 heures, d’embaucher et d’assurer pour les entreprises une exonération de charges sociales de façon à ce qu’elles n’aient pas à augmenter leur charge salariale.. Cette « non-rentrée » d’argent étant équilibrée sur le budget global par une baisse du chômage (moins à indemniser) et par ces nouveaux salariés qui cotisent. Cela demande aussi aux entreprises de travailler sur leur organisation et d’assurer une grande souplesse: il ne s’agit pas de diminuer de 30mn par jour le temps de travail, mais de trouver des organisations qui permettent aux entreprises d’assurer leurs missions. Bref du dialogue social et des ressources humaines et certainement pas une solution identique partout. Des solutions à la carte, qui seront plus ou moins longue à mettre en place selon les situations. Soyons pragmatiques.
    Je plaide juste pour réfléchir et me refuse à croire que rien n’est possible. Danone a peut-être bénéficié de conditions particulières, mais on trouve aussi Fleury-Michon comme une librairie, ou un cabinet d’audit de gestion, les gîtes de France…

    • El Papa, avez-vous des références d’articles évoquant ces passages aux 32h, leurs modalités et résultats ?

      Je suis d’accord avec vous sur le fait qu’il faut raisonner de manière fine, au cas par cas. C’est pourquoi je récuse l’approche macro de Patrick Pique, que je trouve idéologique.

      • Je me permets juste d’intervenir sur l’article de Patrick, avec lequel je concorde, et que je soutiens: réduire le temps de travail, c’est aussi et surtout repenser les temps de la vie, globalement, et savoir ce qu’on en fait, et au bénéfice du qui. En lisant la trame de ce débat finalement réussi – c’est le but de ce site -, je ne peux pas m’empêcher de penser que l’idéologie et la facilité ne sont pas forcément dans le texte de Patrick: cette très belle farce du « tous entrepreneurs, tous créatifs » est une arrogante tartufferie, qui ose expliquer aux gens que pour travailler, en gros, il faut créer son job… ëtre inventif, ce n’est ni obligatoire ni necessaire, ni à la portée de tous. C’est même une manière peu élégante de faire culpabiliser chômeurs et petits salaires, qui triment, et dont… les emplois disparaissent par la « créativité » des autres. Quelle créativité ? En résumé, Incarnare pourrait lire les ouvrages de Pierre Larrouturou, avec lequel j’ai collaboré il y a quelques années: il y trouvera les chiffres, faits et documents qui étancheront sa soif d’objectivité. Il peut aussi aller sur Wikipedia, et lire « semaine de quatre jours »: Pasquier par exemple est passé aux 32 heures avec 500 salariés et se porte bien, merci.

      • Quelques affirmations idéologiques ne nuisent pas à une approche pragmatique ! Sous le thème du travail, se posent des questions qui tiennent à sa place dans nos vies, à la qualité du débat social, aux peurs de nos sociétés. Je crois rejoindre l’auteur de cette tribune en reconnaissant que la condition humaine ne peut se réduire à des lois économiques ou comptables. Un certain discours libéral (voyez l’actualité avec Peugeot) parle du travail uniquement en termes de productivité, de licenciement et d’absence de contraintes sociales. J’ai l’impression que ce sont les financiers et les comptables qui gèrent aujourd’hui les entreprises, où est passé le modèle de l’entrepreneur comme aventure/projet d’une équipe humaine ? Sur ce point, la critique par les valeurs devient performante pour revitaliser l’entreprise et lui redonner du sens, sans faire abstraction pour autant des règles de la gestion et de la rentabilité.

        De plus, l’entreprise et le discours qui l’accompagne, souffre des masses financières colossales qui circulent au profit de quelques-uns. Un régime de pension peut être très fortuné de par le rôle social qu’il joue, rien ne justifie que l’équipe qui l’anime devienne multimillionnaire. L’éthique nous rappelle que les hauts revenus ne se justifient pas au sens théologique, peu importe les responsabilités et les compétences. Parce que les intérêts sont croisés, une grande patrie du patronat critique très faiblement cet état de fait. Cela fait le lit de frustrations et de révoltes impuissantes qui bloque le dialogue social, génère de l’incompréhension. Même si je ne me reconnais pas dans le propos, je comprends un certain idéologue du XIXème siècle affirmant « la propriété, c’est le vol ». Le travail ou son absence reste trop vécu comme une aliénation, cet état de fait ne peut être une fatalité. Nous sommes responsables du jardin qui nous est confié ! Personne ne peut en être exclu !

        Voici quelques liens pour répondre à la question des 32 heures.

        http://video.liberation.fr/video/iLyROoafzwAo.html débat 2011 sur France Culture

        http://www.marianne2.fr/Plaidoyer-pour-les-32-heures_a190064.html

        • Un court reportage sur la loi Robien en 1996 sur FR3 : http://www.ina.fr/economie-et-societe/vie-economique/video/CAC96054855/bilan-loi-de-robien.fr.html

        http://www.challenges.fr/economie/20111219.CHA8514/faut-il-passer-a-la-semaine-de-32-heures.html (P. Larrouturou a repris sa liberté vis-à-vis des Verts depuis, si ses idées vous intéressent)

        • une vidéo de 2011 reprend une conférence de son approche de la crise actuelle :
        http://www.youtube.com/watch?v=AxaHidNSNXk )

        • Passage aux 32 heures (hors cadre dans l’exemple… !) dans une entreprise ardéchoise
        http://www.latribune.fr/regions/rhone-alpes/20120713trib000708970/en-ardeche-chomarat-passe-aux-32-heures-pour-sauver-des-emplois.html

        • « Le tabou de la durée du travail »
        http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/01/12/le-tabou-de-la-duree-du-travail_1464414_3232.html

        • Les 35 heures, un faux débat ?
        http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/01/12/35-heures-de-vrais-enjeux-pour-un-faux-debat_1464434_3232.html

        • Après le déverrouillage, le dépassement des 35 heures :
        http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/01/12/apres-le-deverrouillage-le-depassement-des-35-heures_1464383_3232.html

        Je ne suis pas proche du parti socialiste, mais la contribution « GPS » au prochain congrès de ce parti reprend le thème des 32 heures.

      • @ Didier da Silva + El Papa : les phrases comme « Je crois rejoindre l’auteur de cette tribune en reconnaissant que la condition humaine ne peut se réduire à des lois économiques ou comptables. » qui tendent à faire penser que le contradicteur voit tout sous la seule lorgnette financière sont inutiles et nocives. On peut ne pas partager vos conclusions en ayant le même souci du bien commun.

        @ Didier da Silva : il est évident que le « tous entrepreneurs, tous créatifs » n’est pas la réalité ; ce n’est d’ailleurs pas le discours que je tiens..

        Les créateurs / entrepreneurs sont minoritaires, mais il faut que les structures sociales favorisent le mouvement de création et d’innovation qui permet de créer, aussi, les emplois moins qualifiés de demain..

        Mais je ne comprends pas cette obstination à conserver à tout prix des tâches qui n’ont plus d’utilité sociale.. comment cela peut-il être valorisant d’être au guichet d’un péage d’autoroute quand on arrête juste une machine qui fait le même job que vous, plus vite, quand vous n’êtes pas là ? Faut-il absolument conserver des personnes à ces postes de travail ? Pourquoi ne pas alors pousser le bouchon plus loin et imposer aux sociétés d’autoroute des « checkpoints » tous les 100km, au nom de l’emploi ? On voit vite la stupidité d’une telle démarche..

        @ El Papa :
        Sur l’exemple de Peugeot : que proposez-vous à une entreprise qui perd 15% de ses ventes au 1er trimestre (plus probablement 20-25% sur l’année) et perd plus de 100M€ par mois ?

        Si la baisse est temporaire, on fait comme l’entreprise ardéchoise que vous citez : baisse du temps de travail accompagnée de baisse de salaire correspondant. Mais le marché de l’auto souffre de surproduction globale : on produit trop de voitures par rapport à ce que l’on peut ou veut acheter.

        Ces mesures de réduction temporaires, ou de chômage partiel, sont évidemment de bonnes mesures. Mais n’ont rien à voir avec une diminution généralisée du temps de travail pour « partager un gâteau du travail » supposé de taille fixe et immuable dans ses ingrédients.

        Je fais remarquer que ces théories de « quantité de travail disponible fixe » sont les mêmes qui sous-tendent les thèses puantes des extrémistes qui suggèrent que les immigrés rentrent chez eux pour libérer les emplois des petits gaulois.

        « Nous sommes responsables du jardin qui nous est confié ! Personne ne peut en être exclu ! »
        Oui, mais il s’agit de trouver de nouvelles espèces à cultiver et non de couper l’herbe brin par brin à la serpe pour que tout le monde ait son brin à couper.

      • @Didier da Silva : avez-vous en tête le titre d’un ouvrage de Larrouturou où il explique sa théorie, avec des faits / explications économiques à la clef ? Ou se contente-t-il des arguments idéologiques copiés-collés ici depuis ses interviews ?

        Je porte à votre attention de mon côté un ouvrage très intéressant, quoique fort mal intitulé « The Human Equation » mais au sous-titre plus évocateur : « Building profits by putting people first » par Pfeffer.

      • @ Patrick : pas de souci pour partager ces principes. La problématique se pose quand il s’agit de les convertir en actions. C’est ce que tente de faire le document du CPJP.

  8. Je ne comprends pas les chrétiens de gauche qui pactisent avec ceux qui politiquement ont souvent été les ennemis de la religion (communistes, socialistes, etc.). Je suis également contre l’ultra-libéralisme (d’ou découle le libre-échange intégral); on peut être de droite et attaché à la justice sociale (historiquement Albert de Mun, Jacques Piou, C. de Gaulle, etc.).

  9. Le partage n’est pas si simple. Victor Hugo, Picasso les Curie ou Pasteur ou Einstein sont-ils partageables? L obstination d’un Werner von Braun à aller sur la lune est-elle partageable? Plus ou moins que celle de Bernard Palissy ou Vasco de Gama? ou Saint Augustin?
    Un trait de l Homme est bien de se dépasser, pour les autres, pour Dieu, aussi pour lui. Qu’on le veuille ou non , c’est cette passion, cette foi en des valeurs qui nous dépassent, qui tire l’Humanité.
    Je crois plus dans le partage de cet engagement que dans le partage comptable du travail.

    • J’avoue ne pas comprendre. Je parle du partage, vous répondez dépassement. J’en conclue que les gens qui sont sans travail ne se sont pas suffisamment dépassés, si je suis votre logique. Ce n’est pas la mienne. Quant à l’exemple de Von Braun… combien de morts grâce à ses facultés de dépassement lorsqu’il était au service des nazis. Et le coût de la course à la lune dont les historiens ont démontré qu’elle n’était qu’un alibi scientifique dans le cadre de la rivalité est-ouest à l’époque de la guerre froide. Curieux d’ériger ceci en valeur. A l’inverse, si toute cette énergie, cette intelligence, ces moyens financiers faramineux avaient été mis au service du développement humain sur la planète (au service du bien commun cher à l’Église donc) dans une esprit de partage et non de dépassement ou de compétition…

  10. Partager quoi alors? La fatalité de la tuberculose comme au bon vieux temps?
    Le partage comptable et administratif que vous décrivez et qui a été très documenté je crois ici n’est pas chrétien. Il est de la même eau que le capitalisme que vous pourfendez. Ce partage-là ne fonctionne pas: Cela fait plus de 30 ans qu’on le pratique en France. Retraite , RTT, congés, Jusqu’à l’extreme: payer les gens à ne rien faire. On pourrait au moins faire des œuvres d’utilité publique.
    Que l’employé d’une société qui ferme soit quelque part lésé , sans doute. Et ne pas le laisser tomber est probablement important. Mais déresponsabiliser l’individu le priver finalement d’une capacité de choix et d’initiative est une faute. Et c’est une faute d’ériger un remède purement théorique en système.
    Car c’est simple: La baisse du temps de travail ne crée pas de richesse. Et comme personne ne veut baisser ses revenus, c’est bloqué. Point.
    Notre pays ne souffre pas d’un manque de partage il soufre d’un manque d’engagement, du rêve d’une vie ou il n’est pas utile de travailler( retraite érigée en période de fête permanente, j’ai vu cela dans le blog!!) il y a une vie avant la retraite!! Et par dessus tout, une méconnaissance monstrueuse du monde dont une représentation idéalisée ( Platon toujours, pas neuf) sert de référence au développements intellectuels.
    Notre sens du partage nous fait vivre à crédit. Ce n’est pas la faute du libéralisme, c’est celle de notre peur des réalités, et de lirrémédiable manque de respect et confiance en l’autre. L’état ( le colbertisme?) , le penser correct verrouille l’initiative.

    • Je ne suis toujours pas certain de vous avoir compris. Je ne vois pas de rapport entre vos propos et le christianisme. Je valide cependant votre commentaire au nom de la liberté d’expression et laisse les lecteurs apprécier. Je n’ai rien à ajouter. Je crois que vous ne supportez pas le prochain. Ok C’est votre droit.

  11. Von Braun , une querelle d’un autre âge. Il faut beaucoup de mansuétude pour les difficultés de chacun et être admiratif quand les gens s’en sortent du bon côté n’est ce pas?
    Une idée de partage efficace: que les professeurs consacrent une partie de leur temps de vacances à
    1 éduquer les défavorisés
    2 connaître le monde industriel qu’ils conspuent et ignorent.

    • Les victimes du nazisme, une querelle d’un autre âge ?
      Quant aux enseignants informez-vous un peu : le soutien durant les congés scolaires ainsi que les stages en entreprise existent depuis un moment.
      Merci de revenir au sujet de l’article.

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