Le mariage homosexuel et l’adoption

Philofoto/Flickr

Le projet d’une loi sur le mariage homosexuel et l’adoption m’interroge, en tant que citoyen et en tant que « croyant ». Un texte de Jean Rigal, théologien.

Loin de toute polémique politicienne, trois questions me viennent à l’esprit. Elles représentent, à mes yeux, autant d’enjeux par rapport à cet important débat, aux dimensions diverses.

1° L’argument généralement avancé en faveur du « mariage gay » tient, pour l’essentiel, dans la proclamation en forme de slogan : « le mariage pour tous ». Autrement dit, le mariage homosexuel est revendiqué au nom de l’égalité entre les Français. L’interdire constituerait une intolérable « discrimination ». Je pense que beaucoup de couples homosexuels expriment, ainsi, une souffrance et traduisent non seulement le besoin légitime de ne pas être méprisés dans la société mais d’être reconnus à part entière, sur le plan social comme juridique. A cet égard, il reste beaucoup à faire, et peut-être à revoir, dans ce sens, les dispositions du « Pacs ». De plus, quel accompagnement spirituel l’Eglise peut-elle leur proposer ?

Mon interrogation est la suivante : la notion d’égalité inscrite dans la Constitution française et rappelée sur la façade de nos édifices publics est-elle compatible avec des différences ? – Oui, certainement. Pour moi, le respect de l’égalité non seulement admet mais exige un autre respect : le respect des différences, qu’il s’agisse de l’âge, de l’origine, de la culture, du statut conjugal. C’est ainsi que se côtoient des personnes célibataires, mariées, pacsées, divorcées ou vivant d’autres situations de vie de couple plus ou moins reconnues…

Je constate que certains courants « féministes » ne manquent pas de revendiquer, avec raison, la place des femmes dans la société et parfois dans l’Eglise, notamment en matière de « ministères ». Il ne s’agit pas alors de « se calquer » sur le ministère exercé par les hommes mais de le vivre d’une manière « autre », selon la condition féminine, en l’occurrence. C’est un exemple parmi beaucoup d’autres.

Peut-on  parler de  « mariage »  (union d’un homme et d’une femme selon le Dictionnaire et le langage courant) pour  un couple homosexuel ?  Y a-t-il équivalence ? – Egalité, oui.  Même identité, sûrement pas. « La différence sexuelle » demeure radicale, avec les conséquences qu’elle entraîne pour assurer et structurer la vie des humains et l’avenir de l’humanité.

Les chrétiens se réfèrent aussi, en ce domaine comme en bien d’autres, au message biblique. Dans le deuxième chapitre de la Genèse, le langage symbolique prend une singulière importance. Il ouvre de larges horizons. Que lit-on ? « L’homme s’écrie : voici cette fois l’os de mes os et la chair de ma chair ; car celle-ci on l’appellera femme, car c’est de l’homme qu’elle a été prise » (Gn. 2,2). Que dit ce texte ? D’une part, Adam reconnaît la femme égale à l’homme, comme membre à part entière de la communauté humaine. D’autre part, la femme reste formellement différente, c’est-à-dire une autre personne et un vis-à-vis irréductible. Elle s’appellera « ishâh » (femme) féminin de « ish » (homme).

Dans le premier chapitre de la Genèse, on lit encore : «  Dieu dit : Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance (…) homme et femme il les créa (…) Soyez féconds (…) remplissez la terre et dominez-là » (Gn. 1, 26-30).

Ces textes fondateurs sont riches d’enseignement, au moins sur deux points concernant ce que nous appelons le mariage : celui-ci concerne l’union d’un homme et d’une femme et il est ouvert à la naissance de nouveaux êtres. Employer le même mot « mariage » pour désigner deux réalités foncièrement différentes me paraît ne pas respecter ces réalités et introduire, de surcroît, la confusion. Le Canada préfère parler « d’Union civile de personnes de même sexe ».

2) Ma deuxième question concerne « les droits de l’enfant » et « les droits à l’enfant ». On ne cesse de parler « des droits des individus » (en fait, des adultes). Et si l’on se demandait « qu’en est-il des droits de l’enfant » ? Il est généralement reconnu que pour structurer sa personnalité, une personne a besoin qu’interviennent « image paternelle et image maternelle ». Certes, l’homoparentalité est largement répandue. Est-elle forcément bénéfique pour qu’un enfant se construise ? Faut-il en élargir l’application et l’ériger en principe ? On peut, au moins, se poser la question. D’autre part, dans « quel gouffre d’inconnu » engage une naissance extérieure au couple et produite « dans des conditions très artificielles » (C. Delorme), où « les droits à l’enfant » semblent  autoriser toutes les formes de « procréation médicalement assistée » ?

3) Ma troisième question concerne la vie sociale. Je pense que ce débat a quelque chose à voir avec « le lien social » auquel beaucoup de français de tous bords sont attachés. A-t-on réfléchi « aux conséquences sociales »  (J.L. Schiegel) de l’ouverture  envisagée ? N’est-on pas enclin à trop considérer les choses dans la perspective très « libérale »  des libertés individuelles où chacun réclame « son dû », et devient « son maître à penser » et « son centre de décision » ? Prend-on suffisamment en compte les incidences institutionnelles, éducatives, sociologiques, morales que paraissent entraîner ces profondes modifications ?

Je sais que ces réflexions sont loin de faire l’unanimité. Je n’ignore pas que des groupes de pression (en des sens opposés)) existent et que les sondages d’opinion se montrent largement favorables au projet de loi. Mais, après tout, il n’est pas humiliant d’être minoritaire quand on croit que des valeurs importantes sont en cause.

Je recevrai, avec reconnaissance, vos remarques critiques à ces interrogations, en espérant que vos propres réflexions m’aideront à y voir plus clair dans ce complexe débat.

Jean Rigal, théologien.

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8 réflexions sur “Le mariage homosexuel et l’adoption

  1. Le paragraphe 3 de votre réflexion est certainement , en ce qui me concerne , le plus important…..Les réponses ? ….En Démocratie ?….Je continue , comme vous, à m’interroger…..

  2. "Le droit à l’enfant" n’existe pas, et ne pourra exister, ce n’est pas un droit, c’est une possibilité, une création dont on a pas la maîtrise. On peut avoir des droit sur des objets, ou sur sa condition d’homme, mais pas sur un autre Homme.
    L’enfant peut seulement naître d’un couple homme et femme qui en a les possibilités (une simple vérité biologique). L’enfant aura toujours un vrai un papa et une vraie maman, c’est biologique.
    Et malgré la frustration que cela peut entraîner, une famille est composé d’un père, d’une mère et d’enfants. Toute autre forme de vie ne peut constituer une famille.( le mot famille recomposée ne veut rien dire, c’est un non sens, ce n’est pas plus qu’un foyer. Deuxième papa ou deuxième maman, ça n’existe pas naturellement). Alors pourquoi créer des droits qui iraient contre la nature.Cela revient à se croire plus fort que la nature, et cela revient toujours en pleine figure comme un boomerang.
    Et l’adoption? c’est prendre un enfant à charge, ce ne sera jamais son enfant.C’est lui offrir une meilleure condition de vie qu’un orphelinat ou autre. Le bien de l’enfant? La je pense qu’il grandira bien mieux dans un foyer qui ressemble le plus à une famille naturelle. Une identité masculine, une féminine ou il aura les bases de la nature tout simplement pour s’épanouir en toute liberté. Lui enlever cela c’est lui enlever dans son inconscient une grande part de liberté. C’est le maintenir éloigné de la réalité, de la vérité. Pour moi un des critères principaux pour l’adoption devrait être un foyer ou l’enfant aurait pu être conçu. C’est juste accompagner la nature des choses et ne pas aller contre elle.

    • J’ai vécu avec une personne "adoptée" par une famille naturelle et catholique.
      Ils ont adopté d’abord une fille ,puis 4 ans plus tard un garçon.L’harmonie à été parfaite jusqu’à l’adolescence,et leurs vies d’adultes complètement ratées,obsedés par la manque de connaitre leurs origines.

  3. Je suis catholique et gay.Je suis contre le "mariage homosexuel".Le pacs existe peut-etre faut-il l’améliorer,pour préserver les droits de chacun.Donc je peux me permettre les réflexions suivantes:
    En quoi un acte civil regarde-t-elle les catholiques?
    Catholiques,mes frères,balayez devant votre porte.
    Mème réflexion pour le "parrainage républicain",dont on ne parle jamais ,et pourtant il existe.

  4. Je vous remercie de cet article qui pose les bases d’une vraie réflexion sur la question. Je suis particulièrement interpellée par le "droit à l’enfant" substitué aux droits de l’enfant. Que celui-ci, dans le cadre d’un couple homoparental, soit adopté ou issu d’une procréation assistée, on lui fera porter le poids insupportable d’être l’enfant de l’impossible, ce qui, rajouté aux difficultés d’identité déjà propres à l’adoption ou à la procréation assistée avec la recherche toujours présente de la filiation, fera une barque bien lourde à tirer.

    • Je trouve les questions que pose Jean Rigal parfaitement sensées.Je connais des personnes homosexuelles qui ne sont pas pour le mariage gay.Là encore je pense que des
      lobby interviennent .L’égalité pour tous ne veut rien dire car
      nous sommes tous différents comme le rappelle Jean,et le
      concept du droit à l’enfant ne tient pas la route.

  5. Merci beaucoup pour cet article ( et je profite de l’occasion pour vous remercier de votre dernier livre qui m’a énormément apporté) et pour votre demande de réflexions. Comme le sujet me préoccupe, ce ne sera peut-être pas court.

    Je suis pour le mariage homosexuel, pas à cause de mes options politiques très gauchistes mais par rapport à ce que j’ai compris de l’enseignement de Jésus dans les évangiles. Je vais essayer d’expliquer pourquoi.

    J’ai l’impression que le désir de se marier traduit souvent la volonté de s’engager publiquement dans une relation fidèle et responsable , surtout s’il s’agit de couples chrétiens et c’est dans ce sens que le mot est important pour eux. De quel droit s’opposer à cet engagement que l’église par ailleurs encourage? Je ne vois rien dans l’évangile qui s’y oppose.
    Au contraire, un certain discours catholique sur l’homosexualité , demander à des adolescents homosexuels de tirer un trait sur toute relation amoureuse (sachant que des adolescents homos font beaucoup plus de tentatives de suicide que les hétéros) me semble s’inscrire dans une attitude que Jésus refuse et critique: justifier un manque de compassion qui nous arrange par la loi de Dieu, évoquer Moise pour pouvoir répudier sa femme ou refuser les guérisons le jour du repos,imposer des fardeaux qui n’ont rien à voir avec l’amour du prochain…
    Depuis que je fais partie d’une équipe de catéchuménat, je me demande souvent quelle serait l’attitude envers un catéchumène homosexuel vivant en couple fidèle( en admettant que vu le discours dominant sur le sujet, il soit possible, dans ce cas, de franchir la porte d’une église catholique!)

    Certes le mariage homosexuel introduira un changement du modèle habituel, mais n’était ce pas également le cas quand la polygamie, la répudiation ont été interdites(sous la pression, àmon avis tout à fait bénéfique, de l’église) dans beaucoup de société?

    En ce qui concerne les enfants , je trouve que l’insémination avec donneur ou la pratique des mère porteuses posent problèmes, mais ce n’est pas lié à l’orientation sexuelle. L’adoption doit se faire dans l’intérêt de l’enfant; il ne suffit pas d’être mariés de multiples facteurs(age santé, situation professionnelle) entrent en jeu et l’adoption par des célibataires est possibles. Aux Etats_Unis des couples homosexuels ont adopté des enfants malades dont aucun couple hétéro voulait.

    Deux remarques pour la fin:
    Dans le cadre de l’accompagnement des catéchumènes j’utilise le parcours matins d’évangile(que je trouve excellent et qui m’apporte également beaucoup pour ma foi). On y trouve une citation de Galates 3/28 ou la partie -ni homme ni femme_ est remplacée par des points de suspensions. Pourquoi? Pour la sacro-sainte altérité? N’est -ce pas inquiétant?

    Sur le blog d’Anthony Favier(qui a également écrit un excellent article dans TC) se trouve un post sur une session de la catho de Lyon sur l’homosexualité; c’est à la fois instructif et déprimant!

    Encore merci à vous!
    Nina Marzouki

  6. Merci pour votre parole claire et apaisée.

    Je fais partie de ceux qui ne crient pas après Mai 68, je crois que cette fièvre historique a permis de faire sauter certains verrous. Je n’oublie pas pour autant que l’un de ces courants est fortement marqué par une critique très virulente des institutions, et par une tendance, dans un autre domaine, à confondre la promotion de l’égalité et la louange de la confusion la plus totale. Notre société libérale a horreur de poser la question du sens. Tout cela fournie un cocktail où la moindre critique d’évolutions actuelles semble l’expression d’un conservatisme réactionnaire. Je pense qu’il faut garder du sens à nos institutions et ne pas les dévitaliser comme le font certains architectes avec certains immeubles : seule la façade est conservée. Je pense aussi que la situation de bien des couples homosexuels demande que la société propose un régime juridique non discriminatoire, permettant une vie personnelle et sociale s’inscrivant dans la durée et une transmission sécurisée du patrimoine. Une autre institution est à créer, ce qui n’est pas choquant puisque cela s’inscrit dans une histoire assez neuve dans l’histoire humaine. A questions nouvelles, réponses nouvelles.
    La question des enfants peut alors être vue à part. Depuis la réforme française qui autorise un(e) célibataire à adopter, la revendication de certains couples homosexuels n’est pas a priori choquante. Le modèle biologique n’est guère respecté, et deux personnes sont finalement plus sécurisantes qu’un individu qui élève seul un enfant. La réflexion principale doit être centrée sur ce fameux « droit à l’enfant ». Il cherche à répondre à une demande et renvoie de fait à une profonde souffrance des parents, hétéros ou non. A une époque où les conventions internationales sont plus que réservées sur les adoptions entre pays, comment peut-il être exercé ? Quel coût représente pour notre société la multiplication des inséminations artificielles, est ce que cela peut s’inscrire dans une politique de santé, toujours en manque de crédits pour anticiper et soigner certaines maladies (Alzheimer, sida…) Qui veut-on adopter : des enfants de 6 mois à 3 ans ou des jeunes adolescents marqués d’un handicap ? Je crois qu’il faut en partie une approche très pragmatique. Ne pas confondre droit et possibilité. Très peu d’enfants sont adoptables en France…
    Sur le plan politique, je crois qu’un Etat a une responsabilité vis-à-vis des institutions et qu’il ne peut se contenter d’accompagner telle ou telle vague, sans se poser la question du sens. Ce n’est pas être inféoder à une église ou un courant de pensée que d’aller dans ce sens. L’émergence des droits de l’homme ou la création de l’Europe correspond bien à une vision de l’humain, s’inscrire dans ces démarches reste un défi à relever.

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