De gauche et catho : est-ce bien raisonnable ?

Si l’on cherche un situation comparable à celle du catholique de gauche en France, on va tomber sur celle des intellectuels dans le football professionnel. Le mauvais plan.

Dans les organisations de gauche, le catholique est globalement perçu soit comme le suppôt d’une engeance ringarde et non démocratique (sans commentaire) et suspect d’être du côté des puissants. Excepté au PCF où les souvenirs de compagnonnages dans les banlieues parisiennes ont laissé quelques traces de sympathie. Mieux vaut planquer son crucifix dans les réunions de section.

Dans l’Église catholique, l’homme de gauche a la réputation (de moins en moins méritée) d’être un contestataire né et de négliger la vie spirituelle au profit de l’action. En milieu catho, parler de politique, c’est mal. En plus, cela divise, alors que « nous sommes tous frères ».

Résultat logique de ce tableau, horriblement simpliste, les gens de gauche doivent choisir entre diverses stratégies pour gérer leur vie en milieu catholique :

  • faire taire leurs convictions et leurs revendications. Alors leur générosité et leur formation à l’action collective fera merveille dans les paroisses en manque de bras
  • se terrer dans des réserves en perte de vitesse (mouvements d’ Action catholique, Vie nouvelle) ou dans des groupes sulfureux (CCFD, Acat, Mission de France), en évitant les lieux qui peuvent rappeler les choses qui fâchent, comme les paroisses
  • couper les ponts avec l’Église

Pour une part importante de la catégorie que nous côtoyons, la vraie question est de savoir comment se situer en vérité au sein d’une Église qui tend à les ignorer, les derniers évêques à les comprendre filant doucement vers la retraite sans descendance parmi les nouveaux nommés. Or, chez eux, l’attachement à la famille catholique, davantage qu’à la structure institutionnelle, est plus forte que les déception et souffrances ressenties. Si bien qu’à l’heure où surgit la tentation du départ, l’hésitant finit (parfois) par se convaincre que la situation d’ex-catho (avec des vrais morceaux de culpabilité dedans) serait plus douloureuse encore que celle du catho « en souffrance » ou minoritaire.

Car quel est l’avenir de celui qui quitte l’Église catholique pour des motifs idéologico-politiques ?

Soit il reste seul, ce qui est contraire au principe bien ancré que la foi se vit en communauté.

Soit il cherche à créer un groupe plus ou moins dissident, mais, pas de chance, la culture catholique (contrairement à ces chanceux de protestants) n’est pas très portée sur l’Église dissidente. Le schisme par la gauche ne connaît pas beaucoup d’exemples. Et si peu s’y risquent, ce n’est pas seulement par peur des foudres célestes, C’est aussi par attachement viscéral à cette Eglise que l’on souhaiterait « autre ».

Voilà qui tendrait à démontrer que ces « masos » de cathos de gauche, dont on annonce régulièrement la mort, existent encore. Et on peut avoir la faiblesse de croire que cela pourrait être une chance et pour l’Église et pour la gauche.

Philippe Clanché

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14 réflexions au sujet de « De gauche et catho : est-ce bien raisonnable ? »

  1. Philippe,
    Je me retrouve assez bien dans votre propos, même si vous n’insistez pas assez à mon sens sur le fait que la tension entre l’appartenance à la famille catholique et le travail auprès d’élus de gauche (pour ce qui me concerne) n’est pas seulement source d’incompréhension et de difficultés mais aussi d’interrogations et d’échanges fertiles… Il faut pour cela surmonter cette honte que nous éprouvons parfois à nous dire « de gauche » dans l’Eglise ou « croyant » dans un milieu de gauche. Plus simple à dire qu’à faire, tant l’hostilité est grande de part et d’autre. C’est une difficulté impossible à surmonter lors de réunions ou d’assemblées un peu nombreuses mais je compte pas les situations où j’ai été amené à parler de mon engagement chrétien à un élu ou un collègue, ni les situations où je m’en suis ouvert (et non confesser ! ) à un prêtre ou un croyant anonyme.
    Quand la foi informe nos engagements respectifs, il n’est pas difficile de faire admettre qu’il est tout aussi incongru, pour un catholique, tout aussi inconfortable et tout aussi légitime de se déclarer de gauche ou de droite. Si l’on tient en revanche absolument à expliquer ou faire admettre, de diverses manières, que « Dieu est de gauche » (qui représente pour moi un sommet d’incongruité) c’est évidemment une autre affaire et il ne reste probablement à celui qui en est convaincu qu’à couper les ponts !

  2. Philippe, vous semblez oublier que les cathos de gauche sont, dans l’Eglise de France, les plus à la manoeuvre… notamment Avenue de Breteuil : la CEF court vraiment le danger de l’entre-soi, avec un milieu Secours-Cath-CCFD-Scouts-de-France qui vit un peu en vase clos.

    Récemment j’échangeais avec un twitto, lui bien à droite… sur l’articulation entre charité et vérité. A droite comme à gauche, on se trouve face à une « négo » entre charité et vérité, comme si plus de la première signifiait moins de la seconde. Je crois au contraire que la charité n’est pas pleinement charité si elle n’est pas aussi vérité. et vice-versa.

    Tout ça pour dire qu’il faut arrêter de vivre catho et de gauche comme des antagonismes.. et que les « cathos de gauche » doivent trouver un mode d’unification pour éviter de tomber dans la schizophrénie.

    • Le père Caffarel disait un truc du genre : « l’exigence sans amour n’est pas de l’amour, l’amour sans exigence [… Oui, bon, j’ai oublié…], seul l’amour exigeant fait grandir ». J’imagine que l’on peut remplacer amour par charité et exigence par vérité. Si l’on penche par nature ou culture plutôt d’un côté, il nous faut savoir que seule la conjonction des deux est juste. Bref, être catho plutôt que catho de droite ou catho de gauche.

  3. Incarnare, ton histoire d’articulation me dérange. Notamment parce que, de ce que je comprends du billet de Philippe (qui est en vacances d’où l’absence de réponse si jamais tu te demandais), ce n’est pas autant une histoire de ce qu’un catho de gauche vit que de ce que les autres perçoivent. En termes d’articulations, je crois lire que Philippe n’a pas de problème pour savoir comment vivre charité et vérité en même temps. (Si tes copains de droite se posent des questions, c’est peut-être qu’ils n’ont pas choisi la bonne réponse :D). Par contre, quand tu dis que tu es catho et que tu votes à gauche, certains cathos te regardent comme si tu n’avais jamais ouvert une Bible de ta vie, jamais lu une Encyclique non plus et se font un plaisir de te l’expliquer. Enfin, certaines parties bien sûr ! Et quand tu es avec des gauchos et qu’ils aperçoivent ta petite croix, tu as droit à tous les sujets estampillés coincés-chez-les-cathos. La schizophrénie n’est pas chez les « cathos de gauche », pour moi elle est plutôt dans le regard des autres… Ceux qui aiment tant mettre une étiquette sur le front des gens mais détestent tellement quand on leur en met une, et ceux qui adooooorent croire qu’ils savent tout d’une étiquette mais ne veulent se reconnaître eux-mêmes dans aucune.

    • L’inverse est tout aussi vrai : si tu te dis catho, plutôt à droite, on te soupçonne d’être un ami des puissants contre les pauvres, dans une analyse marxisante..

      Finalement deux axes fondamentaux me semblent plus pertinents pour l’analyse :
      – plus ou moins d’état ?
      – un modèle de société traditionnel ou bien « progressiste ».

      Ces deux axes ne se superposent pas à droite / gauche (qui ont moins de sens pour moi).

      Une analyse sur ces deux axes me mène à douter de la sincérité de la gauche actuelle (dont il me semble que le libéralisme moral laissera place à une vision normative d’une société où « tout se vaut »).

      Voilà ce dont j’aimerais discuter avec un « catho de gauche »

      • Si les textes de ce blog montrent bien une chose, c’est que quand on regarde de près cet axiome droite-gauche, et à l’intérieur de ces deux « groupes », il n’y a rien de binaire mais bien une grande diversité dans chacun des pôles, une porosité à chacune des supposées frontières 🙂

  4. Pour un catho, le choix est cornélien :
    – à droite on stigmatise l\’étranger ;
    – à gauche on entretient une culture de mort.

    Il y a cinquante ans, à l’exception des extrêmes, les deux choix étaient compatibles avec les valeurs chrétiennes, et il s’agissait effectivement d’un arbitrage de priorités. Aujourd’hui, les deux sont fondamentalement incompatibles. Ça pose un gros problème de conscience.

    Pour ma part, je me retrouve encore chez Bayrou, mais pour combien de temps ?

  5. Philippe ne développe pas assez le caractère complexé et « Caliméro » du catho de gauche – qui semble d’ailleurs tenir fort à son identité « de gauche » (je ne crois pas me souvenir, du temps où les cathos de gauche étaient plus présents, de groupes s’identifiant comme « cathos de droite »). Et comme le souligne Incarnare, le « catho de droite » pourrait venir aussi exposer ses malheurs, et sa difficulté d’être, en soulignant qu’on le dépeint alors en pharisien, qui va à la messe mais qui ne se soucie pas des autres, caricature auquel ce blog sacrifie un peu parfois.

    Bref, c’est pas un peu fini ?

  6. Je ne suis pas sûr de très bien comprendre la question. Personnellement je n’affirmerai pas qu’il est « contradictoire » de se dire catholique et d’être de droite. La question est, pour ceux qui sont catholiques et soutiennent la droite, de savoir comment rester fidèles, au travers de ce choix, aux exigences portées par les Evangiles. Mais il en est de même pour les catholiques qui votent à gauche. S’affirmer « cathos de gauche » ne signifie pas que d’autres ne puissent être cathos et de droite. Ce serait même une façon de suggérer le contraire, tant la tentation est forte pour les « cathos de droite » de se prétendre politiquement de nulle part… Parce que, vous diront-ils, les cathos ne sont « ni de droite, ni de gauche »… Allons donc : le catholicisme, peut-être, mais les cathos ? Se dire « catho de gauche » c’est aussi, à mon sens, une manière de contester ce consensus sociétal qui, parce que les catholiques votent majoritairement à droite, voudrait assimiler le catholicisme et la droite. Pour ce qui me concerne, c’est ainsi que je vois la question.

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